US Open 2026 | "C'est triste que ce coup disparaisse" : Stefanos Tsitsipas, "dinosaure" du revers à une main

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Savez-vous quand une saison s'est achevée pour la dernière fois sans qu'un seul joueur évoluant avec un revers à une main ne figure en demi-finale d'au moins un des quatre tournois du Grand Chelem ? Ne cherchez plus, ce n'est jamais arrivé. Mais c'est peut-être pour 2026. À New York, Stefanos Tsitsipas est le dernier espoir d'une espèce en voie de disparition. Anatomie d'une chute inexorable.

Stefanos Tsitsipas.

Crédit: Getty Images

Ce n'est pas forcément sur lui que l'on comptait le plus, mais la résurgence inattendue de Stefanos Tsitsipas dans cet US Open ranime (un tout petit peu) la flamme du revers à une main. Ce coup, nappé d'une aura certaine et d'une forme de mysticisme à mesure qu'il quitte la scène, vivote plus qu'il ne vit. Stan Wawrinka, un de ses plus beaux dépositaires, s'apprête à partir à la retraite. Lorenzo Musetti, le plus bel héritier actuel, traverse une année compliquée parsemée de blessures. Or l'Italien est un des trois seuls membres du Top 100 à jouer avec un revers à une main, Denis Shapovalov et Tsitsipas étant les deux autres.
C'est peut-être une page d'histoire qui va s'écrire. Lorenzo Musetti éliminé, si le Grec n'atteint pas les demi-finales à New York la semaine prochaine, l'année 2026 aura été la première sans aucun revers à une main dans un dernier carré en Grand Chelem. Oui, ce serait une première dans l'histoire. Musetti avait sauvé les meubles ces deux dernières années, en atteignant les demi-finales à Wimbledon (2024) et Roland-Garros (2025). Aujourd'hui, tout repose donc sur un Tsitsipas 53e mondial, en quête de nouveau départ.
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Tsitsipas enchaîne : le résumé de sa victoire face à Lehecka

Video credit: Eurosport

Quand un élève passe à une main, je vois bien à quel point il a du mal à frapper la balle et à la contrôler
Même s'il y parvenait, et la mission s'annonce tout de même complexe pour lui, pour ne pas dire davantage, avec un huitième face à Ben Shelton puis, potentiellement, un quart contre Carlos Alcaraz, ce serait sans doute seulement reculer pour mieux sauter. Le revers à une main n'en finit plus de s'éteindre au plus haut niveau, conséquence logique de sa disparition progressive au plus jeune âge, dans les écoles de tennis du monde entier.
"C'est triste que ce coup disparaisse petit à petit, déplore Tsitsipas. Décennie après décennie, nous sommes sans cesse de moins en moins nombreux. Nous sommes un peu comme les dinosaures, en voie d'extinction." L'Athénien a raison, le phénomène est désormais ancien et il n'a cessé de s'aggraver. La carrière exceptionnelle de Roger Federer a maintenu sur le devant de la scène le revers à une main et un Wawrinka, un Dimitrov ou aussi un Tsitsipas ont apporté leur pierre à l'édifice, mais il y a un côté inexorable dans ce phénomène.
Federer, lui, ne peut plus rien y faire. Lors de la conférence de presse qu'il a tenue à Flushing Meadows voici deux semaines, l'homme aux 20 titres du Grand Chelem est revenu sur cette disparition programmée. Pour lui, tout part de l'apprentissage. "Quand j'étais jeune, jouaient à 90 % d'une seule main, s'est-il remémoré. Et je pense que si votre entraîneur joue d'une seule main, vous le ferez probablement aussi. De nos jours, la plupart des entraîneurs utilisent leurs deux mains, et il est plus facile d'apprendre à un enfant à avoir les deux mains en revers. Quand un élève passe à une main, je vois bien à quel point il a du mal à frapper la balle et à la contrôler."
"Il est en voie disparition aussi parce qu'on l'enseigne de moins en moins", insiste Justine Henin qui, comme Federer, a joué avec un revers à une main, partageant avec lui "cet amour de ce coup". "Ça me rend un peu triste d'avoir de moins sur moins sur le circuit, déplore-t-elle. Le tennis est devenu de plus en plus physique donc il y a tous des paramètres aussi à gérer par rapport à ça même si je pense, je suis convaincue qu'un revers à une main peut encore apporter des choses même dans ce tennis moderne."
"Le revers à une main exige un excellent jeu de jambes et une technique parfaite, souligne de son côté Stefanos Tsitsipas. Il n'y a pas de place pour l'erreur. Si vous êtes trop en retard, vous êtes trop en retard." Tout ceci est parfaitement exact, mais après tout, cela n'a-t-il pas toujours été le cas ? Oui, l'apprentissage est plus long, plus complexe et dans un premier temps générateur de frustrations. Stan Wawrinka l'a connu dans ses jeunes années. Pete Sampras aussi. Mais ils n'ont pas eu à s'en plaindre par la suite de ce choix, une fois devenus professionnels.

