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"Sur la ligne", la chronique quotidienne de Nicolas Mathieu, épisode 7 : Kouame le fédérateur
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Publié 30/05/2026 à 21:45 GMT+2
Toute cette quinzaine, l’écrivain Nicolas Mathieu et le dessinateur Pierre-Henry Gomont posent leurs regards croisés sur l’édition 2026 du tournoi de Roland-Garros. Des textes et des dessins chaque jour pour dire autrement ce grand moment de tennis qui est pour eux bien plus qu’un sport. Ce samedi, c'est le pouvoir fédérateur de Moïse Kouame que le duo a voulu mettre à l'honneur.
Kouame le fédérateur (Crédit : Pierre-Henry Gomont)
Crédit: Other Agency
Porte d’Auteuil, on trouve Roland-Garros. À deux pas, le Parc des Princes. Dès 14h, des supporters étaient présents en nombre, avec fumigènes et banderoles, pour assister au match qui opposera le soir-même le PSG à Arsenal en finale de Ligue des champions, le club parisien ayant organisé une retransmission dans son fief.
Depuis deux jours, les taxis qui sont un thermomètre guère optimiste mais nécessaire, l’affirment : que ça gagne ou que ça perde, ce sera le bordel.
Sur le Lenglen, un autre public. Dans les travées autour du court, les petits chapeaux blancs champignonnent élégamment, les éventails en mouvement font comme des papillons, mouvement minuscule, épars, perpétuel.
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Moïse Kouamé lors de son 3e tour à Roland-Garros, opposé à Alejandro Tabilo
Crédit: Getty Images
Depuis le début, un type, au sens de La Bruyère, un caractère, me pose question. Il a disons 55 ans mais il est mince. Il a le cheveux poivre sel mais onctueux. Il fait 90 degrés et pourtant il est sanglé dans une chemise. Sa montre pèse une demi-livre, elle est suisse. Mais revenons à ma question. Quel est le déodorant, la pastille mentholée ou le suppositoire qui le dispense de transpirer? A le regarder je me fais l’impression d’être un phacochère après une séance de sauna. C’est beau l’élite.
Moïse Kouame, son beau nom œcuménique, son visage de statue, arrive là : une synthèse. Car il l’a dit quelque part, il espérait bien jouer tôt pour la regarder cette finale de foot. Dans ce pays qui ne sait se réconcilier qu’en chanson ou par ses victoires, Kouame semble taillé pour le job.
Hier, un jeune homme de la sécurité me disait dans un couloir : il est rentré dans le cœur des Français. Je me demande si c’est une bénédiction ou le contraire. La politique est rapace, les idolâtres sont prompts à vous foutre au feu et, sur les réseaux, le gnagnagnisme a réduit notre civilisation à un banc de piranhas.
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Moïse Kouame lors de son 3e tour à Roland-Garros face à Alejandro Tabilo
Crédit: Getty Images
Mais cet après midi, c’était Manolete sur le Lenglen. Le buste droit, reins cambrés, le poing en l’air, la dévotion du public lui faisait un habit d’or. Une voix a crié "Fais-nous rêver Moïse". Ça m’a semblé une lourde tâche.
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