US Open 2026 | Le ciel bleu peut-il se propager jusqu'à Flushing ?
Par Laurent Vergne
Mis à jour 28/08/2026 à 16:07 GMT+2
Sans que cela provoque d'émeutes ou de célébrations collectives sur les Champs-Élysées, le tennis masculin français vient de vivre un été très prometteur, magnifié par le titre en Masters 1000 d'Arthur Fils. Mais ce ne fut ni la seule victoire ni l'unique satisfaction. Il y a donc clairement du mieux. Mais le Grand Chelem demeure le maître-étalon du tennis. Et là...
Fils et le coup droit pépite : "Comme Mike Tyson, il peut te mettre K.-O. à tout moment"
Video credit: Eurosport
Malheureusement pour eux, ce n'est pas la période la plus propice à la médiatisation des performances. Le cœur de l'été reste l'angle mort de la saison tennistique. Entre Wimbledon et l'US Open, tout le monde ou presque est en vacances, la tête et le corps ailleurs, souvent loin des considérations de la petite balle jaune. Même les deux Masters 1000 du mois d'août, au Canada (le grand sacrifié du calendrier) et à un degré moindre Cincinnati, ne sont pas les plus générateurs d'intérêt pour le très grand public. Il n'en reste pas moins que l'embellie a été réelle pour le tennis tricolore ces dernières semaines.
Bien évidemment, l'été a été sublimé par la victoire d'Arthur Fils à Cincinnati. Cincy n'est pas Roland-Garros, un 1000 n'est pas un Grand Chelem, mais un sacre tricolore dans cette catégorie de tournois n'en est pas moins une rareté. Fils n'est que le cinquième Français (après Forget, Pioline, Grosjean et Tsonga) à y parvenir depuis la création de l'ATP Tour en 1990. Cinq en plus de 35 ans, et le premier depuis 12 ans. C'est donc un évènement, aucun doute. Il ne changera pas la face de l'histoire du tennis, mais il est justifié de le souligner et de le savourer, même avec les limitations conjoncturelles (absences de Sinner, Alcaraz, Djokovic…).
Autant de titres en un mois qu'en un an et demi
Cette victoire concrétise la nette avancée du Francilien depuis son retour à la compétition en début d'année. Le tennis français tient ce qui lui manquait depuis un bon petit moment : un leader, un vrai, jeune, doué, ambitieux et performant. Il semble en prime taillé pour assumer ce statut, et ce n'est pas forcément vrai de tout le monde. Incarner son sport dans son pays, c'est une responsabilité qui dépasse le simple fait d'être un bon joueur.
Il est bien trop tôt pour savoir jusqu'où cela peut le porter, d'autant que la dimension physique sera prépondérante dans son cas compte tenu des fragilités affichées en la matière, mais il est ce que la France a produit de plus excitant (et même déjà un peu plus que cela) depuis la génération Tsonga – Monfils – Gasquet – Simon.
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"Quand tu gagnes un Masters 1000, on ne te regarde plus de la même manière"
Video credit: Eurosport
Mais l'autre bonne nouvelle de ces dernières semaines, c'est aussi ce qu'il y a eu derrière lui. Le tennis tricolore s'est probablement trouvé une figure de proue en Arthur Fils, mais on a aussi vu surgir des seconds rôles divers et variés, et pas ceux que l'on attendait le plus. Avant Arthur Fils à Cincinnati, il y avait eu les semaines précédentes trois titres sur le circuit principal. Des 250 certes, mais ces victoires de Luca Van Assche (Estoril), Quentin Halys (Kitzbühel) et Arthur Gea (Los Cabos), une grande première pour ces trois-là, constituent un signe de vigueur global.
Quand les titres surgissent ainsi, émanant d'éléments multiples, c'est toujours très bon signe. En l'espace d'un mois, les Bleus ont donc mis quatre fois dans le mille, avec quatre lauréats différents. Pour mettre tout ceci un peu en perspective, c'est plus que sur toute la saison 2025 (trois titres) et autant que sur les 20 derniers mois. Une embellie à la fois soudaine et non négligeable. Mais tout ceci suscite maintenant une double interrogation : peut-elle s'avérer durable et, surtout, est-elle transposable à la plus grande scène qui soit, celle du Grand Chelem, la seule qui permette vraiment de jauger de la valeur des choses et des gens ?
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Van Assche ouvre son compteur à Estoril : le résumé de sa finale victorieuse
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Le Grand Chelem, cet autre monde
Rappelons-le, en la matière, chez les hommes, la France traverse une forme de désert inédit dans son histoire depuis le début de l'ère Open. Les années 2020 constituent un nouveau point bas, surpassant en la matière les années 70, avec à ce jour un seul petit quart de finale en guise de sommet, celui atteint par Gaël Monfils à l'Open d'Australie en 2022. Ce bilan-là n'est pas maigre, il est rachitique et, disons-le, assez catastrophique. Bonne nouvelle, la décennie 2020 n'est pas encore achevée, loin de là. Mais clairement, sur ce plan, la génération Monfils, qui s'apprête à disparaître définitivement en fin de saison avec la retraite de Gaël, n'a pas encore été remplacée.
Depuis des années maintenant, chaque Grand Chelem appuie là où ça fait mal et il faut se contenter d'un tournoi à la Wimbledon 2024, avec trois huitièmes de finaliste (tous sortis à ce stade de la compétition) en guise de point culminant. Le danger serait de croire que l'éclaircie de cet été puisse se traduire massivement et instantanément à l'US Open. Un Majeur est un autre monde. Un autre sport. Le dernier mois est un frémissement, pas encore un grondement. Avec le forfait d'Ugo Humbert, seuls Arthur Fils et Arthur Rinderknech sont têtes de série. Pour tout autre joueur que Fils, voir la seconde semaine sera synonyme de sur-performance.
Le nouveau leader du tennis français, 11e mondial, est l'unique candidat à une grande quinzaine. On aimerait le voir au moins en quarts, pour doubler la mise tricolore sur la décennie en cours, mais son statut de tête de série numéro 10, avec un probable huitième contre Ben Shelton, ne l'autorise pas encore à un parcours simple, même sur le papier. Si ce n'est pas pour aujourd'hui, pour lui, ce sera pour demain. Pour le reste, guettons les exploits, et la confirmation que cet été 2026 peut marquer le début de quelque chose. Mais le chemin sera sans doute long.
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"Merci à ma famille, je vous aime" : les larmes de Gea
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