Pour Daniil Medvedev, l'anti-Arthur Fils, le pickleball attendra
Par Laurent Vergne
Mis à jour 06/09/2026 à 14:31 GMT+2
La métamorphose. Daniil Medvedev vit une fin d'été presque kafkaïenne. Au fond du seau à quelques jours de l'US Open, s'auto-suggérant de quitter le tennis pour le pickleball (voire le curling), le Russe apparaît soudainement transfiguré à Flushing Meadows. L'important est de toujours y croire, dit-il avant d'affronter l'Américain Frances Tiafoe dimanche, en huitièmes de finale.
Daniil Medvedev - Arthur Rinderknech - Les temps forts du match - US Open
Video credit: Eurosport
Le tennis est un drôle de sport, épisode 5790. La semaine avant l'US Open, Daniil Medvedev, en mal de confiance et de repères, était allé jouer à Winston Salem. Pour que l'ancien vainqueur de l'US se fade un ATP 250 quelques jours avant Flushing, c'est que l'heure était vraiment grave. Résultat, le Russe avait perdu d'entrée, contre Martin Damm, se lamentant à haut voix sur sa chaise pendant un changement de côté. "Peut-être que je devrais démarrer une carrière dans le pickleball... Il n'est pas trop tard. Avec Jack Sock, en double. N'importe quel sport sur cette planète est mieux en ce moment, même le curling", avait-il ironisé.
Cela semble bien loin aujourd'hui. À vrai dire, personne n'a fait meilleure impression que ce bon vieux Daniil dans cette première semaine de l'US Open. Non seulement le voilà en huitièmes de finale, mais il n'a pas perdu un seul set et il n'a concédé qu'une seule fois son engagement en 43 jeux de service. Vendredi, contre Arthur Rinderknech, à qui il a collé trois fois 6-4, il a même affiché l'autorité de ses plus belles années sur dur. "Aujourd'hui, c'était un super match, a-t-il jugé. Si vous me demandez une note sur 10, je dirais 7,5 ou 8. Je suis assez dur avec moi-même. Je sais qu'il y a eu quelques moments où j'aurais pu faire mieux, mais c'était un excellent match, solide, où j'ai battu un adversaire coriace et j'en suis très content."
C'est donc le même joueur qui, il n'y a pas dix jours, envisageait de tout balancer, même s'il n'en pensait bien sûr pas un traitre mot. Le jour et la nuit. La nuit puis le jour plus exactement. Comment explique-t-il ça ? "Je pourrais citer des tournois où je me sentais vraiment mal avant le début, comme un Masters ou quelque chose comme ça, et que j'ai fini par gagner, rappelle-t-il. Et inversement, parfois, on se dit : 'Waouh, c'est mon tournoi ! Je suis en pleine forme, je vais aller en finale !' Et puis on arrive au premier tour et c'est complètement différent des sensations vécues à l'entraînement."
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Medvedev-le-métronome écarte Rinderknech : la balle de match
Video credit: Eurosport
C'est normal au tennis d'avoir des hauts et des bas
Peut-être aussi parce qu'une fois encore, le Grand Chelem est un animal différent. Arthur Fils est arrivé à New York nanti de son titre à Cincinnati. Il est reparti de Flushing Meadows battu dès le premier tour, ses légitimes ambitions jetées à la poubelle d'emblée. À ce titre, Medvedev, lui, s'apparente à une sorte d'anti-Fils dans ce tournoi, abordé à la limite de la déprime tennistique. Ces histoires-là sont vieilles comme le tennis, même si la chose peut surprendre, voire sidérer, à chaque fois.
"Pourquoi ? Parce que c'est du sport, et le tennis, peut-être encore plus que d'autres sports. C'est un sport très technique, mental et physique", plaide l'ancien numéro un mondial. Selon lui, il suffit parfois d'un tout petit rien pour dérégler la machine. Ces joueurs de très haut niveau s'apparentent un peu à une Formule 1, monoplace de haute technologie et d'une formidable précision, mais dont la mécanique peut s'enrayer sur un micro-détail. "Par exemple, poursuit Medvedev, si vous avez une toute petite douleur au mollet, vous risquez de moins bien servir. Et vous risquez de vous sentir moins bien mentalement à cause de cela. Et vous risquez donc de perdre un match alors que vous meniez 5-4, 40-0".
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Quand Medvedev se bat… contre un écran
Video credit: Eurosport
Ce sont ces dynamiques contradictoires qu'il faut ainsi savoir gérer, et accepter. "C'est ce qui rend certains fous pendant les matches de tennis, avance le Moscovite, comme s'il dessinait un autoportrait. Certains sont plus réticents et arrivent à rester calmes, mais intérieurement, ils sont tous un peu fous, à un autre niveau. Certains le montrent un peu plus. Oui, ça arrive parfois. Il y a plein de scénarios différents. C'est normal au tennis d'avoir des hauts et des bas. Bien sûr, quand on est numéro 1 mondial, on espère avoir plus de hauts que de bas. Mais il arrive d'avoir des bas."
Peut-être est-ce encore plus complexe à maîtriser quand on a justement dominé le monde, été numéro un mondial et gagner un Grand Chelem. Alors, parfois, la tentation du pickleball est au joueur de tennis ce que la tentation de Venise peut être aux politiques. "Le plus important, c'est d'avoir confiance en soi, d'avoir confiance en ce que l'on fait, de toujours chercher la solution, avance Medevdev. Battez-vous pour votre objectif, et si vous y croyez, ça finira par payer. J'essaie simplement de rester fidèle à mes objectifs." Le vent tourne si vite. Dans son quart de tableau, Daniil Medvedev est soudain la tête de série la plus haute. Le pickleball attendra donc un peu. Il a d'autres envies dans l'immédiat.
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