Getty Images

Les tenues à Wimbledon : Tout blanc, too much ?

Tout blanc, too much ?

Le 08/07/2018 à 18:39Mis à jour Le 09/07/2018 à 11:19

WIMBLEDON - Sans aller jusqu'à utiliser le mot "ridicule" comme il y a quelques années, Roger Federer a redit cette semaine qu'il aimerait voir le code vestimentaire du All England Club s'assouplir quelque peu. Mais ce n'est pas à l'ordre du jour. Au contraire. Ces cinq dernières années, il s'est durci encore davantage.

A Wimbledon, on ne badine pas avec les traditions. Celle du "middle Sunday" chômé, unique dans le cadre des tournois du Grand Chelem, est bien connu, mais la plus emblématique de toutes tient évidemment à l'obligation pour les joueurs et les joueuses d'évoluer en blanc. Le All England Lawn Tennis and Croquet Club est un club privé, fondé à l'époque victorienne, et il tient à imposer ses propres règles. SI la tradition de la tenue immaculée remonte à la fin du XIXe siècle, le code vestimentaire rendant obligatoire le blanc pour les participants ne date toutefois que de 1963.

Pourquoi les années 60 ? Parce que les équipementiers commençaient, aux yeux des dirigeants de la vénérable institution londonienne, à franchir trop de bornes. Non seulement le code ne s'est pas assoupli depuis 55 ans, mais il a même eu tendance à se raffermir ces dernières années. "Les joueurs doivent être habillés dans une tenue presque entièrement blanche, et ce à partir du moment où ils pénètrent sur le cours", stipulait l'article 1. Le diable se cachant toujours dans les détails, le "presque entièrement" a parfois été utilisé par certains pour tenter de contourner la règle. Ils ont été tancés. Peu importe l'ampleur de leur CV.

" Mélanger un peu de couleur au blanc ce serait pas mal"

En 2013, Roger Federer avait voulu faire sensation avec des chaussures à la semelle... orange lors de son premier tour face à Victor Hanescu. Il avait été prié d'en changer pour son deuxième match, d'ailleurs perdu, contre Serhiy Stalhovsky. Un an plus tard, pendant Roland-Garros, le Suisse avait taclé le rigorisme british. "C'est très strict. Mon opinion ? C'est trop strict. J'adore Wimbledon, mais ils vont trop loin, leur dress code devient ridicule", avait lancé le septuple (à l'époque) vainqueur du tournoi. Shocking.

Wimbledon 2013 : Roger Federer, les semelles de la discorde

Wimbledon 2013 : Roger Federer, les semelles de la discordeGetty Images

Dans la foulée, pour l'édition 2014, le règlement avait été encore durci. La Belge Kirsten Flipkens avait ainsi dû remplacer ses straps de couleurs par des pansements complètement blancs sur genoux. "Je trouve que c'est un peu trop strict, avait-elle jugé, elle aussi. Je comprends qu'il faille jouer en blanc, mais les accessoires pour les genoux ou les chevilles qui doivent être blancs juste pour ce tournoi, c'est un peu ridicule." Comme un parfait écho aux propos de Federer quelques semaines plus tôt.

Quatre ans plus tard, le Bâlois n'a pas changé d'opinion, même si, sur la forme, il a adouci son discours. "Jouer en blanc, c'est sympa et c'est différent", a-t-il admis vendredi après son match contre Jan-Lennard Struff. C'est ensuite que le "mais" est arrivé : "Comme j'ai souvent eu l'occasion de le dire ces dernières années, je pense qu'une petite touche de couleurs, ce serait sympa, soyons honnête. Je sais que Phil Brook, (l'actuel président du All England Club, NDLR) croit aux traditions strictes, en référence aux années 50, 60. Je comprends ça. Mais à une époque, Borg et McEnroe arrivaient sur le court en rouge. Je ne dis pas qu'on doit à nouveau faire ça, mais mélanger un peu de couleur au blanc, ce serait pas mal."

Serena adore, elle

Federer a raison. Des années 70 au début des années 90, Wimbledon affichait un certain "laxisme", à l'image de la tenue presque bariolée, sur la partie supérieure, de Stefan Edberg lors de la deuxième victoire du Suédois en 1990. Ou à la chemisette rayée de Björn Borg (plus un col noir) l'année de son cinquième titre contre John McEnroe, dix ans plus tôt. A vrai dire, rares étaient ceux qui jouaient vraiment tout en blanc. Les bandes de couleurs ont ensuite été limitées à "un centimètre de large". "Pour les marques, ça oblige à être inventif et c'est un challenge", estime Federer.

Stefan Edberg à Wimbledon en 1990

Stefan Edberg à Wimbledon en 1990Getty Images

Depuis, le "dress code" s'est donc durci, jusqu'à ne quasiment plus rien tolérer de nos jours. Même sur les accessoires ou les sous-vêtements. Paradoxalement, Serena Williams, habituée des tenus très colorées, est beaucoup moins gênée que d'autres parce côté jusqu'au-boutiste de Phil Brook. Au contraire, elle y tient. Peut-être, précisément, parce qu'elle passe du tout au rien par rapport au reste de la saison. "J'adore, a expliqué l'Américaine cette semaine. Avec l'herbe, bien verte, ça crée un vrai contraste. Je trouve ça super. Ailleurs, on peut porter ce qu'on veut. Et on arrive ici, tout le monde est en blanc. C'est cool."

Le contraste est d'autant plus saisissant que, ces dernières années, les couleurs vives et le fluo ont repris le pouvoir chez les principales marques. Parce qu'il n'est pas assez confiant pour miser sur la retenue des intéressés, le All England Club et son président préfèrent prôner la tolérance zéro. Un conservatisme qui, malgré tout, continue de conférer un style et même un charme assez uniques au Grand Chelem britannique.

0
0