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Nadal, la révolution permanente

Nadal, la révolution permanente
Par Eurosport

Le 14/09/2010 à 22:25Mis à jour Le 27/10/2010 à 19:24

Rafael Nadal est en train d'écrire une nouvelle page de l'histoire du tennis. Après le règne absolu de Roger Federer, il impose sa révolution permanente. Le N.1 mondial, qui vise désormais une victoire au Masters, sait adapter son tennis aux contraintes du jeu moderne.

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Rafael Nadal est un apprenti conservateur. Depuis cinq ans, il observe avec attention la façon dont Roger Federer range ses trophées dans ses armoires. Avec un goût modéré pour les traditions mais un sens des valeurs et du respect de la hiérarchie sans égal, le N.1 mondial cultive son patrimoine avec un dynamisme rare. Longtemps perçu comme un riche exploitant provincial (la terre battue bien sûr), il peut désormais accéder au plus haut grade du Hall of Fame. Avec 9 titres du Grand Chelem à 24 ans, le record détenu par Roger Federer actuellement (16 titres) n’est pas un rêve inaccessible.

SORTIR DE TERRE

Vous pensiez avoir tout vu avec Roger Federer, vous pensiez que le Suisse détenait à tout jamais le pouvoir absolu sur le tennis mondial avec ses 16 titres en Grand Chelem ? Le Roi Soleil de Bâle pourrait pourtant se coucher pâle, un jour, à côté de celui de Majorque. C’est encore de la science-fiction, car Roger est loin d’avoir abandonné sa cour, il faut envisager cette prise de pouvoir qui n’aurait rien d’une usurpation. Plutôt une conquête à la fois précoce et lente de chaque territoire du tennis moderne.

La précocité de Rafael Nadal a fasciné. Son tennis non. A 15 ans, il gagne son premier match ATP, à Majorque chez lui. A 16 ans, il gagne son premier tournoi Challenger à Barletta et son premier tournoi ATP à Sopot. Mieux, il aide son pays à remporter la Coupe Davis en devenant le plus jeune joueur à gagner un match en finale (face à Andy Roddick). A 19 ans, il est N.2 et remporte son premier Roland-Garros. Sa capacité à écoeurer les adversaires sur terre battue impressionne, on ne souligne pas assez ses premières passes de raquettes face à Federe rsur dur (on pense ici à Miami notamment)

L’ÂGE DES RECORDS

Son record de victoires consécutives sur terre (81) marque les esprits en 2007, et on en oublie qu’il va atteindre pour la deuxième année consécutive la finale à Wimbledon. En 2008, il remporte enfin Wimbledon et les Jeux Olympiques sur une surface similaire à l’US Open. En 2009, il décroche son premier Open d’Australie et en 2010 son premier US Open. A 24 ans et 101 jours, il a gagné les quatre tournois majeurs, seuls Donald Budge (22 ans) et Rod Laver (24 ans et 32 jours) ont fait mieux. Pendant que Roger Federer affolait la planète en accumulant les titres et en faisant tomber le record de Pete Sampras (14 titres en Grand Chelem), Nadal faisait son bout de chemin. D’empêcheur de tourner en rond, il est devenu le rival idéal, jusqu’à devenir actuellement le concurrent direct de Federer, non plus en terme de face-à-face, mais face à l’histoire. A 24 ans et trois mois, Federer n’avait que 6 titres majeurs au compteur. Pete Sampras, 7. L'Espagnol est donc tout simplement en avance sur les "temps intermédiaires"…

En Grand Chelem, Nadal avance masqué. Quand on évoque le recordman, il fait profil bas. Federer ?  "Il a beaucoup plus de titres que moi. Je suis plus qu'heureux avec mes titres. Il est idiot de se demander si je suis meilleur ou pas que Roger. Le palmarès montre qu'il est meilleur que moi. C'est la vérité du moment et je pense que cela le restera toute ma vie ", vient-il de dire à New York. Il est pourtant déjà le septième au classement du nombre de titres (9), le onzième seulement à remporter au moins trois majeurs sur une seule saison. Il faut surtout remonter bien avant l’ère Open pour trouver des joueurs vainqueurs de suite de Roland-Garros, Wimbledon et de l’US Open (Don Budge en 1938, Tony Trabert en 1955 et Rod Laver en 1962 et 1969). Cela lui permet d’envisager de gagner les quatre titres de suite, ce que personne n’a réussi depuis Rod Laver.

LA REVOLUTION PERMANENTE

Avant de penser à l’Open d’Australie, l’Espagnol pourra savourer sa fin de saison à la place de N.1 mondial qu’il est assuré de conserver. L’instinct de conservation, voilà ce qui caractérise le plus doué du clan Nadal. Avant d’aller conquérir d’autres courts, il a su marquer son propre territoire. Ses séries de succès sur terre (Monte-Carlo, Rome, Barcelone, Roland-Garros, autant de chasses gardées). Une fois chaque forteresse consolidée, il a pu se projeter. Dans le sillage du bateau amiral du circuit : "Pour moi, Roger a toujours été un exemple. Notamment parce qu'il a su faire progresser son jeu durant toute sa carrière. C'est une bonne chose à copier, non? Donc j'ai essayé de le copier. Mais je sais que Roger et moi sommes différents, nous avons des styles différents." Comment rester au pouvoir ? En se remettant en question en permanence. Voilà la leçon apprise par Nadal dans l'ombre du Suisse.

Nadal jouait en contre et gagnait ainsi. Il s'est imposé un jeu plus offensif. Son talent de gaucher contrarié méritait mieux. En 2008 et 2009, malgré les blessures, il adapte son jeu et sort des sentiers battus. Il joue souvent plus court, mais il gagne les points plus rapidement. Il sert moins fort mais protège son organisme et varie mieux. Son jeu optimise les réponses aux conditions de jeu du moment (surface, balles et styles de jeu à la mode). En 2010, juste avant le début de l'US Open, il change sa prise au service : et tout le monde a constaté les dégâts : "Si je peux reproduire ça, ça va être un changement dans ma carrière car si j'ai autant de points gratuits (sur son service) que durant ce tournoi, ça va me changer." Comment Nadal arrive-t-il à progresser ? En s’imposant la révolution permanente de son jeu. Au panache classique de Federer, il se différencie par son pragmatisme moderne. Mais le sens de l'histoire est le même.

LE FUTUR LUI APPARTIENT

"Si je ne gagne pas, ce n’est pas grave, j’aurais encore plusieurs années pour le remporter", disait Nadal avant la finale de l’US Open. Après, il disait la même chose… de Novak Djokovic ! Ceux qui estiment que Rafael Nadal allait s’effondrer physiquement à 25 ans, guettent la moindre défaillance. Le joueur lui-même avait en début d’année donné des signes avant-coureurs de lassitude pour la première fois de sa carrière. Aujourd’hui, il n’est plus question que de faire des progrès, de "continuer d’apprendre" et de gagner dans deux mois le dernier grand titre qui lui manque : le Masters. Loin de toute mégalomanie, Nadal a posé balle après balle les fondations de son pouvoir actuel. Il faudra mettre autant de courage dans chaque balle, comme Djokovic a tenté de le faire dimanche, pour se mesurer à lui.

NADAL SEPTIEME PROVISOIRE... (classement des joueurs ayant plus de titres du Grand Chelem que Nadal)

1. Roger Federer (SUI) 16
2. Pete Sampras (USA) 14
3. Roy Emerson (AUS) 12
4. Rod Laver (AUS) 11
4. Bjorn Borg (SWE) 11
6. Bill Tilden (USA) 10
7. Rafael Nadal (ESP) 9

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