Le contexte

Un vent de jeunesse souffle sur Flushing Meadows. La remarque vaut aussi bien pour le tableau féminin avec les sensations Leylah Fernandez et Emma Raducanu (respectivement âgées de 19 et 18 ans) que du côté de ces messieurs, puisque trois demi-finalistes sur quatre n'affichent que 25 printemps ou moins au compteur. Parmi eux, le seul qu'on n'attendait peut-être pas à pareille fête est le benjamin de ce dernier carré : Félix Auger-Aliassime. Le Canadien est ainsi devenu le premier joueur né en 2000 à côtoyer ces altitudes en Grand Chelem.
S'il va donc découvrir le parfum d'une demie à l'US Open, la présence de "F2A", comme on le surnomme, à ce stade ne relève néanmoins pas de la surprise la plus totale. Déjà à Wimbledon, le jeune homme à l'immense potentiel avait éclaté son plafond de verre en dominant en cinq sets Alexander Zverev en huitième de finale. A New York, il a donc confirmé qu'il avait franchi un cap sur les plus grandes scènes et sur le format long. Il a bien profité, il faut en convenir, d'un tableau qui s'est ouvert pour aller encore plus loin que sur le gazon anglais.
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Mais le Canadien s'en est aussi donné les moyens, comme lors de ce 3e tour qui avait des allures de traquenard qui l'a vu endiguer la remontée de Roberto Bautista Agut grâce à des nerfs d'acier dans la manche décisive. Voici quelques mois, c'est le genre de match qu'il aurait très certainement perdu, comme il avait cédé par exemple à Melbourne face à Aslan Karatsev. La tête froide, il l'a aussi eue pour maîtriser le bouillant Frances Tiafoe soutenu par le public américain sous les projecteurs. En résumé, Auger-Aliassime a assumé son statut, comme quand il a renvoyé un Carlos Alcaraz, diminué certes et contraint à l'abandon, à ses études.
Gérer les attentes, c'est d'ailleurs devenu le quotidien de Daniil Medvedev. Sacré à Toronto en préparation, le numéro 2 mondial était cité parmi les favoris du tournoi derrière l'incontournable Novak Djokovic et il est au rendez-vous. Le Russe s'est même baladé jusqu'ici avec une marge assez impressionnante sur des adversaires il est vrai à sa portée. La fin de son quart de finale plus tendue contre l'attraction Botic van de Zandschulp fait figure de petite exception. Reste que son bilan est quasiment immaculé avec un set perdu en 5 matches. Et une simple demi-finale comme l'an dernier ne lui suffit plus. Cette fois, il rêve d'aller chercher le Graal dimanche, deux ans après avoir échoué d'un rien face à Rafael Nadal. Mais attention, la pression sera sur ses épaules.

Face-à-face

  • Avantage (minime) Medvedev. Si cette rivalité sera certainement récurrente dans les années à venir, il n'y a eu qu'un duel précédent entre les deux hommes. C'était il y a trois ans, au meilleur des trois sets sur le dur de Toronto et le Russe l'avait emporté sur le fil 3-6, 6-4, 7-6. Les intéressés étaient encore loin de leur niveau actuel.
  • Il s'agit par conséquent de leur premier affrontement en Grand Chelem.

Enfin challengé, Medvedev a dû batailler : le résumé de sa victoire

Leur parcours

Daniil Medvedev
1er tour : bat Richard Gasquet [FRA] 6-4, 6-3, 6-1
2e tour : bat Dominik Koepfer [ALL] 6-4, 6-1, 6-2
3e tour : bat Pablo Andujar [ESP] 6-0, 6-4, 6-3
1/8e de finale : bat Daniel Evans [GBR/N.24] 6-3, 6-4, 6-3
1/4 de finale : bat Botic Van de Zandschulp [P-B/Q] 6-3, 6-0, 4-6, 7-5
Félix Auger-Aliassime
1er tour : bat Evgeny Donskoy [RUS/Q] 7-6(0), 3-6, 7-6(1), 7-6(8)
2e tour : bat Bernabe Zapata Miralles [ESP/LL] 7-6(5), 6-3, 6-2
3e tour : bat Roberto Bautista Agut [ESP/N.18] 6-3, 6-4, 4-6, 3-6, 6-3
1/8e de finale : bat Frances Tiafoe [E-U] 4-6, 6-2, 7-6(6), 6-4
1/4 de finale : bat Carlos Alcaraz [ESP] 6-3, 3-1 ab.

