La fin d'un couple de huit ans : l'ancien numéro un mondial Daniil Medvedev se sépare de son entraîneur Gilles Cervara
Par Laurent Vergne
Mis à jour 05/09/2025 à 08:56 GMT+2
Daniil Medvedev n'y arrive plus. Sorti au 1er tour des trois derniers tournois du Grand Chelem, sevré de titre depuis bientôt deux ans et demi, le Russe traverse à 29 ans une crise tennistique profonde. Il va en tout cas devoir faire sans Gilles Cervara, l'entraîneur qui l'accompagnait et le guidait depuis huit ans. Le technicien français a annoncé dimanche matin la fin de leur aventure commune.
Gilles Cervara et Daniil Medvedev.
Crédit: Getty Images
Tout a donc une fin. Daniil Medvedev est un personnage pas, comme les autres dans le monde du tennis, mais il formait aussi avec Gilles Cervara un tandem peu commun. Ils étaient ensemble depuis si longtemps que l'on avait fini par croire qu'ils étaient inséparables. Imaginer l'un sans l'autre à l'avenir a quelque chose d'incongru, mais c'était sans doute devenu inéluctable, tant le champion russe semble perdu depuis des mois. Depuis ce dimanche, ce que l'on ressentait est officiel : Gilles Cervara n'est plus l'entraîneur de Daniil Medvedev.
Jusqu'au bout, ils auront été différents car, chose rare dans ce genre de situation, c'est le coach, et non le joueur, qui a annoncé la séparation. Le texte publié par le technicien français sur son compte Instagram lui ressemble : fin, sensible, intelligent. Si amertume il y a, elle ne transparait pas une seconde. Il n'y a là rien d'autre que du respect, de l'affection et de l'admiration, trois sentiments que ni la rupture ni le temps n'effaceront.
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Embrouille avec Cervara, tête dans la glacière : Medvedev a encore perdu ses nerfs
Video credit: Eurosport
J’ai adoré t’entraîner, te coacher, te soutenir (même quand c’était difficile)
"Daniil. Notre fantastique aventure commune, qui a duré huit saisons, touche à sa fin. Comme un clin d’œil symbolique de la vie, c’est après ce tournoi de l'US Open que nous mettons fin à notre collaboration", démarre Cervara, évoquant le plus grand de leurs triomphes, cet US Open 2021 qui aura été leur sommet à tous les deux. C'est aussi là, deux ans plus tôt, que Medvedev avait vécu sa première finale de Grand Chelem, perdue mais inoubliable, contre Rafael Nadal.
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Gilles Cervara et Daniil Medvedev en 2023 à l'Open d'Australie.
Crédit: Getty Images
"Je suis reconnaissant et heureux pour toutes les belles choses et les merveilleuses expériences que nous avons pu vivre ensemble sur le court pendant ces huit années, a ensuite déroulé le Français. Elles resteront à jamais gravées dans ma mémoire. Je te remercie de m'avoir fait confiance. J’ai tout donné, à chaque instant, pour atteindre nos objectifs communs. J’ai adoré t’entraîner, te coacher, te soutenir (même quand c’était difficile) et trouver des solutions avec toi et l’équipe pour t’aider à performer."
Gilles Cervara évoque aussi la "magie non conventionnelle" de son désormais ex-poulain et il n'est pas sûr que l'on puisse trouver une formule plus juste et plus belle. Elle aura été qui "ta force en tant que joueur", ajoute-t-il, toujours dans le vrai. C'est celle-ci que Medvedev a perdu en chemin. "Elle reviendra, j'en suis sûr", veut croire le coach. On peut en douter, mais ce n'est pas le propos du jour. En tout cas, ce sera sans lui.
Oui, ils vont nous manquer
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Bercy 2020 : un de leurs grands titres.
Crédit: Getty Images
Daniil Medvedev n'était pas un jeune au talent dégoulinant d'évidence quand ce couple s'est formé. Il lui a fallu apprendre et comprendre le Medvedev, ce langage qui ne ressemblait à aucun autre. Mais ces deux-là se sont bien trouvés et vite compris. Une sorte de magie complice avait fini par se nouer. Ils pouvaient s'engueuler comme un vieux couple. Des diatribes à sens unique, au moins en public.
Combien de fois Daniil a-t-il pourri son entraîneur, bouffé depuis sa chaise par la frustration et la colère ? Il vidait son sac comme on libère une cocotte-minute. Le coach encaissait, ne bronchait pas. Jusqu'au jour où, excédé, il avait quitté la tribune en plein match. Trop, c'était trop. C'était à l'Open d'Australie, en 2021, quelques mois avant le triomphe de Flushing.
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Quand Cervara était parti… en plein match de Medvedev
Video credit: Eurosport
Mais le respect entre eux était total et n'avait d'égal que leur confiance réciproque. On aimait les voir et plus encore les écouter. Parler avec Medvedev, parler avec Cervara, c'était toujours la certitude de s'enrichir et de passer un moment pas comme les autres. Alors, oui, ils vont nous manquer. Au-delà de l'aspect performance, et elle fut colossale, avec en point d'orgue ce titre du Grand Chelem face à un Djokovic en version intouchable en ces temps-ci, puis la place de numéro un mondial qui avait suivi, c'est le souvenir d'un duo unique en son genre qui s'ancrera dans la mémoire tennistique.
Ce n'est sans doute pas pour rien que Gilles Cervara achève sa lettre à Daniil en souhaitant de la réussite au joueur, mais aussi et peut-être surtout "une vie heureuse en tant qu'homme". Car si la collaboration professionnelle s'arrête là, on ose croire et espérer que le lien humain, lui, sera indéfectible. Ils ont trop partagé, ils ont trop vécu et ils se sont trop aimés pour que tel ne soit pas le cas.
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