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"Sur la ligne", la chronique quotidienne de Nicolas Mathieu, épisode 8 : Le tennis, un râteau de plus
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Publié 31/05/2026 à 23:21 GMT+2
Toute cette quinzaine, l’écrivain Nicolas Mathieu et le dessinateur Pierre-Henry Gomont posent leurs regards croisés sur l’édition 2026 du tournoi de Roland-Garros. Des textes et des dessins chaque jour pour dire autrement ce grand moment de tennis qui est pour eux bien plus qu’un sport. Ce dimanche, il raconte son histoire contrariée pour le tennis.
Le tennis, un râteau de plus (Crédit : Pierre-Henry Gomont)
Crédit: Other Agency
Il y a près d’un an, lors d’une rencontre littéraire, une personne du public me demande "Et si vous n’étiez pas écrivain, qui auriez-vous voulu être ?" Moi : "un joueur de tennis. Lequel ? Djokovic." J’ai de la chance. Le rédacteur en chef d’Eurosport se trouvait dans l’audience. Raison pour laquelle, en fin de compte, j’assiste à ce tournoi 2026. Si j’avais répondu sinologue ou télépathe, allez savoir où je serais à l’heure où je vous parle.
Avant le printemps 2025, je n’avais jamais assisté à un match de tennis. Et puis j’ai vu un quart de finale Djokovic/Sinner. ll y avait un bar et des couvertures pour se protéger du froid, j’ai découvert le bruit d’un court, si divers, oooh, rah ! Pan ! Schhhh, Olé ! Coup de foudre. Paul Claudel fut frappé par la Grâce dans Notre-Dame une nuit de Noël. Moi, c’est le bruit d’une semelle sur de la terre battue qui m’a ravi. Si Dieu n’est pas mort, il avait ce soir-là la forme d’une basket Nike.
Depuis je joue, mal et je prends des cours, ruineux. Je me suis abonné à L’Equipe. Je lis David Forster Wallace. Sur Insta mon feed a complètement changé. McEnroe et Sabalenka ont remplacé les photos de plage et les vidéos Instant karma (qui consistent à montrer un type se conduisant comme le dernier des trous du cul avant de prendre une raclée. Je recommande).
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Aryna Sabalenka à Roland-Garros.
Crédit: Getty Images
Je ne sais pas si je gagnerai un match un jour. Il est peut-être trop tard. Quand je me lève du canapé ou que je sors d’une voiture, un râle poussif sort de mes poumons ce qui n’est pas de très bonne augure. Mais quand j’entends le ploc idéal d’un coup réussi, quand de justesse la balle passe le filet, quand je trouve pour une fois ma place avant de frapper d’un coup droit qui a l’amplitude fluide d’un coup de fouet, j’éprouve une félicité qui ne ressemble à rien d’autre.
Le fonctionnement de l’addiction est bien connu. Dopamine, circuit de récompense. Le cerveau sait que cette expérience doit être répétée. Tous les ports sont répétitifs. Il s’agit à chaque fois des mêmes règles à respecter et des mêmes gestes à parfaire. Refaire, varier. Grande aventure du corps athlète. Mais le tennis...
Deux tiers de ma vie, j’ai pris des vents, je suis allé sans cesse vers des femmes qui ne voulaient pas de moi. Mes romans sont pleins de ces histoires à sens uniques. J’avais pour mantra cette phrase qui est sûrement de Blanchot : "Obéir à ce qui nous dépasse, être fidèle à ce qui nous exclut." Ma psy a une théorie à ce sujet. Elle me coûte encore plus cher que le tennis.
Le tennis ne veut pas de moi, je le sens bien. Le padel dirait oui tout de suite. Il y a des sports de vieux, pacifiques, sans douleurs aux genoux ni points à compter. Avez-vous déjà essayé d’expliquer le décompte des points au tennis à un enfant ? Le tennis ne veut pas de vous. Il vous méprise. Il est comme Stephanie en Première. Il est comme Polytechnique et le Jockey Club. Le tennis c’est la plus belle fille de lycée et le fond du bus où sont les mecs cools. Le tennis est imprenable.
Je m’en fous, j’ai toujours fait des livres avec mes râteaux.
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