Suspension de Jannik Sinner : Pour l’Italie, plus qu’une suspension, une absolution
Eurosport sur GoogleSupendu pour trois mois en vertu d'un "accord de règlement" conclu avec l'Agence mondiale antidopage (AMA), Jannik Sinner est à l'arrêt. Critiqué par une partie de circuit et des observateurs, le numéro un mondial peut toutefois toujours compter sur son pays pour le soutenir. En Italie, il demeure intouchable.
"Il y aura toujours une ombre au tableau de Sinner, alors que beaucoup pensent qu'il est clean"
Video credit: Eurosport
Le compte à rebours est lancé depuis ce dimanche 9 février à 23h59. Suspendu pour trois mois après un contrôle positif à une substance interdite en mars, Jannik Sinner pourra officiellement retrouver les courts le 4 mai prochain, incluant ainsi un crédit de quatre jours précédemment purgés alors qu'il était sous le coup d'une suspension provisoire. S'il manquera donc les Masters 1000 d'Indian Wells et Miami en mars, et de Monte-Carlo et Madrid en avril, le timing reste plus ou moins bon : l'Italien ne manquera aucun tournoi du Grand Chelem et son trône de numéro un mondial ne devrait pas vaciller, sauf énorme surprise. Forcément, cet accord de trois mois conclu avec l'Agence mondiale antidopage (AMA) qui réclamait initialement une suspension d'un à deux ans, a fait grincer des dents ici et là.
De Novak Djokovic à Nick Kyrgios, l'un de ses principaux détracteurs, Sinner a dû faire face à une grande vague de critiques après l'annonce de cette entente. Même sur le circuit féminin. Aryna Sabalenka et Jessica Pegula, avaient notamment déploré le système actuel de lutte antidopage en vigueur dans le tennis, l'Américaine jugeant la procédure "complètement défaillante". "On a l'impression qu'ils prennent en considération les décisions et les facteurs qu'ils veulent pour fabriquer leur propre règlement. Je ne vois pas comment ça peut être équitable pour les joueurs quand il y a aussi peu de cohérence", lâchait la finaliste de l'US Open 2024, qui s'exprimait en marge du tournoi de Dubaï. "Qu'on soit propre ou non, la procédure est complètement défaillante. Je pense qu'il faut sérieusement l'examiner", balançait Pegula, soulignant que les autorités antidopage avaient "le pouvoir de ruiner la carrière de quelqu'un". "Je pense qu'aucun joueur ne fait confiance aux procédures en ce moment. C'est terrible pour le sport", ajoutait-elle.
De son côté, Sinner s'est bouché les oreilles et a fini par se laisser convaincre par ses avocats, qui ont saisi cette opportunité pour boucler cette affaire plus que pesante. Testé positif au clostebol en mars 2024, un contrôle révélé à l'été par l'Agence internationale pour l'intégrité du tennis (Itia) qui ne lui avait infligé aucune suspension, Sinner plaide depuis le début de l'affaire la contamination accidentelle. Selon le récent vainqueur de l'Open d'Australie, triple lauréat en Grand Chelem, un membre de son staff se serait appliqué sur la main un produit en vente libre contenant cette substance interdite avant de la faire involontairement pénétrer dans l'organisme de l'Italien au cours d'un massage.
Une grande injustice
"L'AMA accepte que M. Sinner n'avait pas l'intention de tricher, que son exposition au clostebol ne lui a procuré aucun avantage en termes d'amélioration des performances et qu'elle s'est produite à son insu en raison de la négligence des membres de son entourage", confirmait l'Agence mondiale antidopage, allant dans le sens de l’Italien. Le cas Jannik Sinner est "à des millions de kilomètres d'un cas de dopage", déclarait mardi le conseiller général de l'AMA, Ross Wenzel, à la BBC. "Les retours scientifiques que nous avons reçus montraient qu'il ne pouvait s'agir d'un cas de dopage intentionnel, y compris parce qu'il s'agissait de microdoses", poursuivait-il. Un argument sur lequel s'appuie d'ailleurs toute l'Italie pour défendre son champion. Car de l'autre côté des Alpes, cet accord passé avec l'instance n'a choqué personne. Bien au contraire. C'est même le soulagement qui prône : Sinner va enfin pouvoir tourner la page et se concentrer sur son jeu. La tête et l'esprit totalement libérés.
