US Open 2024 - Simple messieurs - C'est à nouveau l'Amérique, et ça (re)vient presque de nulle part !
Par Laurent Vergne
Mis à jour 06/09/2024 à 15:01 GMT+2
Taylor Fritz contre Frances Tiafoe. L'affiche de cette demi-finale de l'US Open garantit au tennis américain de vivre dimanche sa première finale de Grand Chelem chez les hommes depuis 15 ans. Voilà qui semblait impensable il y a peu, quand les représentants de l'Oncle Sam avaient touché le fond, pas plus tard qu'en 2021. Retour sur une spectaculaire renaissance.
Tiafoe va jouer "le plus gros match de sa vie" face à Fritz
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C'était le 10 mai 2021. Pas vraiment la préhistoire. Trois années et demie en arrière. Ce jour-là, la publication hebdomadaire du classement ATP pique les yeux. Avec une bonne conjonctivite de l'autre côté de l'Atlantique. Une semaine entrée dans l'histoire du tennis puisque, pour la première fois depuis la création du classement en 1973, aucun joueur américain ne figure alors parmi les 30 premiers. Taylor Fritz, le numéro un US, pointe au 31e rang, devant John Isner (35e), Reilly Opelka (47e) et Tommy Paul (55e). Frances Tiafoe végète encore plus bas : 74e.
Quel contraste avec la jadis toute puissance du tennis américain, qui avait casé jusqu'à… 22 joueurs dans le Top 50 au cours de l'année 1984. Dans les années 90, avec Pete Sampras, Andre Agassi, Jim Courier ou Michael Chang, l'Amérique vivait encore sur ses stars même si le vivier était moins imposant quantitativement derrière eux. Puis ce fut le début de l'ère Roddick, sacré vainqueur en Grand Chelem à 21 ans en 2003, à l'US Open. Jamais il ne doublerait la mise, malgré quatre finales majeures supplémentaires. Le déclin de l'empire américain a eu quelque chose de spectaculaire. D'effarant, même.
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"Cette excuse ne fonctionne plus" : Fritz, il était temps
Video credit: Eurosport
28 titres en 14 ans
Entre 1989 et 2003, du sacre unique de Michael Chang à Roland-Garros à celui, tout aussi solitaire, d'Andy Roddick à l'US Open, les Américains ont remporté la bagatelle de 28 tournois du Grand Chelem en 14 ans. Environ deux en moyenne par saison. Pete Sampras (14), Andre Agassi (8) et Jim Courier (4) étaient passés par là. Depuis, plus rien. Pas un petit couronnement majuscule à se mettre sous la dent. Ce n'était même plus un retour dans le rang, mais un rayage quasi-intégral de la carte planétaire.
Il n'y avait plus de stars, plus de présent et pas beaucoup d'avenir. Le tennis US n'était plus que passé. Glorieux, mais de plus en plus lointain. En mai 2021, Fritz, Tiafoe et Paul, les trois derniers jeunes loups annoncés, ou plutôt espérés comme de possibles successeurs, ont déjà 23 ans. Pour vivoter autour de la 30e place ou au-delà du Top 50, ce n'était tout de même pas annonciateur de lendemains triomphants.
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Tiafoe-Dimitrov, spectacle un temps assuré : le résumé d'un show tronqué
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40 mois plus tard, il y aura un yankee en finale de l'US Open. Une grande première en Grand Chelem depuis la défaite d'Andy Roddick à Wimbledon contre Roger Federer, au terme d'un épouvantable crève-cœur, une défaite 16-14 au 5e set. 15 ans sans finale pour les Américains, c'était une incroyable anomalie à l'échelle de l'histoire du tennis. La confrontation entre Taylor Fritz et Frances Tiafoe, vendredi soir, garantit la fin d'une première disette, en attendant peut-être une autre, dimanche.
Fritz et Tiafoe, 26 ans chacun, sont donc passés du statut d'ex-espoirs décevants à celui de possible vainqueur de l'US Open. Ils sont montés en puissance ces dernières années. Fritz en multipliant les actes de présence en seconde semaine des grands tournois, faisant d'un quart de finale en Grand Chelem une sorte de norme. Tiafoe, en accédant, déjà, au dernier carré à Flushing Meadows en 2022, ne s'inclinant qu'en cinq sets contre Carlos Alcaraz. En dépit de son inconstance, à New York, chez lui, il est un danger pour tout le monde.
Le contexte est redevenu favorable
Cette génération, longtemps décriée, a su faire jouer au maximum la carte de l'émulation. "On en parle ensemble depuis des années (de leur arrivée tout en haut, NDLR), assurait Tiafoe mardi après sa qualification pour les demies. Moi, Taylor, Tommy, Reilly… On est un vrai groupe. On en parle, et de façon très ouverte." Il n'est pas étonné de voir la tournure des événements : "Je crois qu'on cogne à la porte depuis un moment. Taylor est Top 10, Top 15 depuis longtemps maintenant. Moi, j'étais Top 10 il y a un an à cette époque. Tommy va souvent en quarts. Ben... (Shelton), ce n'est qu'une question de temps avant qu'il n'aille très haut."
Mais tout de même, qui aurait pu envisager sérieusement il y a trois ans que les Américains reviendraient aussi vite dans le débat aussi près du sommet du tennis mondial ? Mais les temps changent. Pour eux, et autour d'eux. Le second point est même peut-être en grande partie la source du premier. Ce qui a changé depuis 2021 ? Eux, bien sûr. Mais le tennis aussi. Le Big 3 a vécu. Roger Federer est à la retraite. Rafael Nadal n'en est plus très loin. Novak Djokovic est toujours là, mais il laisse davantage de place aux autres.
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Djokovic n'a rien pu faire face à ce Popyrin-là : les images de la sensation du jour
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Frances Tiafoe est d'ailleurs le premier à reconnaître que le contexte plus favorable joue un rôle non négligeable. "Le jeu est davantage ouvert, estime-t-il. Ce n'est pas comme avant. Tu allais en quarts dans un tournoi, tu tombais sur Rafa et tu pouvais déjà booker ton vol retour. Voilà la réalité. C'est totalement différent maintenant. Personne n'est imbattable. Notamment en fin de saison où plein de mecs sont un peu cramés. En tout cas pas aussi frais, et donc ils sont plus vulnérables. Mais oui, c'est excitant. Première finale depuis 2009… J'espère que ce sera moi."
Reste une question. Quelle sera l'ampleur de ce retour au premier plan ? Et une autre ! Sera-t-elle durable. Les Fritz, Tiafoe, Paul, Shelton et autres Korda peuvent-ils jouer un rôle majeur sur plusieurs saisons ? On les imagine mal encore avoir l'étoffe d'un Agassi, d'un Sampras ni même, en étant plus raisonnable, d'un Courier ou d'un Roddick. Tous des anciens numéros un mondiaux. Mais sait-on jamais. Après tout, vu le chemin parcouru en trois ans, pourquoi pas ? Puis si Tiafoe ou Fritz est consacré dimanche, tout sera différent, forcément. En attendant, New York va savourer cette demi-finale 100% maison. Rien que ça, c'est un acte de renaissance. Surtout ici, à Flushing.
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