Ils ont dit

Daniil Medvedev : "Contre un joueur comme Félix, qui prend le jeu à son compte en coup droit mais qui est aussi capable d'accélérer en revers, je vais devoir le priver de temps. Autrement, il va me détruire. Il est jeune mais ça fait déjà un bout de temps qu'il est là, c'est super pour le tennis qu'il franchisse ces étapes."
Félix Auger-Aliassime : "Certaines défaites m'ont déçu en Grand Chelem par le passé. J'ai juste appris à les accepter, à continuer de croire en moi, de travailler dur pour que les résultats arrivent. Je suis déjà heureux de mon niveau de performance dans cet US Open. Mais je suis toujours dans le tournoi, ce n'est pas fini. J'espère faire plus."

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Trois stats à retenir

100 %. Depuis le début de la quinzaine, Félix Auger-Aliassime a remporté les 5 tie-breaks qu'il a joués, dont trois dans le même match au 1er tour. Daniil Medvedev n'a pas eu à en disputer un seul. Si les deux hommes se retrouvent dans un jeu décisif lors de cette demi-finale, le Canadien l'abordera avec des repères non négligeables.
2009. Cela faisait douze ans qu'on n'avait pas vu de joueur aussi jeune que Félix Auger-Aliassime dans le dernier carré de l'US Open. A l'époque, en 2009, Juan Martin Del Potro était même allé au bout du tournoi en battant successivement Rafael Nadal et Roger Federer. Un bon présage pour le Canadien ?
293. C'est le temps en minutes passé en plus sur le court par Félix Auger-Aliassime par rapport à Daniil Medvedev. Le Canadien a donc joué près de 5 heures de plus que son futur adversaire (4h53), une durée non négligeable même si "F2A" est jeune et que l'abandon de Carlos Alcaraz en quart lui a permis de s'économiser. En moyenne, Medvedev a, lui, passé moins de deux heures sur le court par match : à ce rythme, c'est comme s'il abordait cette demie avec deux parties de moins dans les jambes.

Notre avis

Avant même le début de cette quinzaine, dès le tirage au sort, Daniil Medvedev s'imposait comme le favori net de ce bas du tableau, et ce pour plusieurs raisons. D'abord, bien entendu, parce qu'en sa qualité de numéro 2 mondial, le Russe était le mieux classé. Ensuite parce qu'il affichait un état de forme resplendissant : il sortait d'un bel enchaînement titre à Toronto et demi-finale à Cincinnati. Enfin, parce que l'US Open était le tournoi du Grand Chelem qui lui réussissait le mieux avec une finale et une demie lors des deux dernières éditions.
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a justifié et même conforté ce statut à l'orée de sa demi-finale. Non seulement par ses performances sur le court, mais aussi parce que les joueurs les plus dangereux potentiellement pour lui sur le papier, Stefanos Tsitsipas et Andrey Rublev ont tous les deux disparu prématurément. Reste que Félix Auger-Aliassime a les atouts pour, au moins, le gêner par sa puissance du fond du court, son explosivité, sa constance à l'échange, dans la concentration et sa qualité de déplacement améliorées par son début de collaboration avec Toni Nadal.
Le Russe ne bénéficiera pas d'un quelconque ascendant psychologique, tant sa victoire dans leur seul duel précédent date. Dans cette demi-finale, c'est bien le Canadien qui n'a rien à perdre et Medvedev qui est attendu en finale : une donnée qui pourrait aider le plus jeune des deux à se relâcher malgré le poids de l'événement. Néanmoins, les qualités défensives, la régularité en fond de court, la capacité du numéro 2 mondial à faire déjouer ses adversaires et son expérience sont autant de facteurs qui devraient faire pencher la balance de son côté. D'autant qu'à force de voir la balle revenir, "F2A" pourrait bien se frustrer et accumuler les fautes.
Notre pronostic : Daniil Medvedev en quatre sets.

Daniil Medvedev à l'US Open en 2021

Crédit: Getty Images

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