En quoi leur service est une arme ?

Ashleigh Barty
S'il y avait des catégories au tennis, on lui décernerait sans hésiter le titre de meilleure serveuse de l'histoire parmi les joueuses d'1,70 m (1,66 m précisément). Pour sa taille, en tout cas, son efficience est exceptionnelle. Elle frappe énormément d'aces, en moyenne 6,1 par match toutes surfaces confondues, et forcément un peu plus sur ce Wimbledon (7,6). C'est d'ailleurs elle qui en a frappé le plus cette saison (209 avant Wimbledon). Et quand elle ne fait pas l'ace, elle fait très souvent le point, 77% du temps ici. Un chiffre digne des meilleurs garçons.
Wimbledon
Barty-Pliskova, la patronne et celle que l'on n'attendait plus
09/07/2021 À 21:41
"Ashleigh Barty joue avant tout son service dans une optique de prendre l'ascendant tout de suite dans l'échange, car elle sait que derrière, elle a la palette de coups nécessaire pour exploiter ce service, observe Séverine Beltrame, présente à Wimbledon où elle est consultante pour beIN Sports, qui diffuse la finale. Après, c'est tellement précis et bien exécuté, avec un gros transfert dans le terrain à la retombée du geste, qu'elle fait souvent le point directement. Quoi qu'il en soit, c'est un coup qu'elle semble avoir énormément travaillé au fil de sa carrière. Peut-être d'ailleurs que ses années consacrées au cricket l'ont aidé."

Ashleigh Barty montre une volonté d'avancer dans le terrain dès la retombée de son geste au service.

Crédit: Getty Images

Karolina Pliskova
On ne se fait pas surnommer "Ace Queen" sans raison. La Tchèque fait partie des meilleures au monde, peut-être même des meilleures de l'histoire dans cet exercice, dont elle a fait son arme principale. A quatre reprises (en 2015, 2016, 2017, et 2019), la joueuse aujourd'hui âgée de 29 ans a signé le plus grand nombre d'aces du circuit sur une saison.
Même quand elle est un peu plus en difficulté comme ces derniers mois, Pliskova sait qu'elle peut compter sur sa mise en jeu en toutes circonstances. Sans la moindre victoire sur gazon avant d'arriver à Wimbledon, c'est en grande partie grâce à son service - 54 aces, plus gros total du tournoi - qu'elle a pu retrouver un niveau digne de ses plus belles heures. Et le plus impressionnant, c'est qu'elle semble ne jamais forcer sur ce coup.
"Ce qui est remarquable chez Pliskova, c'est que, comme souvent chez les grandes serveuses, il n'y a pas de fioritures, observe Séverine Beltrame. Elle a une technique très simple, elle a ce mouvement de levier qui est immense et qui lui permet d'attraper la balle très haut et de trouver à peu près toutes les zones. Avec en plus un lancer toujours à peu près identique, ce qui est utile pour bien masquer ses intentions. Elle ne met pas beaucoup d'effet ou de sécurité, mais elle accélère énormément sa main et elle trouve très bien les extérieurs, des deux côtés. Sur cette surface, ça marche très bien."

Comment utilisent-elles cette arme ?

Ashleigh Barty
Même si l'Australienne s'est beaucoup renforcée du haut du corps, ce qui lui permet de développer pas mal de puissance, elle ne fait pas partie de celles qui servent le plus fort. Son record à Wimbledon a été de 185 km/h, assez loin des 201 km/h de Cori Gauff, leader dans ce domaine.
Pour autant, elle ne fait pas non plus partie des joueuses qui recherchent le pourcentage. Son taux de premières balles monte rarement très haut. Non, elle recherche toujours à faire mal d'entrée, pas forcément en visant le K. O, mais plutôt en enchaînant les uppercuts.
"C'est une autre école que Pliskova, elle joue beaucoup plus avec les variations et les effets, note l'ancienne 34e joueuse mondiale. Elle est capable de frapper fort à plat mais aussi d'aller trouver des zones qui vont sortir l'adversaire. Elle maîtrise particulièrement bien le kick extérieur, ça c'est la signature de l'école australienne. Sa technique globale est irréprochable."
Karolina Pliskova
Du haut de son mètre 86, la Tchèque fait tomber la pluie depuis des sphères rares à l'échelle du tennis féminin. L'argument peut paraître simpliste, mais il n'en est pas moins utile : voir le court de plus haut aide sensiblement à l'apprécier dans toute sa grandeur.
Un atout de taille, c'est le cas de le dire, qui lui confère cette capacité unique à frapper des aces, capacité derrière laquelle elle s'est peut-être trop souvent retranchée, au détriment du reste de son jeu. "On aurait tendance à dire que Pliskova est plus dépendante de son service que Barty, mais elle nous fait mentir sur ce Wimbledon, où on la voit bouger très bien et se montrer capable de défendre, explique ainsi Séverine Beltrame. Pour que son service soit d'autant plus efficace, il faut qu'elle puisse compter sur son deuxième coup après le service. Car très souvent, elle a une balle assez facile à jouer derrière. Et c'est ce qu'elle fait très bien sur ce Wimbledon."

Trois chiffres clés sur leur service

Ashleigh Barty
209 : Son nombre d'aces frappés en 2021 (avant Wimbledon), N.1 mondiale dans ce domaine.
80,3 : Son pourcentage de jeux de service remportés en 2021 (avant Wimbledon), N.1 mondiale dans ce domaine.
11 : Le nombre de breaks encaissés depuis le début de ce Wimbledon. Moins de deux jeux de services perdus par match
Karolina Pliskova
530 : Son nombre d'aces frappés en 2016, un record sur une saison depuis que la WTA comptabilise cette statistique. La Tchèque avait alors claqué alors 8,7 aces en moyenne par match.
81 : Son pourcentage de points gagnés derrière sa première balle sur ce Wimbledon, record du tournoi (ex-aequo avec Rybakina).
30 : Son nombre de doubles fautes commises durant la quinzaine, soit le total le plus élevé. Attention à ça, donc...

Quelle sera la clé du service en finale ?

Finalement, même si elles ont des techniques différentes, Ashleigh Barty et Karoline Pliskova ont des stats assez similaires au service que ce soit en termes de vitesse de pointe, de pourcentages de premières balles ou de nombre d'aces. Mais aussi, il faut le noter, de doubles fautes.
L'une comme l'autre en commettent beaucoup : 30 pour Pliskova – record du tournoi -, 25 pour Barty, soit respectivement 5 et 4 par match. Mais c'est pour la bonne cause, selon Séverine Beltrame : "En première comme en deuxième balle, elles ne se contentent pas d'engager, elles prennent des risques, ce qui les différencie de beaucoup d'autres joueuses. Il en résulte un peu de déchet, mais le ratio est tellement positif que peu importe."
Pour la Montpelliéraine, la clé de la finale se situera bel et bien dans la capacité de l'une et l'autre à bien servir, ou plutôt (mais c'est lié) à neutraliser le service adverse. "Je pense que Pliskova va essayer de bloquer Barty sur son revers, mais il ne faudra pas qu'elle en abuse, car le risque est que l'Australienne se règle de ce côté. Un autre schéma qui peut marcher pour Pliskova est d'utiliser le slice côté égalité pour sortir Barty et ensuite aller l'attaquer dans un deuxième temps sur son revers. De son côté, Barty devrait utiliser beaucoup le service au corps, car on sait que Pliskova est moins à l'aise quand il faut se dégager de la balle. Quoi qu'il en soit, la clé, pour les deux, sera la variété. C'est primordial sur gazon."
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