US Open 2026 | Huitièmes de finale | Monsieur Paul ou l'éternelle quête du grand frisson
Par Laurent Vergne
Publié 06/09/2026 à 08:27 GMT+2
Les États-Unis comptent cinq représentants en huitièmes de finale. Parmi eux, Tommy Paul. Il n'est pas le plus attendu, le plus espéré, le plus "flashy", et il lui manque un coup d'éclat magistral en Grand Chelem. À 29 ans, l'ex-membre du Top 10, de retour à un excellent niveau, rêve d'en "claquer" une belle, enfin. Cela tombe bien, Carlos Alcaraz se dresse sur sa route dimanche.
Tommy Paul.
Crédit: Getty Images
"Tommy Paul est le numéro un mondial du coup droit boisé !" C'est Brad Stine qui le dit. L'Américain le connait bien. Il est aujourd'hui son entraîneur. "Il sait que je le dis tout le temps, donc ce n'est pas sournois", promet celui qui, au début des années 90, avait accompagné l'accession au pouvoir de Jim Courier. Il plaisante, car il croit beaucoup en son poulain, comme il l'a confié à Frédéric Verdier dans un long entretien paru sur Eurosport la semaine passée. Mais il semble toujours manquer quelque chose à l'ancien vainqueur de Roland-Garros… juniors (il avait battu Taylor Fritz en finale en 2015). Comme s'il était condamné à l'ombre.
Il avait atteint furtivement le Top 10 l'an dernier, avant d'enchainer les pépins physiques. Une entrée dans le gratin presque dans l'indifférence. Aujourd'hui, 21e mondial, il n'est plus que le numéro… 6 américain. Pourtant, il compte tout de même cinq titres, dont un 500 au Queens il y a deux ans. En Grand Chelem, il affiche sur son CV une demi-finale et trois quarts, et il a souvent fallu une énorme pointure pour le stopper. Depuis l'US Open 2022, il a ainsi été battu à sept reprises par le futur vainqueur ou finaliste du tournoi, que ce soit Casper Ruud, Novak Djokovic, Carlos Alcaraz (trois fois !), Alexander Zverev ou Jannik Sinner. Dimanche, en huitièmes de finale, le voilà justement condamné à remettre le couvert contre l'Espagnol.
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Paul vient à bout de Bublik
Video credit: Eurosport
"Almost Paul"
Monsieur Paul n'est pas seulement le roi du coup droit boisé. Il est aussi celui du "presque". "Almost Paul". On ne compte plus ses défaites frustrantes, voire déchirantes. L'an passé, il avait livré une bataille formidable contre Alexander Bublik au bout de la nuit à Flushing avant de craquer. On se souvient de son "all time choke" contre Miomir Kecmanovic en 2024 en Australie. En 2022, à New York, il n'avait pas été loin face à Casper Ruud, futur finaliste, mais avait explosé dans le cinquième set. Cette année, il n'a pas totalement dérogé à sa tradition.
"Tommy fait une excellente saison jusqu'à présent. Il n'a jamais été aussi bien placé à la Race. Néanmoins, elle a été un peu frustrante, rappelle Brad Stine. Certaines défaites ont été extrêmement dures à encaisser, notamment celle contre Arthur Fils à Miami, où il avait perdu malgré quatre balles de match. Il avait là une occasion en or. Ensuite, il a disputé quatre finales, mais en a perdu trois. Il mène d'un set et d'un break au Queens. La défaite en cinq sets face à Casper Ruud à Roland-Garros lui avait procuré une sensation très similaire à celle du match contre Arthur à Miami. Et encore une fois, une occasion en or s'est présentée avec l'élimination de Carlos et Jannik du tournoi. C'était un moment difficile. Très difficile."
