US Open 2026 | Un prix pour Daniil Medvedev, le meilleur client des médias : "Hors du court, j'essaie juste de montrer mon bon côté"
Par Laurent Vergne
Publié 29/08/2026 à 13:26 GMT+2
Daniil Medvedev le dit lui-même, il nourrit des ambitions limitées dans ce tournoi qui l'a fait roi il y a cinq ans de cela. Mais quoi qu'il arrive, il n'aura pas tout perdu dans cet US Open 2026. Vendredi, lors de sa conférence de presse, les médias lui ont remis un prix récompensant son comportement avec la presse. Avec le Russe, il est vrai, les échanges valent toujours le détour.
Daniil Medvedev.
Crédit: Imago
Daniil Medvedev est déjà le premier vainqueur de cet US Open. Cela tombe bien, car il ne sera probablement pas le dernier triomphateur, celui du 13 septembre. "Dans ce tournoi, je veux juste retrouver un peu mon jeu et passer quelques tours", a-t-il glissé devant la presse lors du "Media Day" tenu en public vendredi, alors que son niveau de confiance est au plus bas ces temps-ci. Le Russe est loin de pratiquer son meilleur tennis, mais il est toujours aussi bon quand il s'agit de parler, de ça ou d'autres choses. Et c'est justement ce talent-là qui vient d'être primé.
Le vainqueur de l'US Open 2021 a en effet reçu ce vendredi à Flushing Meadows le (inspirez un bon coup) "International Tennis Writers Association's ambassador awards", attribué au meilleur joueur du circuit masculin dans ses interactions avec les médias. Pour résumer, celui que l'on qualifie dans le jargon journalistique de "bon client". Et c'est vrai qu'il en est un formidable en la matière. Face aux médias, il y a les cyniques, les ironiques, les blasés, les timides, ceux qui s'emmerdent et vous le font sentir, les condescendants, et puis, il y a Daniil Medvedev.
Il n'est évidemment pas le seul dans ce cas et, globalement, tous les joueurs font le "job" de façon consciencieuse (et dieu sait qu'ils ont du mérite pour cela...) et d'autres personnages peuvent s'avérer drôles, intéressants ou les deux, qu'il s'agisse des conférences de presse ou des échanges plus intimistes, en face-à-face. Novak Djokovic est, par exemple, un nom qui saute à l'esprit. Mais Medvedev possède une personnalité unique. Il est tout simplement différent et c'est ce qui le rend si précieux pour la presse. Le jour où il s'en ira, le joueur sera regretté, mais le bonhomme encore plus. Alors, si un prix est mérité, c'est bien celui qu'il a reçu vendredi.
Je sais bien que sur le court, j'ai une personnalité un peu différente et que je peux être parfois pénible
"J'ai appris il y a trois ou quatre jours, peut-être cinq, que j'allais avoir ce prix et… je ne savais même pas qu'il existait !", a d'abord rigolé l'ancien numéro un mondial. "C'est sympa, a-t-il enchaîné, redevenant soudain plus sérieux. Vous savez, c'est probablement mon premier prix de ce genre — je veux dire, pas une récompense obtenue grâce aux résultats — mais quelque chose d'extérieur, comme le prix du joueur le plus fair-play de l'année (que je ne gagnerai probablement jamais), ce genre de distinctions que l'ATP décerne."
Daniil Medvedev possède le package complet. C'est un garçon très drôle, intelligent, extrêmement fin, doté d'une grande capacité d'analyse, y compris sur lui-même. Pourtant, dans l'exercice de son métier, dans le feu de l'action, il peut totalement perdre les pédales. Quand bien même il sait qu'il déraille, qu'il a tort et se fait du tort, c'est plus fort que lui. Là, il peut rester drôle, à l'occasion (comme à Winston Salem cette semaine), ou franchir les limites du raisonnable et devenir insupportable. Mais dans toutes ses facettes, il reste Daniil Medvedev : terriblement humain.
Lucide, il connait ses qualités et ses défauts. "Je crois que je peux être quelqu'un d'agréable avec qui discuter, alors j'apprécie vraiment qu'on me décerne ce prix, a-t-il détaillé. C'est un sentiment très plaisant, car je sais bien que sur le court, j'ai une personnalité un peu différente et que je peux être parfois pénible. En revanche, en dehors du court, j'essaie juste de montrer mon bon côté — car j'en ai quand même un aussi — et être reconnu pour cela, ça fait vraiment plaisir."
Le souvenir de l'O² Arena
Dès la toute première conférence de presse de sa carrière, Daniil Medvedev avait donné le ton. C'était dans un contexte un peu particulier, à Londres, lors du Masters. Il n'était encore rien ni personne, aux portes du Top 100 à 20 ans, mais il avait reçu un prix (et un chèque) pour avoir gagné le concours des "Young Guns", conjointement organisé par son équipementier, Tecnifibre, et l'ATP. Cette somme lui avait à l'époque permis d'étoffer son staff et de mettre un peu de beurre dans les épinards.
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Le tout jeune Daniil Medvedev en novembre 2016 à Londres, lors du Masters.
Crédit: Getty Images
Pour marquer le coup et lui remettre son prix, l'ATP avait même organisé un petit point presse à l'O² Arena, dans la grande salle. C'est ainsi que le jeune Daniil avait succédé à Stan Wawrinka et Kei Nishikori, qui venaient tout juste de s'exprimer sur leur match. Il devait rester à peine trois ou quatre journalistes, qui se demandaient qui était ce grand échalas. Il n'y eut que deux questions, pour le moins décalées :
- Etes-vous en famille avec Andrei Medvedev, l'ancien finaliste de Roland-Garros ?
- Etes-vous en famille avec l'ancien président russe, Dmitri Medvedev ?
Sans se démonter, le Moscovite, déjà basé en France à cette époque, avait répondu du tac au tac, affichant instinctivement une appétence pour l'exercice et une maîtrise de celui-ci, rappelant dans le premier cas avec humour, mais sans ironie mal placée (qui aurait pourtant été justifiée), qu'il était de nationalité russe et non ukrainienne et, pour la seconde question, qu'il n'avait malheureusement pas cet honneur. Les rires avaient percé dans la maigre assistance. C'était il y a dix ans et les témoins de la scène s'étaient alors dit que si ce garçon parvenait à faire vraiment son trou au plus haut niveau, ses interactions avec les médias vaudraient le détour. Dix ans plus tard, un prix accordé à juste titre vient donc récompenser Daniil Medvedev pour ce talent-là, que tout le monde n'a pas.
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