Pancho, l'anticonformiste

Toute la semaine, revivez les grandes heures de l'US Open. Deuxième volet avec le génial Pancho Gonzalez, double vainqueur de l'épreuve à la fin des années 40, avant de franchir le pas du professionnalisme. Par son style inimitable et son charisme hors du

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US OPEN - LES GRANDS MOMENTS
C'est un temps que les moins de 60 ans ne peuvent pas connaître. Ceux qui ont connu Ricardo Gonzalez et qui ont eu la chance de le voir à l'oeuvre raquette en main, ne l'ont en revanche pas oublié. Avant l'avènement de l'incroyable génération australienne qui allait déferler sur le tennis mondial pendant deux décennies, l'immédiat après-guerre reste dominé par les joueurs américains.
Au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, le tennis américain règne en maître. De Frank Parker à Jack Kramer en passant par Eric Sturgess ou Budge Patty, peu de titres majeurs échappent aux joueurs de l'Oncle Sam. Parmi cette cohorte de champions, il en est un que son jeu et, surtout, sa personnalité, hors norme, font ressortir du lot: Ricardo Gonzales. Ce dernier a tout juste 20 ans lorsqu'il décroche son premier titre à Forrest Hills, en 1948.
Un parcours édifiant
Né de parents mexicains dans une famille modeste, le parcours de celui que l'on ne surnomme pas encore "Pancho" est édifiant. Autodidacte à 100%, Gonzalez a la particularité de n'avoir jamais pris la moindre leçon de tennis. Un fait unique dans l'histoire des grands champions de ce sport, qu'il a découvert sur le tard, presque par hasard. Sa première raquette, le Californien la découvre à l'âge de 14 ans. C'est sa mère qui lui a offert à Noël. La meilleure idée de la vie de madame Gonzalez.
Dès les premiers tournois qu'il dispute le long de la côte pacifique, Gonzalez démontre rapidement des aptitudes très au-dessus de la moyenne. Il domine tous ses rivaux et accumule les titres. Sa renommée dépasse rapidement les limites du Golden State, mais son indiscipline (il est notamment un habitué de l'école buissonnière) lui vaut à plusieurs reprises d'être renvoyé, et, par conséquence, privé de tennis.
Une distraction parmi d'autres
A 17 ans, il s'engage dans la marine, d'où il ressort deux ans plus tard, en 1947. Il se fait alors remarquer en battant le meilleur junior américain, Herbert Flam. Dès lors, son ascension devient irrésistible. Moins d'un an après, Ricardo Gonzalez sidère le monde de la petite balle jaune en remportant les Internationaux des Etats-Unis, balayant en finale son compatriote Sturgess en trois manches. Une légende est en marche.
Gonzales est un phénomène. Il n'a rien d'un forçat de travail et mise tout sur ses aptitudes naturelles, techniques et athlétiques. Il s'entraîne peu, ou pour ainsi dire pas du tout. De son point de vue, le tennis n'est pas un sport. Simplement un jeu. Une distraction parmi d'autres, comme les cartes ou les boites de nuit, où il passe autant de temps que sur les courts de tennis. Son jeu est pourtant frappé du sceau de la modernité, basé sur un service dévastateur et une présence physique sans égal.
1949, la consécration
D'une certaine manière, Gonzalez a réinventé le tennis moderne, comme Bill Tilden le fit en son temps. Même sans consentir de sacrifices, cet anticonformiste possède tout pour s'affirmer comme le meilleur joueur de la planète. L'année 1949 est d'ailleurs celle de la consécration. Demi-finaliste à Roland-Garros, il défend victorieusement son titre à New York, au terme de l'une des plus belles finales de l'histoire.
Sur sa route se dresse alors Fred Schroeder, parfait symbole de l'Amérique de la fin des années 40. Sorte de bûcheron des courts, toujours impeccablement rasé et vêtu, Schroeder est l'anti-Gonzalez. Il a souffert pour arriver en finale, accumulant les matches en cinq sets et les heures passées sur le court. Pourtant, pendant deux sets, Gonzales est dominé et son adversaire ne donne aucun signe de lassitude. Schroeder remporte les deux premières manches, 18-16, 6-2.
Mais Gonzales a effectué un travail de sape qui va finir par payer. Ramassant Schroeder à la petite cuillère, le latino s'adjuge les trois derniers sets, 6-1, 6-2, 6-4 et gagne la plus longue finale de l'histoire en terme de jeux disputés. A 21 ans, il devient numéro un mondial. L'avenir lui appartient. Beau, flamboyant, charismatique, l'oeil aussi noir que le cheveu, Pancho est sans le moindre doute la première grande star de l'après-guerre.
Le meilleur joueur de l'histoire?
Quelques semaines après son doublé, Gonzales annonce qu'il passe professionnel. A l'époque, le tennis offre plus de gloire que d'argent aux vainqueurs des tournois du Grand Chelem. Convaincu par Jack Kramer, instigateur du professionnalisme, celui qui est alors le meilleur joueur du monde décide de franchir le pas. Sa fortune est assurée, mais son palmarès, lui, ne s'enrichira plus, les pros n'ayant pas accès aux grands tournois majeurs que sont Roland-Garros, Wimbledon et Forrest Hills.
Où se situerait-il aujourd'hui dans la hiérarchie face à un Sampras, un Borg ou un Laver? Difficile, voire impossible de le dire, les éléments de comparaison faisant défaut. Pour certains, Pancho Gonzales reste pourtant le plus grand champion que ce sport ait jamais connu. Plus fort que Rosewall, avec qui il livrera tout au long des années 50 et 60 des combats épiques sur le circuit professionnel, que Laver et tous les autres. Seule certitude, au début de l'ère Open, à plus de 40 ans, il lui arrivait encore de botter les fesses des meilleurs&hellip
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