Dans cette défaite face à Carlos Alcaraz (6-7, 6-3, 6-1, 6-7, 6-3), Frances Tiafoe a répondu aux attentes et a surpris. Les deux à la fois. Le voir faire preuve de tant de talent et de courage dans une demi-finale de cet US Open correspond à ce qu'il a montré depuis le début du tournoi. Mais l'observer atteindre un tel niveau et offrir un spectacle de ce calibre, le public de Flushing Meadows n'y était sûrement pas préparé. D'ailleurs, pour livrer un combat pareil, il faut être deux. "C'est l'un des meilleurs joueurs du monde, c'est sûr, a tenu à saluer sportivement l'Américain. Il est si jeune. Il frappe la balle si fort. Je n'ai jamais joué contre un gars qui bouge aussi bien que lui, honnêtement."
Mais reconnaître les immenses qualités de son adversaire du soir n'a pas empêché le 26e joueur mondial de laisser la déception humidifier ses yeux au moment de prendre la parole après son match. Il a d'abord mordu son t-shirt, regardé ses pieds un instant et essuyé un début de larmes, avant d'exprimer à quel point il tenait à l'emporter, sous les hourras d'un court Arthur Ashe, encore éberlué de ses performances : "J'ai vraiment tout donné. J'ai l'impression de vous avoir laissé tomber. C'est ce qui fait vraiment mal".
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Du très grand tennis, un sacré combat : les meilleurs moments d'Alcaraz - Tiafoe

Sûr de ses qualités

Quelques minutes plus tard, une fois la tension légèrement retombée, il a tenu à rendre hommage au public, qui l'a tenu en haute estime. Il faut dire que les New-Yorkais n'avaient pas vu un Américain dans le dernier carré de l'US Open depuis Andy Roddick en 2006, même si cette fois ils en ont un peu pincé pour Alcaraz.
"L'atmosphère était assez mauvaise. J'aurais aimé qu'ils se mettent dedans" a-t-il d'abord plaisanté, puis a enchaîné : "C'était tellement électrique. Le tennis était vraiment à la hauteur du battage médiatique autour du match. Des coups incroyables, des points en extension à des moments fous. Ouais, je m'énervais. Les gens aiment voir ce gars jouer, donc ils étaient derrière lui, aussi". En même temps, comment faire autrement, quand un gamin de 19 ans claque un passing coup droit long de ligne, dos au filet, pour égaliser à 6-6 dans le premier set.

Un passing dos au filet : encore un point venu d'ailleurs signé Alcaraz

Si, durant cette quinzaine, le très grand public a découvert un Tiafoe capable de rivaliser avec les plus grands, lui et son clan étaient tout à fait conscients du potentiel. Certes, sortir Rafael Nadal au quatrième tour a, juste un poil, relevé de la surprise : "Devenir le seul joueur à battre Rafa en Grand Chelem cette année, avec l'année qu'il a eue. Mettre fin à sa course pour devenir le numéro 1 mondial. (...) Le battre pour la première fois ici à New-York devant tout le monde…" a énuméré le natif du Maryland.
Mais pour le reste : "J'ai juste prouvé que je peux jouer avec les meilleurs, évidemment, et gagner un Grand Chelem. Pendant ma carrière, je n'ai bien joué que de manière sporadique. J'ai toujours été à la hauteur contre les meilleurs joueurs du monde. Je commence à battre ces gars plus facilement. Je pense que tout le monde sait ce dont je suis capable quand je joue à mon meilleur niveau".

Il avait pourtant fait des miracles : la fantastique balle de match sauvée par Tiafoe

Un Grand Chelem, un jour ?

Une fois ses émotions maîtrisées et la déception (un peu) épongée, c'est finalement un Frances Tiafoe très mature qui a pris la parole. "Je suis définitivement tombé amoureux du processus, de travailler beaucoup plus. Je travaille plus intelligemment, je comprends.(...) J'ai renforcé mes faiblesses, je décompose mon jeu, je suis un étudiant du jeu à nouveau". Comme un gamin qui (re)découvre les joies des premiers contacts avec la raquette, mais pas seulement : "Après être allé aussi loin, je comprends combien le repos est important pendant deux semaines de Grand Chelem. Je ne suis pas sorti pour dîner une seule fois. Je me suis juste reposé".
Et si les larmes dominaient après la balle de match - il en avait déjà courageusement sauvé trois -, Tiafoe s'est montré apaisé : "Évidemment, j'aurais aimé gagner ce soir, mais je pense que le tennis a gagné. Je pense que le public a eu ce qu'il attendait". Apaisé comme un homme qui sait pertinemment qu'il reviendra. Il avait déjà de l'ambition au moment de mettre les pieds à Flushing Meadows pour cette édition 2022, celle de "se tenir ici (sur le Arthur Ashe, ndlr) dimanche tenant la coupe".
"Pour être honnête avec vous, les gars m'ont demandé quelle était mon idée en arrivant, a poursuivi l'Américain. Je croyais sincèrement que je pouvais gagner l'US Open. C'était mon objectif. Pour tout le monde autour de moi, c'était l'objectif." Gageons que la déception est loin d'être assez forte pour qu'un tennisman de 24 ans, plus fort qu'il ne l'a jamais été, revoit ses ambitions à la baisse. Imaginer Tiafoe remporter l'US Open en début de tournoi aurait seulement relevé d'une belle cote sur laquelle miser quelques deniers. Aujourd'hui, un potentiel vainqueur de Grand Chelem est né. Il faudra juste que Carlos Alcaraz arrête d'être aussi fort.
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