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Kokkinakis : "Mon corps est presque déformé, à force de blessures"

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Thanasi Kokkinakis

Crédit: Getty Images

ParLaurent Vergne
28/08/2019 à 23:02 | Mis à jour 29/08/2019 à 13:35
@LaurentVergne

US OPEN – Prometteur avant ses vingt ans, Thanasi Kokkinakis a disparu des radars ces quatre dernières années. La faute à une succession de blessures, notamment à l'épaule, qui ont réduit à la portion congrue ses apparitions sur le circuit. L'Australien a pourtant du talent. A 23 ans, il espère toujours rattraper le temps perdu. Jeudi soir, il affronte Rafael Nadal au 2e tour à Flushing.

"Un sentiment incroyable." Thanasi Kokkinakis a battu Ilya Ivashka mardi au premier tour de l'US Open. Pas exactement l'exploit d'une vie, mais pour mesurer l'importance de cette victoire, il faut mesurer qu'il s'agissait là de la toute première de l'Australien en Grand Chelem depuis… 51 mois. A Roland-Garros, en 2015, Kokkinakis se hissait en 16es de finale à Roland-Garros avant de s'incliner contre Novak Djokovic. Il venait tout juste de fêter ses 19 ans. Personne n'imaginait alors qu'il lui faudrait plus de quatre ans pour retrouver le chemin de la victoire sur une scène majeure.

De la même génération que Nick Kyrgios (ils ont tout juste un an d'écart et s'étaient d'ailleurs affrontés en finale de l'Open d'Australie juniors en 2013), Kokkinakis a vu sa prometteuse carrière pourrie par une succession de blessures. Fin 2015, son épaule le fait souffrir. Un mal né notamment de son excès de zèle... à la salle de musculation. "J'ai été idiot, avait-t-il raconté il y a deux ans au Sydney Morning Herald. Je ne faisais plus que soulever de la fonte. Très mauvaise idée. Ne faites jamais ça. Avec le recul, c'est mon plus grand regret. Je me suis ruiné l'épaule."

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Thanasi Kokkinakis à l'Open d'Australie en 2019.

Crédit: Getty Images

Parfois, je me demande comment j'ai fait pour ne pas tout balancer

Il comprend vite qu'il n'échappera pas à un passage sur le billard. "Je me revois dans un taxi en décembre 2015, reprend l'Australien. En voulant sortir ma carte de crédit, j'ai réalisé que je ne pouvais même plus lever le bras. J'ai pris des antidouleurs, de la cortisone, mais rien n'y a fait. J'avais l'épaule en miettes et j'ai dû me faire opérer." Le coup d'arrêt est énorme, les dégâts profonds. L'Australien passe une année 2016 blanche, loin des courts. Il n'y joue qu'un seul match, perdu, aux Jeux Olympiques de Rio. Les médecins lui avaient prédit un retour à 100% trois ou quatre mois après l'opération, mais la douleur ne s'évacue pas.

Malheureusement pour lui, ce ne sera pas son seul pépin physique. Genou, coude, aine, déchirure aux pectoraux, il a à peu près tout connu. "Mon corps est presque déformé, à force de blessures", a-t-il dit sans plaisanter cette semaine. Thanasi Kokkinakis a regardé passer les trains depuis plus de trois ans, sans avoir le droit de monter dedans. On ne l'a plus vu dans le Top 100 depuis janvier 2017. Il pointait au 202e rang en arrivant à Flushing. Psychologiquement aussi, le combat a été rude. Il se souvient d'une séance d'entraînement, fin 2016, où, sur un simple service, il a eu l'impression que son épaule "se disloquait". Il en a pleuré. "Parfois, je me demande comment j'ai fait pour ne pas tout balancer", glisse-t-il.

Peut-être parce qu'il sait ce qu'il tient dans sa raquette. "Je sais ce que vaut mon tennis", a-t-il lancé après sa victoire contre Ivashka. Ses débuts avaient il est vrai révélé un joueur explosif doublé d'un vrai tempérament sur le court, mais sans les excès d'un Kyrgios. Il y avait là, à l'évidence, un vrai potentiel. Et de temps à autre, quand son corps l'a laissé tranquille, il a montré qu'il avait du tennis. Comme à Miami, en 2018, où l'Australien se paie le luxe de battre Roger Federer, alors numéro un mondial et sacré pour la 20e fois en Grand Chelem un mois et demi plus tôt. Voilà pourquoi il continue.

Miami 2018 : Thanasi Kokkinakis signe un exploit face à Roger Federer.

Crédit: Getty Images

Nadal, un cadeau de Noël avant l'heure

Jeudi, sa récompense sera d'affronter une autre légende, Rafael Nadal. L'occasion de rappeler à ceux qui l'auraient oublié le joueur qu'il demeure. A ce stade, Kokkinakis l'assure "les victoires et es défaites ne sont pas le plus important pour moi aujourd'hui." Il aimerait seulement "pouvoir jouer durablement, enchainer les tournois pendant plusieurs mois. Pour avoir une chance de savoir ce que je peux accomplir." Ce serait sa vraie victoire et la fin d'une frustration assez insupportable pour lui : "J'ai l'impression que, jusqu'ici, une grande partie de ma carrière m'a été volée."

A 23 ans, il n'a pas encore l'âge d'être vieux, même pour un joueur de tennis. Mais il a appris à être prudent : "mon père me dit de me choisir une spécialité à l'université". De préparer l'après-tennis, en somme. "Mais j'ai encore envie de me donner une chance et d'essayer. Tant que je pourrai, j'essaierai de percer." Voilà pourquoi sa victoire en quatre sets face à Ivashka, anecdotique dans la masse de matches d'une saison sur le circuit ATP, a une signification toute particulière pour Thanasi Kokkinakis. Nadal, dans son cas, ce n'est pas un fardeau, mais un énorme cadeau de Noël avant l'heure.

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