US Open 2025 - 3e tour - Denis Shapovalov contre Jannik Sinner : La boîte de chocolats et la crème de la crème
Par Laurent Vergne
Mis à jour 05/09/2025 à 08:57 GMT+2
Denis Shapovalov s'attaque à Jannik Sinner samedi. Si le Canadien n'a pas su ou pu confirmer les superbes promesses de ses 18 ans, il demeure un talent pur capable de fulgurances. Un imprévisible. L'Italien, lui, est ce qui se fait de mieux. Il offre donc beaucoup plus de garanties. Les certitudes du numéro un mondial peuvent-elles être mises à mal par la patte gauche de l'Ontario ?
Danis Shapovalov.
Crédit: Getty Images
Drôle de première semaine pour Jannik Sinner. S'il doit rallier la seconde, ce sera davantage en s'appuyant sur ses certitudes et sa phénoménale confiance du moment que sur ses acquis du passé contre ses premiers adversaires. Le nombre de ses victoires au cumul de ses précédentes rencontres contre Vit Kopriva, Alexei Popyrin et Denis Shapovalov ? Zéro. Il n'avait certes jamais affronté le Tchèque, mais il avait perdu son unique match contre Popyrin et s'était également incliné lors de son seul duel avec le Canadien. Mais nous sommes d'accord, tout ceci relève de l'anecdote. Face à l'Australien, balayé en trois sets, il n'a d'ailleurs pas semblé tracassé outre mesure...
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C'était un autre temps. Un autre monde aussi. Celui du Covid-19, dont la planète n'était pas encore totalement sortie. Nous sommes en février 2021. L'Open d'Australie a été décalé de quelques semaines, en raison des conditions sanitaires liées à la pandémie. Denis Shapovalov a 21 ans. Jannik Sinner 19. Le premier est déjà aux portes du Top (12e), le second s'approche du Top 30. L'Italien a épaté quatre mois plus tôt en se hissant en quarts de finale d'un automnal Roland-Garros, où il n'a pas été ridicule contre maître Nadal. Mais Shapovalov a un coup d'avance. On lui annonce un avenir brillant. Vite, très vite.
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Shapovalov a dû se démener pour stopper Royer : le résumé
Video credit: Eurosport
À eux deux, ils ont l'âge de Federer. Le match s'avère parfois décousu, mais magnifique d'intensité. Le gaucher canadien a le dernier mot après quasiment quatre heures de baston, en cinq sets (3-6, 6-3, 6-2, 4-6, 6-4), le dernier s'avérant le plus beau. "Ça avait un match très, très dur, se souvient-il aujourd'hui. Je crois que j'avais gagné en cinq à la fin, mais il y avait eu beaucoup de rebondissements. C'était un premier tour très difficile, pour lui comme pour moi". "Dur, très dur, ce match", confirme Sinner.
Sinner : "Il est imprévisible"
C'était il y a plus de quatre ans et demi et c'est peu dire que le contexte a changé. Denis Shapovalov n'a pas évolué comme espéré. La faute à des problèmes physiques, pour l'essentiel, qui ont fait dérailler sa carrière. Quelques hauts, mais surtout beaucoup de bas, notamment en Grand Chelem. Après une demi-finale à Wimbledon en 2021 et un quart en Australie en 2022, il a sévèrement calé. Sur ses 13 dernières participations à un tournoi du Grand Chelem, il n'est apparu qu'une seule fois en seconde semaine, et encore, pour une brève apparition, une élimination en huitième à Wimbledon en 2023.
À l'inverse, Jannik Sinner a plus que confirmé les espoirs placés en lui. S'il a pris un peu son temps, depuis un peu moins de deux ans, c'est un festival. Quatre titres du Grand Chelem, un Masters, la place de numéro un mondial… il a changé de calibre. Il est poli et aimable de dire "c'était il y a quelques années, donc il a progressé depuis, et moi aussi." Les deux hommes n'évoluent plus dans la même catégorie. À 26 ans, Shapovalov peut-il encore rattraper le temps perdu et devenir ce qu'il promettait d'être ? Qui sait ? Il n'est jamais bon d'insulter l'avenir et, après tout un joueur comme Stan Wawrinka n'avait encore jamais atteint le dernier carré d'un tournoi majeur avant d'exploser à 28 ans.
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Sinner, si fort : résumé de sa victoire limpide face à Popyrin
Video credit: Eurosport
"Il est imprévisible, juge le numéro un mondial. Il possède un gros service. Physiquement, il est fort. Puis il est très rapide. Il n'a pas beaucoup de trous dans son jeu. Il sait tout faire et ça peut être un match difficile pour moi. J'ai hâte de le retrouver en tout cas. Cela fait longtemps qu'on n'a pas joué l'un contre l'autre, donc on verra." Rien de faux là-dedans. Oui, le talent est toujours là, les fulgurances aussi. Mais son année 2025 ressemble à sa carrière. Deux titres, dont un ATP 500 à Dallas avec trois victoires sur des membres du Top 10 dans la même semaine, mais beaucoup de disparitions précoces à côté de ça. C'est vrai, Shapovalov a un côté boite de chocolats : on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Mais ce n'est pas toujours bon...
Je ne savais même pas si je pourrais un jour revenir sur le court sans douleur
Avec Sinner, ce genre de risque est nettement plus marginal. Shapovalov sait à quoi s'attendre. "Il a tellement de points forts, convient l'Ontarien à propos du tenant du titre. Pour être le joueur qu'il est, forcément, il n'a pas beaucoup de défauts. Il est solide partout." Il sait d'où peut venir son salut, même si, évidemment, en avoir conscience ne suffit pas à garantir quoi que ce soit : "Je vais devoir essayer de jouer mon jeu, de dicter l'échange, de prendre des risques. Il ne va pas me donner grand-chose de toute façon. Prendre ma chance, la provoquer, rester toujours agressif et ne pas le laisser être le patron."
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"Sinner est devenu le meilleur relanceur du circuit"
Video credit: Eurosport
Denis Shapovalov assure avoir toujours une "grande confiance" en lui. "Sans ça, je n'aurais pas gagné trois tournois en moins de 12 mois", dit-il. Quoi que suggère son classement, il sait ce qu'il vaut. "Je suis très reconnaissant d'avoir traversé ce que j'ai vécu avec mon genou. C'était vraiment le défi le plus difficile que j'aie jamais rencontré. Je ne savais même pas si je pourrais un jour revenir sur le court sans douleur. J'ai connu beaucoup de jours de doute et de moments difficiles. Ce n'est jamais facile de remonter au classement. Beaucoup de jeunes talents émergent. Votre nom n'est pas aussi effrayant que lorsque vous êtes 10e mondial."
Effrayant, Sinner l'est devenu. "Shapo", lui, est encore sur le chemin de la remontée, toujours à bonne distance de ce qu'il fut et plus encore de ce dont il rêvait. Mais il a à la fois envie et besoin de matches comme celui qui l'attend samedi contre le numéro un mondial. "J'ai une chance contre un gars comme Jannik, veut-il croire. C'est génial pour moi. Oui, j'ai hâte d'y être."
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