"Sur la ligne", la chronique quotidienne de Nicolas Mathieu pour Roland-Garros, épisode 6 : Djokovic/Fonseca : un roman fleuve (Parties 1 et 2)

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Toute cette quinzaine, l’écrivain Nicolas Mathieu et le dessinateur Pierre-Henry Gomont posent leurs regards croisés sur l’édition 2026 du tournoi de Roland-Garros. Des textes et des dessins chaque jour pour dire autrement ce grand moment de tennis qui est pour eux bien plus qu’un sport. Ce vendredi, le duo a été inspiré par le formidable duel entre Novak Djokovic et Joao Fonseca.

Sur la ligne, la chronique quotidienne de Nicolas Matthieu et Pierre-Henry Gomont (crédit dessin : Pierre-Henry Gomont).

Crédit: Eurosport

Djokovic/Fonseca - ÉPISODE 1 (Un roman fleuve)

Tout avait commencé par une Masterclass. Novak Djokovic du haut de son palmarès inégalé distribuait la leçon et deux sets durant lesquels Fonseca le Brésilien a subi. L’élève devrait encore patienter, le maître gérait.
Dans ce tournoi où chacun cherche le nord, un peu de prédictibilité rafraîchissait les idées. On avait faim de fil blanc pour coudre cette rencontre déjà capitale. En plein krach, après la défaillance de Sinner, chacun cherchait sa valeur sûre. 
Pour ma part, depuis le départ, j’avais misé sur le plus grand qui avait pourtant une mauvaise cote. J’espérais un coup de folie du destin. C’est l’histoire dont j’avais envie. George Foreman était identiquement devenu champion du monde des lourds à 45 ans, deux décennies après son premier titre. Sinon qu’est-ce que j’allais vous raconter ? 
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Escudé : "Cette défaite va faire beaucoup plus mal à Sinner que la finale de l’an dernier"

Video credit: Eurosport

Mais au troisième set, Fonseca s’est rebiffé. La précision du Serbe n’a plus suffi, sa maîtrise du "petit jeu" palissait face à ces gifles extrêmes que son adversaire assénait du droit, soutenu par une poignée de Brésiliens qui criaient comme 2000. 
Puis, nous avons cru assister à un naufrage. Novak n’avait plus rien de professoral. Même, il morflait. Être jeune n’avait jamais été plus actuel. Quand j’ai vu le Serbe secouer son bras, se plaindre d’une douleur, j’ai vu mon rêve de mec qui préférera toujours la légende se fracasser. 
En dramaturgie, il y a ce moment qu’on appelle le "all is lost". Quand le protagoniste n’a plus rien, c’est l’heure de vérité. Ça y était. 
Pendant peut-être trente ou quarante minutes, le navire Djoko a semblé complètement en perdition. Mais alors complètement. 
Le jeu aujourd’hui était bipolaire. Manie dépression. Up down. Rollercoaster. Le public devenait fou. Moi le premier. 

Djokovic/Fonseca ÉPISODE 2 (Un roman fleuve)

Au quatrième set, le chahut était maximum. On ne savait plus qui aimer. C’était l’heure entre chien et loup quand on ne distingue plus l’ami de l’ennemi. Fonseca en tout cas semblait enragé. Ses gifles, il les flanquait à tout le Chatrier, qui semblait aimer ça beaucoup d’ailleurs. Djoko donnait l’impression que chaque point perdu était un vol de sac à main, qu’on lui piquait son portefeuille. Le break alors devint une affaire de survie. C’est de toute façon l’impression qu’on a vingt fois par match. Un bébé, ce con, s’est mis à pleurer. Ça devenait Stalingrad. On cherchait des diplomates pour en finir puisque les armes ne suffisaient plus. Un type criait "Allez Novak, ma femme m’attend". Pour tout dire, j’avais beaucoup transpiré et plaignait mon voisin. 
Alors Fonseca brilla plus fort, le vétéran tenant le coup. La Fortune refusait de choisir, hésitante comme devant le menu d’un restaurant chinois. Si on m’avait arrêté, je n’aurais pas su donner mon adresse. Fonseca a remporté le 4e set, ce qui ne m’arrangeait pas car ma gourde était vide. 
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Novak Djokovic à Roland-Garros.

Crédit: Getty Images

Le 5e a commencé. Quoi qu’il se passe, ça n’irait pas plus loin. Les soins palliatifs étaient au bout. Djoko, les mains aux genoux, souffrait. Mais peut-être était-ce une ruse ? Le serpent hognose quand il se sent menacé, peut se retourner sur le dos, laisser pendre sa langue et même dégager une odeur de putréfaction pour simuler la mort. 
On le voit, je nourrissais sous l’effet de ma propre odeur les hypothèses les plus folles. 
Cependant, Fonseca acquérait progressivement le toucher d’un Espagnol. La précision laser du Serbe devenait de la gouache. Les champions cela dit ne sont pas millionnaires par hasard. Ils font des heures sup. Djoko charbonnait. Chatrier avait l’air d’un stade de foot, tant la ferveur grondait, avec moins de fumigènes et beaucoup plus de petits chapeaux. 
Alors, Novak Djokovic que j’avais vu périr, breaka… Dix minutes plus tard, Fonseca debreakait. Le calvaire de Novak devenait formidable. J’ai cru voir Pelé dans les tribunes tant le Brésil était là. Des aces, des coups de l’espace le long du couloir, des amortis. À chaque frappe des ooooh émerveillés, et puis l’explosion du point, la gratitude de milliers de gorges. 
Après 4h30 de jeu, la question se posait : qui étaient ces gens ? Il devait manquer deux spécimens dans les placards de la zone 51. 
Enfin Fonseca debreaka. 6-5. Il n’y avait plus de quoi rire. Ils se tenaient, un point après l’autre. Fonseca a gagné. 
Nous étions venus pour un 3e tour. Nous avons vu une quasi finale. Il ne reste plus un seul joueur ayant gagné un Grand Chelem dans le tableau. Tout est possible. Les chiens sont lâchés. 
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Sur la ligne, la chronique quotidienne de Nicolas Matthieu et Pierre-Henry Gomont (crédit dessin : Pierre-Henry Gomont).

Crédit: Eurosport


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