"La durée de cette suspension, qui n'enlève rien à la saison de notre champion, ressemble à une absolution totale, écrivait La Gazzetta dello Sport dimanche dernier, au lendemain de l'annonce des parties concernées. Et il en pouvait en être autrement, puisque l'Agence internationale pour l'intégrité du tennis avait ôté tous les doutes d'un cas de dopage pour manque de faute et négligence. Avec cet accord, c'est tout simplement la raison qui l'emporte." On ne touche pas au numéro un mondial. "Le cauchemar est enfin fini, se félicitait-on dans les colonnes du Messaggero. Encore une fois, Jannik a gagné en agissant au mieux au nom de son tennis. Il a trouvé la meilleure solution possible. Il n'y a aucune question de dopage, c'est maintenant certifié noir sur blanc par l'instance qui avait décidé de faire un appel qu'on peut maintenant qualifier d'inutile. Le dossier est refermé." En Italie, c'est certain.
"Il s'agira d'une brève pause pour Jannik, s'était félicité Adriano Panatta, ancien grand joueur italien. Il reviendra encore plus fort ensuite. C'est le meilleur choix possible pour ne pas lui faire manquer une saison entière. Il manquera quelques tournois, mais pas les plus importants. Reste que pour moi, il s'agit d'une grande injustice". "Je savais que la Wada trouverait une solution pour ne pas se mettre encore plus dans la mouise", lui emboîtait le pas Sandro Donati, figure historique de la lutte contre le dopage en Italie. "Il reviendra plus fort, je serai fier de continuer de m'entraîner avec lui. Il pourra toujours compter sur moi", confiait son compatriote Lorenzo Sonego à la Repubblica. De son côté, l'ancienne championne olympique Federica Pellegrini assurait que Sinner "n'a pas voulu trouver une sortie de secours" avec cette accord, tempérant toutefois en rappelant qu'un sportif "reste un peu responsable de ce que fait son staff".
"Nous sommes fiers de toi"
Du côté de Sesto Pusteria, le village où est né Jannik Sinner, on a également tout fait pour soutenir l'enfant prodige. Sur les murs de la Casa delle Montagne, une énorme banderole a ainsi été accrochée avec un message limpide : "Nous sommes fiers de toi". Le tout écrit en anglais, histoire que ce message soit bien compris de tous. "Tout le monde ici est fier de ses succès sportifs, de sa discipline et de son caractère. Jannik a transmis beaucoup de joie ici. C'est justement dans ces moments que nous voulons lui témoigner de notre soutien en tant que communauté", assurait Waltraud Watschinger, président de l'Association touristique de la ville, dans les colonnes de La Gazzetta dello Sport la semaine passée.
Presse, médias, supporters : tout le monde s'est dressé comme un seul homme pour faire barrage aux critiques concernant le numéro un mondial. Avant, pendant et après cette affaire. La Fédération italienne de tennis s'est également positionnée, évoquant une "injustice" via la parole de son président Angelo Binaghi. "Une suspension de trois mois est compatible avec une gestion sereine de sa saison, jugeait-il. Il n'y a rien de traumatisant, même si un sentiment d'injustice demeure. Rien que supporter toute cette affaire depuis l'année dernière était une peine excessive pour lui. Mais patience : cette suspension est le juste 'handicap' que le plus fort concède au reste du monde. Il offre trois Masters 1000 à ses rivaux (...) Cette pause va lui permettre de se régénérer avec ses amis, sa famille. Il ne s'est jamais arrêté depuis ses 13 ans. Et il pourra s'améliorer sur terre battue, la surface où sa marge de progression est la plus grande. Et toute l'Italie accueillera Jannik au tournoi de Rome." Où les billets continuent de s'arracher, d'ailleurs, en vue du retour de celui que tout le monde continuera de protéger d'ici là.
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