Le syndrome du "tout, tout de suite"

Alors, pourquoi, aujourd'hui, cela ne serait-il plus possible ? "Bien sûr, on finit par maîtriser la situation, reconnait Roger Federer, mais ça prend du temps, et de nos jours, on n'a pas de temps. Tout doit être immédiat. Les modifications techniques sont trop longues et trop frustrantes. Autant s'en tenir à ce qu'on a. Je pense que c'est aussi pour ça qu'on voit beaucoup de systèmes à deux mains." Le syndrome bien connu du "tout, tout de suite", un mal de ce siècle, dont un des effets collatéraux serait donc d'enterrer un des coups les plus esthétiques de ce sport.
"C'est vrai que ça prend plus de temps, ça demande énormément d'ajustements techniques, confirme Justine Henin. C'est un coup qu'on maîtrise peut-être avec plus de temps. Et du temps, c'est quelque chose que l'on prend moins aussi aujourd'hui." Pourtant, le jeu en vaut sans doute toujours la chandelle sur la durée. "On fait passer certains enfants trop vite à deux mains, assure notre consultante. Justement parce qu'ils vont être plus vite performants, parce qu'ils vont plus vite pouvoir compenser certaines choses. Mais en se donnant du temps, peut-être qu'on peut arriver à long terme à un résultat à mon sens plus positif."
Roger Federer voit par ailleurs tout un tas d'autres causes. "Il y a la technologie des raquettes et des cordages, peut-être aussi la lenteur des balles et des courts actuels, et le fait qu'on travaille moins les transitions et les volées, prolonge l'ancien numéro un mondial. Avant, je faisais autant de volées et de jeu de fond de court. Avant moi, c'était probablement 80 % de jeu au filet et 20 % d'exercices de fond de court, et maintenant, c'est plutôt 90/10, mais dans l'autre sens. C'est pourquoi je pense que le jeu à deux mains permet, comme on l'a vu avec Rafa (Nadal) et Novak (Djokovic), une défense incroyable de ce côté. Avant, on avait l'impression d'être désavantagé en revers avec deux mains, le jeu à une main constituait un avantage, ce qui ne semble plus du tout être le cas."
Profitons donc des derniers dinosaures. Dans dix ans, peut-être n'y aura-t-il plus un seul dépositaire du revers à une main dans les 100 ou 200 meilleurs joueurs du monde. Un jour, les plus anciens parleront-ils de ce coup comme d'un temps que les moins de 50 ans ne peuvent pas connaitre ? Un jour, regardera-t-on des vidéos vieilles de quelques décennies en se demandant "mais quelle était cette drôle de façon de jouer ?" Nous n'en sommes pas encore tout à fait là. Mais plus très loin. D'ici là, le dinosaure Tsitsipas fait ce qu'il peut pour souffler sur les braises de ce feu mourant.
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Tout juste entré au Hall of Fame, Federer en a reçu la bague officielle

Video credit: Eurosport


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