Pourquoi le mode de calcul du classement a-t-il été changé ?

A circonstances exceptionnelles, mesures exceptionnelles. Contrairement à son fonctionnement habituel, le classement ATP ne sera donc plus établi sur l’année écoulée (les 52 dernières semaines de compétition) à la reprise du circuit programmée à l’heure actuelle aux Etats-Unis dans un peu plus d’un mois. Et pour cause, la pandémie de coronavirus ayant provoqué le report et surtout la suppression d’un certain nombre de tournois, retirer aux joueurs tous les points qui y étaient affectés n’aurait eu aucun sens. La perte de ce capital glané en 2019 aurait été d’autant plus injuste que les joueurs n’ont pas eu l’occasion de le défendre, comme c’est normalement le cas.

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Partant de ce constat, l’ATP aurait pu choisir de geler le classement définitivement en 2020. Mais à partir du moment où le choix a été fait de ne pas tirer totalement un trait sur la saison, l’instance dirigeante a estimé que le gain potentiel de points et de places au classement devait rester un enjeu pour les joueurs qui pouvaient reprendre. Il fallait donc trouver un moyen de les récompenser, tout en protégeant ceux qui, par choix personnel (craintes quant au risque sanitaire) ou forcés par les autorités de leurs pays à l’heure où la pandémie fait rage notamment en Amérique du Sud, ne seraient pas en mesure d’être au rendez-vous en août. En établissant un classement grâce aux 18 meilleurs résultats de chacun entre mars 2019 et décembre 2020, c’est cet équilibre délicat qui a été trouvé.

L’US Open est-il plus menacé que jamais ?

Toujours aussi préoccupante, la situation sanitaire actuelle aux Etats-Unis jette une ombre conséquente sur les conditions futures de voyage des joueurs, et certains, comme Rafael Nadal, ont donc fait part de leurs doutes quant à leur présence à Flushing Meadows. Cinq épreuves du circuit secondaire prévues outre-Atlantique en août (Futures et tournois ITF féminins) ont d’ailleurs d’ores et déjà été annulées, certains Etats imposant des mesures de quarantaine incompatibles avec la tenue des compétitions. Dans ce contexte, le nouveau classement ne sera pas de nature à convaincre les joueurs hésitants, surtout ceux qui avaient bien réussi à l’US Open l’an dernier.

Champion en titre, Nadal est, par exemple, assuré de conserver les 2000 points qui y sont attachés, puisqu’ils feront de toute façon partie de ses 18 meilleurs résultats entre mars 2019 et décembre prochain. S’il vise le record de 20 titres du Grand Chelem de Roger Federer, et que faire l’impasse sur un Majeur pourrait l’embêter de ce point de vue, le calendrier démentiel (2 tournois du Grand Chelem et 3 Masters 1000 en 7 semaines) pourrait aussi l’inciter à se concentrer sur la reprise européenne sur terre battue. Il n’y perdrait rien en termes de points et éviterait un voyage incertain en prime. D’autres joueurs majeurs, comme Daniil Medvedev, pourraient faire le même choix, leur absence mettant fatalement en difficulté l’US Open.

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Le maintien du Masters a-t-il du sens ?

C’est sûrement l’une des décisions les plus contestables attachées à la modification du système de classement. Bien que le classement Race établi à partir du 1er janvier ait été (logiquement) supprimé en raison du faible nombre de tournois en 2020, le Masters de Londres devrait quand même avoir lieu. Les huit participants seront ainsi qualifiés grâce à leur classement ATP, leurs 18 meilleurs résultats de mars 2019 à décembre 2020 auxquels on retirera les points acquis lors du tournoi des Maîtres 2019 (quand bien même il figurerait parmi les 18 meilleurs résultats d’un joueur comme c’est le cas par exemple pour Stéfanos Tsitsipas). Mais il faut bien l’avouer, le maintien de l’épreuve n’a pas vraiment de logique sportive.

Le Masters est, par définition, le rendez-vous des huit meilleurs joueurs de la saison en cours. Or, l’exercice 2020 étant amputé comme il l’est, le tournoi n’a aucune raison d’être. Mais son maintien est avant tout un enjeu financier pour l’ATP car il constitue une manne importante pour l’organisation et un circuit mondial déjà très affecté économiquement. S’il sera possible pour certains de se battre pour les dernières places qualificatives en faisant de beaux résultats fin 2020, l’identité des qualifiés ne devrait pas changer drastiquement. Troisième à la Race en début de saison, Gaël Monfils (8e ex-aequo à l'ATP) devra ferrailler pour en faire partie. Ironie suprême : même s'il a tiré une croix sur 2020, Roger Federer pourrait y participer sans avoir joué quasiment de l’année.

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La course aux records en sera-t-elle affectée ?

Si la chasse au plus grand nombre de titres en Grand Chelem n’est pas directement liée à ce nouveau mode de calcul (sauf pour l’établissement des têtes de série), d’autres courses aux records vont, elles, reprendre. Pour Novak Djokovic, il s’agira notamment de dépasser Pete Sampras en nombre de semaines passées à la place de numéro 1 mondial (il ne lui en manque que 4, 282 contre 286), avant de viser la marque de référence établie par Roger Federer (310). Dans cette optique, le Serbe pourrait, lui, être tenté de s’aligner à Flushing Meadows où il avait été éliminé en huitièmes de finale l’an dernier.

Si le nouveau système de classement lui assure de conserver son capital actuel (10 220 points), il pourrait le renforcer en allant chercher le titre à New York. Cette performance éventuelle serait comptabilisée parmi ses 18 meilleurs résultats, effaçant son huitième de l’an dernier, et il prendrait plus de 2000 longueurs d’avance sur Rafael Nadal, ce qui lui assurerait quasiment de terminer l’année numéro 1 mondial. Il l’accomplirait alors pour la 6e fois de sa carrière, passant devant ses deux rivaux espagnol et suisse dans ce domaine. Néanmoins, la saison 2020 étant totalement tronquée, on est en droit de s’interroger sur la valeur réelle de cet accomplissement.

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Quid de 2021 ?

En 2021, le classement devrait reprendre son fonctionnement habituel. Les points seront calculés par rapport aux résultats de la semaine équivalente, sauf quand ils ont été décalés en raison d’un report. Ceux de Roland-Garros 2020 seront par exemple remis en jeu pour l’édition 2021 du tournoi entre la fin du mois de mai et le début du mois de juin. Pour les tournois annulés comme Wimbledon, logiquement, c’est le résultat de 2019 (s'il fait partie des 18 meilleurs du joueur en question) qui sera comparé à celui de 2021.

Néanmoins, si la pandémie perdure et perturbe encore le bon déroulement du circuit la saison prochaine, l’ATP s’est réservée le droit d’étendre encore la période de calcul des points pour le moment fixée à 22 mois (mars 2019-décembre 2020). Nous ne sommes donc peut-être pas au bout de nos surprises.

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