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WIMBLEDON 2021 - Face à Novak Djokovic, Denis Shapovalov espère mettre le feu à l'ordre établi
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Publié 08/07/2021 à 21:47 GMT+2
WIMBLEDON - Pour sa première demi-finale en Grand Chelem, Denis Shapovalov s'attaque ce vendredi à un Novak Djokovic apparemment insubmersible. Mais le n°1 mondial l'a dit : il s'attend à un premier gros test face au Canadien et son tennis champagne qu'il semble canaliser mieux que jamais, et qui s'exprime à plein sur gazon...
Denis Shapovalov à Wimbledon en 2021
Crédit: Getty Images
Le casting des demi-finales messieurs de Wimbledon prête à sourire : il met en scène celui qui pourrait très vite devenir, sinon le plus grand joueur de tous les temps, du moins le joueur le plus titré de l'histoire en Grand Chelem ; et trois plus ou moins néophytes qui n'ont encore jamais joué la moindre finale majeure. Il fallait d'ailleurs remonter à 2006 pour trouver trace de trois hommes atteignant simultanément pour la première fois le dernier carré de Wimbledon (Rafael Nadal, Jonas Björkman et Marcos Baghdatis à l'époque).
A 22 ans, Denis Shapovalov est donc l'un de ces trois bizuths, le premier qui s'attaquera ce vendredi à la montagne Djokovic, lequel jouera personnellement sa 10e demi-finale à Wimbledon. A priori, ça semble compliqué voire impossible face à un joueur qu'il n'a jamais battu en six confrontations et qui semble plus que jamais en mission ici : toujours pas un set perdu en route depuis le tout premier de son tournoi face au jeune Britannique Jack Draper, une impression de contrôle et de sérénité la plus totale... Ce Djokovic-là paraît insubmersible.
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Novak Djokovic avec Mats Wilander, l'un des consultants d'Eurosport à Wimbledon.
Crédit: Eurosport
Mais après sa victoire expéditive en quarts de finale face à Marton Fucsovics, le n°1 mondial a prévenu. Face à ce Canadien tout feu, tout flamme, il s'apprête à passer son test le plus difficile de la quinzaine : "Je l'ai vu jouer un peu ici, il semble avoir gagné en maturité. J'ai l'impression qu'il se déplace mieux, ce qui lui permet de commettre beaucoup moins de fautes qu'avant. Son revers a l'air de très bien fonctionner et, surtout, il sert particulièrement bien. C'est toujours compliqué d'affronter un gaucher sur des surfaces rapides et face à lui, je m'attends à un match très difficile."
Djokovic n'aime pas trop les peaux de banane
Au-delà de la politesse d'usage et des formules toutes faites, le Serbe semble sincèrement se méfier d'un joueur dont cette première demi-finale atteinte en Grand Chelem ne ressemble en rien au faîte d'une carrière déjà riche, mais bel et bien au point de départ vers de plus hauts sommets encore où il est attendu depuis longtemps.
Cela dit, les craintes de Djokovic ne se fondent pas tant sur les progrès de son adversaire que sur la nature de son jeu, à la fois percutant et totalement imprévisible. Nole, qui aime avoir un contrôle total des choses, sait que Shapovalov est l'un des rares joueurs face auquel il n'est pas sûr de pouvoir dicter le rythme des échanges. Et ça, il n'aime pas.
Si l'on regarde les dernières défaites du n°1 mondial, elles ont souvent été encaissées face à des joueurs capables de sortir des sentiers battus pour glisser des peaux de banane dans une mécanique trop bien huilée, genre Aslan Karatsev à Belgrade, Daniel Evans à Monte Carlo, ou Daniil Medvedev au Masters. Dans le style empêcheur de tourner en rond, Shapovalov se pose là. Même s'il n'a jamais battu Djokovic, il n'en était pas si loin lors de leurs deux dernières confrontations, à chaque fois à l'ATP Cup, en début d'année (défaite 7-5, 7-5) et plus encore en 2020 (4-6, 6-1, 7-6).
De toute façon, la route de Novak Djokovic vers le titre semble tellement tracée que seul un coup de folie semble susceptible de le faire dérailler. Or, la folie, c'est un peu l'ADN du tennis de Shapovalov. Premier gaucher au revers à une main à atteindre le dernier carré de Wimbledon depuis John McEncore en 1992 (et accessoirement deuxième Canadien de l'ère Open après Milos Raonic en 2016), le natif de Tel-Aviv a toujours cultivé cet art du tennis champagne tellement à contre-courant des canons de son époque. Ça lui a coûté un paquet de matches, chez les pros et plus encore chez les jeunes. Mais il n'a jamais lâché l'affaire, convaincu qu'un jour, ça lui rapporterait gros.
"Depuis mon plus jeune âge, je n'ai jamais été du genre à me planter derrière la ligne de fond en attendant la faute de l'adversaire, j'ai toujours eu cette volonté de dicter moi-même les échanges, expliquait ainsi la tête de série n°10 après son succès en quarts face à Karen Khachanov. A 10 ans déjà, je venais sans cesse au filet, je me prenais des lobs dans tous les sens mais à l'inverse de nombreux joueurs qui perdent très tôt leur tempérament offensif parce qu'ils veulent d'abord gagner des matches, j'ai poursuivi dans cette voie. Et ça, c'est grâce à ma mère qui m'a toujours expliqué qu'un jour, après avoir grandi, cela deviendrait ma force. Je lui dois énormément d'avoir eu cette vision pour moi."
Denis la menace ?
Sur ce Wimbledon où il a montré tout autant une grande solidité mentale pour se sortir de deux matches en cinq sets face à Philipp Kolschreiber et Karen Kachanov, beaucoup d'autorité face à Andy Murray et Roberto Bautista Agut, mais aussi un brin de réussite avec le forfait au 2e tour de Pablo Andujar, Shapovalov semble en tout cas avoir trouvé ce juste équilibre entre l'attaque à tout crin et la rigueur nécessaire au tennis moderne.
Il est même parvenu à l'ajuster selon les circonstances, n'hésitant pas, face à Khachanov, à changer sa tactique en cours de match pour repartir sur une filière plus débridée quand il a vu qu'il commençait à se faire dominer dans les rallyes.
Plus encore que lorsqu'il avait atteint son premier quart de finale en Grand Chelem à l'US Open l'an dernier, Shapovalov semble ainsi plus que jamais maître de son tennis, de ses nerfs et de son destin. Il n'a jamais atteint de finale de Grand Chelem, certes, mais il a déjà triomphé à Wimbledon chez les juniors en 2016, ce qui est moins anodin qu'il n'y paraît en termes de gestion de l'événement. De là, maintenant, à renverser la plus haute montagne du tennis mondial ?
Il y a un pas que nous ne franchirons pas aussi facilement, même si Denis Shapovalov résume très bien le fond de notre pensée : "Evidemment, les face-à-face avec Djokovic ne sont pas en ma faveur mais quand on commence un match de tennis, c'est toujours à 0-0. Tout peut arriver. Je me sens bien, physiquement et tennistiquement. Je crois en moi-même et je vais me bagarrer du premier au dernier point. Je pense sincèrement que je peux avoir le jeu pour le battre."
Denis Shapovalov y croit dur comme fer, et il a bien raison. Son seul souci est que Novak Djokovic, plus proche que jamais de réussir le premier "vrai" Grand Chelem depuis Rod Laver en 1969, semble parfaitement conscient de la menace. Et qu'un homme averti, on le sait, en vaut deux.
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