Novak Djokovic est-il invincible ? Le fait de se poser simplement la question en dit long sur la domination actuelle du Serbe sur le tennis mondial. Voici tout juste quinze jours, il était arrivé sur le gazon londonien avec la pancarte d'immense favori pour s'adjuger son troisième Majeur en autant de levées du Grand Chelem jouées, ce que personne n'avait fait depuis Rod Laver en 1969. Et malgré la pression immense liée au poids historique de l'événement, il n'a pas manqué le rendez-vous. Mieux : il n'a laissé échapper que deux sets en route, le premier au 1er tour et le second dans ce début de finale face à Matteo Berrettini.
Jamais donc le Serbe ne s'est vraiment senti ni n'a semblé, vu de l'extérieur, en danger durant cette quinzaine anglaise. Et le plus frappant, c'est qu'il n'a jamais eu besoin de jouer son tout meilleur tennis constamment sur la durée d'un match. C'est sans doute cette marge qu'il sait avoir qui l'a préservé d'une éventuelle angoisse voire panique quand il a vu la première manche lui échapper dimanche, alors même qu'il avait mené 5-2 et avait obtenu une balle de set à la relance.

Novak Djokovic après son titre à Wimbledon en 2021

Crédit: Getty Images

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Une marge ahurissante malgré sa nervosité et le poids de l'Histoire

"Je me suis effectivement senti plus nerveux que d'habitude en début de match. Mais après le premier set, j'allais mieux. Ce n'était pas super de perdre le premier set, mais d'un autre côté je voulais vraiment en finir avec ce set pour passer à autre chose et commencer mon match en jouant comme je voulais le faire depuis le début. Et c'est ce qui s'est passé dans le deuxième set où j'ai rapidement mené 4-0. Je me sentais mieux. Le troisième set a été un peu tendu, mais j'ai eu le sentiment de contrôler le match dès le deuxième set", a-t-il confirmé devant la presse. Djokovic savait qu'il ne pouvait que mieux jouer et a réussi à tourner la page.
Malgré sa grande nervosité liée à l'enjeu, le numéro 1 mondial a su prendre le recul nécessaire pour avoir une analyse lucide de ce qui venait de se passer : Matteo Berrettini venait de faire un petit hold-up en s'adjugeant ce set, mais c'était bien Djokovic qui avait les clés de la partie. Tout l'enjeu pour lui était de parvenir à absorber la puissance adverse grâce à son excellence au retour, ses qualités exceptionnelles d'anticipation et sa couverture de terrain sans faille. "Je savais que le plus grand danger, obstacle pour moi, était son service. Une fois que l'échange était engagé, je sentais que j'aurais le dessus", a-t-il encore détaillé.

Une machine de guerre physique malgré ses 34 ans : "L'âge n'est qu'un nombre"

Mais d'où lui vient donc cette certitude absolue ? Face à un canonnier du calibre de Berrettini, il était bien possible que sa défense soit submergée, du moins par séquences. A de nombreuses reprises, l'Italien l'a fait voyager d'un bout à l'autre du court avec son grand coup droit et son service surpuissant. Le Djoker s'est souvent retrouvé dans des positions fort inconfortables pour le commun des mortels, à la limite du grand écart, plusieurs mètres derrière sa ligne de fond en bout de glissade. Il a souvent plié mais n'a jamais rompu, gardant un équilibre bluffant pour repartir à chaque fois plus vite et faire jouer le coup supplémentaire à son adversaire.
A 34 ans, un âge où la plupart de ses collègues sont retraités ou en voie de l'être à cause de blessures à répétition, Djokovic a donc une confiance absolue en son physique, sa garantie suprême. Son corps, cette machine de guerre qui lui a permis de renverser des montagnes et lui a apporté une sérénité mentale dans les moments difficiles.
"Si je me retourne et que je regarde le chemin fait depuis 15 ans, j'ai progressé dans tous les secteurs. Mais si je devais vraiment retenir quelque chose, ce serait ma gestion de la pression. Plus vous jouez de grands matches et plus vous en tirez de l'expérience. Et plus vous avez d'expérience et plus vous pouvez avoir confiance en vous. Plus vous gagnez, plus vous êtes confiant. Tout est lié. Ces dernières années, j'ai le sentiment que l'âge n'est qu'un nombre. Je ne me sens pas si vieux. Je suis un joueur de tennis aussi complet que je ne l'ai jamais été."

Nadal et Federer moins fringants, il est temps de clore le débat

A l'heure où ses rivaux Roger Federer (presque 40 ans) et Rafael Nadal (35 ans) semblent rattrapés par le temps, lui le repousse. Dans la position du chasseur depuis plus d'une décennie, Djokovic sent désormais qu'il peut asséner le coup de grâce à l'US Open, où il tentera de décrocher le Grand Chelem calendaire, un exploit qui semblait pourtant inimaginable (lui-même avait échoué en 2011 et 2015). Surtout à l'ère d'un tennis où le haut niveau est si homogène dans la capacité à répéter les échanges du fond du court.
"Je me considère comme le meilleur, sinon je ne parlerais pas ouvertement de gagner des tournois du Grand Chelem et de faire l'Histoire. Mais savoir si je suis le meilleur de l'Histoire, je laisse ce débat à d'autres personnes. Je l'ai déjà dit, c'est très difficile de comparer différentes époques. Nous avons des raquettes différentes, de la technologie... Les courts et les balles sont différents. C'est difficile de comparer. Mais je suis vraiment honoré d'être au cœur de la discussion", a-t-il encore estimé.
A Flushing Meadows, à défaut de mettre tout le monde d'accord sur la fameuse question du "GOAT" (Greatest of All Time, "meilleur de tous les temps"), il compte bien cimenter dans les chiffres son nouveau statut de meilleur joueur de son époque, devant Rafael Nadal et Roger Federer. Un Grand Chelem calendaire et un 21e Majeur constitueraient une sorte d'argument ultime en sa faveur. "Quelque chose a changé fin 2010-début 2011 et les dix dernières années ont été une aventure incroyable qui ne s'arrête pas ici", a-t-il annoncé. Plus que jamais, le Djoker a faim de succès et de records.
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