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"Ils nous obligent à jouer" : Alcaraz tire la sonnette d'alarme sur le calendrier
Video credit: Eurosport
L'Américain est tout de même un sacré guerrier. Il aime la baston. Pas sûr que quelqu'un ait disputé plus de rencontres en cinq sets que lui ces dernières années. À commencer par son tout dernier match, au troisième tour, contre Bublik. Sa douce revanche de l'an dernier. Car des marathons, Paul en gagne aussi un certain nombre. "Je voudrais des matches faciles tout le temps, sourit-il. Mais tu auras forcément des matches difficiles à un moment donné du tournoi en Grand Chelem." Il avoue aimer les gros matches, les grands courts, les grands adversaires. Avec Carlos Alcaraz dimanche, il va être gâté. Mais il a donc l'habitude. Surtout avec le Murcien.
"Je crois que je l'ai affronté plus souvent que n'importe qui d'autre sur le circuit, ce qui est assez dingue", croit se souvenir le natif du New Jersey. Ce huitième de finale sera déjà leur neuvième confrontation, toujours dans des grands tournois : quatre fois en Grand Chelem, quatre autres en Masters 1000 et les Jeux de Paris en bonus. "On a eu quelques bonnes batailles, à part la raclée qu'il m'avait mise à Roland-Garros", dit-il. C'était l'an dernier (6-0, 6-1, 6-4). Vainqueur à deux reprises, Tommy Paul n'a toutefois plus goûté à la victoire contre lui depuis l'été 2023. "Carlos, c'est le test ultime. Lui et Sinner."
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Alcaraz n'aime toujours pas les manches superflues : son clean sheet contre Wu
Video credit: Eurosport
Plus "sexy" que ce que l'on croit
Mais Carlos Alcaraz pourrait lui aussi user du mot "test" à son endroit. Pas ultime, mais le premier, oui, depuis son retour à la compétition. "Tommy, c'est un joueur vraiment talentueux, très difficile à jouer, plaide le tenant du titre. Je pense qu'il est vraiment dangereux pour tous les joueurs du circuit. Sa façon de jouer, sa façon de frapper la balle, c'est vraiment compliqué de le dominer, de dominer les points. C'est dur de jouer contre lui et j'ai vraiment hâte de l'affronter à nouveau."
Il manque encore à Tommy Paul un match, une victoire, un parcours. De ceux qui vous fixent une carrière et lui confèrent une autre dimension. Frances Tiafoe a déjà connu ça, en battant Rafael Nadal, justement en huitièmes de finale de l'US Open en 2022. Est-ce que son grand frisson peut être pour dimanche ? Il n'a pas un profil à emporter les foules, et l'Amérique compte peut-être plus sur d'autres que sur lui pour rêver et gagner, mais il est plus "sexy" que ce que l'on croit, capable de vrais "hot shots" (ah, son smash dos au filet contre Bublik vendredi…). Et le bonhomme gagne en prime à être connu, dit-on. "C'est un gars super sympa, assure Alcaraz. On a vraiment toujours l'impression de s'amuser avec lui, et niveau tennis, il y a toujours des super points, de super coups, avec Tommy."
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Dos tourné à Bublik, en aveugle : le smash fou de Paul
Video credit: Eurosport
Brad Stine, lui, veut croire que tout est réuni pour que son poulain prenne une dimension supplémentaire. "Tommy est devenu un excellent joueur de tennis complet, décrypte le coach. Je dirais même qu'il est offensif. Il ne possède pas les mêmes atouts que certains de ses adversaires. Il n'est pas aussi puissant en fond de court qu'Arthur (Fils), ni que Taylor Fritz, et son service n'est pas exceptionnel. Tommy doit donc être un véritable joueur de tennis, et pas seulement un cogneur. Il doit varier son jeu et son rythme pour mettre la pression sur ses adversaires. C'est en quelque sorte son identité, celle que nous avons développée. J'aimerais croire que cela a plutôt bien fonctionné. Nous aurions souhaité que ce soit encore mieux. Peut-être très bientôt !" Dimanche ne serait pas le pire moment...
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