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"Stop aux stéréotypes de genre…" : A l'US Open, les femmes ne veulent plus être comparées aux hommes
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Publié 03/09/2024 à 23:14 GMT+2
Aux commentaires de l'US Open sur ESPN, Chris Evert a réveillé une (sempiternelle) polémique en comparant le tennis de Karolina Muchova à celui d'un homme. Elle a été reprise de volée par Ons Jabeur au point de devoir s'excuser tandis qu'Aryna Sabalenka, de son côté, s'est dite "embarrassée" d'afficher des statistiques de vitesse en coup droit supérieure à celle des meilleurs joueurs...
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A la base, cela se voulait un compliment, peut-être un peu maladroit, mais sans doute pas méchant. Aux commentaires du match de Karolina Muchoka au troisième tour face à Anastasia Potapova, Chris Evert s'est un peu laissée submerger par son enthousiasme devant le tennis enchanteur de la Tchèque, au point de dire que celle-ci "joue, sert, bouge et volleye comme un homme."
La légendaire joueuse américaine a été aussitôt reprise de volée – c'est le cas de le dire - sur "X" par la Tunisienne Ons Jabeur, qui lui a sèchement répondu : "Muchova est une joueuse incroyablement talentueuse. On n'a pas besoin d'être un homme pour bien servir, volleyer et se déplacer... Peut-on cesser les stéréotypes basés sur le genre ?"
Ce que Chris Evert a fait en se fendant d'un message d'excuse, tout en expliquant son propos : "Les joueuses sont aujourd'hui de plus en plus puissantes, rapides et athlétiques. Nombre d'entre elles que j'interviewe ont des modèles masculins et aspirent à leur ressembler. J'aurais peut-être dû l'exprimer différemment, désolé !"
Muchova, qui défiera la Brésilienne Beatriz Haddad Maia mercredi en quart de finale de l'US Open, a confirmé avoir été beaucoup inspirée par le tennis masculin dans sa jeunesse. "Je ne pense pas jouer comme un homme, mais c'est vrai que j'ai beaucoup regardé des joueurs comme Roger Federer ou Novak Djokovic. Après, je ne crois pas non plus jouer de la même manière qu'eux", a-t-elle répondu, un peu prise de court lorsqu'on lui a fait part de l'échange entre Jabeur et Evert.
Tel un serpent de mer, ce débat récurrent aux relents de sexisme resurgit ça et là aussitôt qu'une joueuse pratique un tennis, disons, différent de la majorité de ses congénères. C'était le cas, d'une certaine manière, d'Amélie Mauresmo, que Martina Hingis avait très maladroitement comparée à un "demi-homme" à la veille de l'affronter en finale de l'Open d'Australie 1999. Tout cela parce que la Française avait révélé son homosexualité en marge de ce tournoi, et parce qu'elle crevait l'écran avec son revers à une main et son tennis puissant.
Muchova, elle, se distingue d'une façon encore différente. Elle pratique un tennis offensif et créatif à souhait qui révèle un vrai pouvoir d'attraction auprès de bien des puristes, fascinés notamment par sa propension à s'exercer au service-volée, souvent avec bonheur. "J'aime pratiquer un tennis varié, monter au filet, bref m'amuser plutôt que de rester derrière ma ligne à frapper uniquement des coups droits et des revers", a expliqué celle qui avait manqué la première moitié de la saison 2024 en raison d'une blessure au poignet.
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Muchova pleine d'autorité écarte Paolini et file en quarts : les temps forts en vidéo
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Son tennis est magnifique, clairement, autant dans la gestuelle que dans l'exécution. Mais c'est vrai qu'il n'est pas non plus l'apanage du tennis masculin : la finaliste de Roland-Garros 2023 n'est ni la première ni la dernière à maîtriser le revers slicé, l'amortie ou la montée à contre-temps. Chris Evert pourrait en parler aussi à Ons Jabeur, par exemple. Ou plus encore à celle qui fut sa grande rivale, Martina Navratilova.
Sabalenka, plus fort(e) qu'Alcaraz ou Sinner
Voire à Iga Swiatek puisque mine de rien, si Muchova n'a perdu que quatre fois son engagement depuis le tournoi, la numéro 1 mondiale a fait encore mieux : elle a remporté 34 de ses 36 jeux de service et n'a pas concédé le moindre break, ni même la moindre balle de break lors de ses trois derniers matches face à Ena Shibahara, Anastasia Pavlyuchenkova et donc Samsonova. Des statistiques d'hommes, pour rester dans la caricature…
Dans tout cela, on ne sait pas si les organisateurs de l'US Open ont choisi le bon timing pour révéler une statistique édifiante. Depuis le début du tournoi, le record de la plus haute vitesse moyenne générée en coup droit est détenu par… Aryna Sabalenka (80 mph, soit 128 kmh), devant, excusez du peu, Carlos Alcaraz (79), Jannik Sinner (78) et Novak Djokovic (76).
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Quand Sabalenka tente d'amadouer le public : "Et si je payais ma tournée…"
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"J'ai vu cette statistique, je n'arrivais pas à y croire. J'étais presque un peu gênée d'être devant ces joueurs", a commenté la Biélorusse lorsqu'on l'a invitée à réagir à ce sujet après sa victoire, lundi, face à Elise Mertens. Sabalenka en rigolait mais, pourtant, elle-même a dû essuyer de nombreuses moqueries sur la puissance de son tennis. S'imposer en tête dans ce genre de statistiques comparatives est peut-être, finalement, la meilleure manière d'y répondre. Et, in fine, de faire chuter les barrières entre le tennis masculin et le tennis féminin.
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Une boucherie : Sabalenka n'a laissé que trois jeux en route
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