"Sur la ligne", la chronique quotidienne de Nicolas Mathieu, épisode 11 : Aryna Sabalenka est un poème

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Toute cette quinzaine, l’écrivain Nicolas Mathieu et le dessinateur Pierre-Henry Gomont posent leurs regards croisés sur l’édition 2026 du tournoi de Roland-Garros. Des textes et des dessins chaque jour pour dire autrement ce grand moment de tennis qui est pour eux bien plus qu’un sport. Ce mercredi, c'est la poésie des noms qui font Roland-Garros qui les a inspirés. Un, surtout : Sabalenka.

Sabalenka est un poème. (Crédit : Pierre-Henry Gomont)

Crédit: Other Agency

Quand pour écrire un roman on choisit le nom d’un personnage, si l’on est un peu conséquent, ou en tout cas classique, c’est à dire soucieux que partout dans une œuvre fond et formes se renforcent mutuellement, on ne le fait pas au hasard. 
Exemple avec le capitaine Achab, acharné à tuer sa baleine blanche dans Moby Dick. Achab le roi de l’ancien testament s’éloigne de dieu en adorant Baal, Achab le chasseur délaisse la raison pour plonger dans une quête qui le consumera. Même tragédie.
Mais devant un tableau de tournoi de tennis, il n’y a pas de sous-texte, seulement de la musique et des signes. Dans ces arborescences où chaque embranchement signifie passer ou s’arrêter là, les noms sont des évocations, des indices, des notes sur une portée. 
Leurs sonorités peuvent ressembler à un passeport, mais bien souvent nous mentent. Mannarino par exemple. Italien ? Espagnol peut-être ? Allez : Sud-américain? Américains tout court : pourquoi pas ? Corentin, prénom d’enfant. Guy, un ancien. Diane : indécidable au point de vue de la génération, plus localisée si l’on pense sociologie. Encore que. Justine : au XVIIIe siècle chez Sade, début des années 2000 : partout ! A Roland-Garros, Flushing Meadow, Wimbledon et en Australie. Revers à une main, opium, délire des amateurs. 
On est détective des prénoms comme on l’est des empreintes digitales. On fouille les patronymes comme des sépulcres, des pyramides. 
Mais au fond je ne m’intéresse pas tellement à cette sémiologie des appellations contrôlables. L’état civil vaut moins que le chant des oiseaux. De la musique avant toute chose, comme Verlaine. 
Or il y a une volupté très particulière à prononcer tous ces noms de tennis, qui sont comme des pays, des idées, des souvenirs. Ecoutez : Carlos Alcaraz. Casper Rudd. Gabriela Sabatini. Jodar (dire Rodarrr). Guillermo Villas. Chris Evert Lloyd. Cédric Pioline. Fabrice Santoro. Mansour Bahrami. Naomi Osaka. Ivan Lendl. Avonne Goolagong. 
Un des plus beaux : Vitas Gerulaitis. 
Comme dans tous les poèmes, les sons aussitôt font des couleurs. 
Et ce soir après son épouvantable déroute, devant le miroir, comme Antoine Doisnel dans "Baisers volés", je répète pour moi seul : Sabalenka. Sabalenka. Sabalenka. Sabalenka.
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