Elle ne prend pas encore vraiment la lumière. A vrai dire, avant le début de la quinzaine à Wimbledon, elles sont deux à se partager les projecteurs : la numéro 1 mondiale invincible depuis février Iga Swiatek (série de 35 victoires en cours) et Serena Williams dont le grand retour un an après son dernier match en simple crée l'événement. Mais si elle n'est donc pas (encore) la coqueluche des médias, ne vous y trompez pas, Ons Jabeur est surveillée de près par ses rivales polonaise et américaine.
De très près même, puisque Serena lui a même demandé de jouer en double avec elle la semaine précédant le Majeur britannique. Un hasard ? Sûrement pas. Elles n'étaient que cinq à avoir précédemment eu l'honneur de jouer au côté de la légende américaine : Martina Navratilova, Caroline Wozniacki, Alexandra Stevenson, Alison Riske, et bien sûr sa sœur Venus. Et c'est cette dernière qui a sûrement donné la clé de ce choix voici tout juste un an, toujours à Wimbledon.
US Open
La reine Swiatek étend son territoire
10/09/2022 À 22:10
"Je dirais qu'Ons est une des personnes que je préfère sur le circuit, avait considéré l'aînée des Williams. Honnêtement, elle fait tomber des barrières, c'est la première femme dans son pays à faire ce qu'elle fait. Vous allez voir qu'une nouvelle génération de femmes va se mettre au tennis dans le Maghreb. Et ce sera grâce à elle. Elle inspire tant de personnes, moi inclue. Elle se donne à 100 % à chaque fois sur le court, se comporte de telle manière que les gens la respectent."

Eloge de la patience et de la persévérance

Venus comme Serena, qui ont surmonté bien des obstacles en raison de leur couleur de peau dans leur jeunesse, se sont en quelque sorte un peu reconnues en Ons Jabeur. Ces deux dernières années, la Tunisienne est devenue un symbole pour son pays et au-delà au fil de ses performances. Elle a fait sensation en devenant la première joueuse arabe à atteindre les quarts de finale à l'Open d'Australie en 2020, à Wimbledon en 2021, à entrer dans le Top 10 en octobre dernier et à gagner un WTA 1000 à Madrid en mai.
Son histoire est d'autant plus remarquable qu'elle consacre l'éloge de la patience et de la persévérance. Sacrée à Roland-Garros chez les juniors en 2011 à 16 ans, elle a mis cinq ans à franchir pour la première fois la barre du Top 100, puis trois saisons supplémentaires avant d'entrer dans le Top 50 début 2020. Elle n'a pas surgi presque de nulle part comme ont pu le faire récemment une Bianca Andreescu en 2019, une Emma Raducanu à Flushing Meadows l'été dernier, ou même une Iga Swiatek lors de son premier titre à Roland en 2020.
Non, Jabeur a, elle, fait son nid petit à petit. "Je ne pense pas que quelque chose ait changé cette saison honnêtement. C'est une évolution d'année en année, les matches que j'ai gagnés m'ont donné de plus en plus d'expérience et m'ont aidée à être la joueuse que je suis aujourd'hui. J'ai l'impression que j'avais besoin de franchir beaucoup d'étapes parce que je ne peux juste pas les brûler. Je suis le genre de joueuse qui prend son temps, apprend d'elle-même", a d'ailleurs confié au Guardian la future numéro 2 mondiale.

Ons Jabeur à l'entraînement à Wimbledon en 2022

Crédit: Getty Images

Une revanche à prendre sur Roland-Garros

A l'instar de Swiatek, Jabeur a bénéficié de l'aide d'une psychologue du sport, Mélanie Maillard, pour mieux gérer les moments importants d'un match. Ce travail de longue haleine, associé à celui réalisé avec son coach Issam Jellali et son préparateur physique Karim Kammoun, lui a permis de progresser doucement mais sûrement. Jusqu'à faire d'elle l'une des prétendantes naturelles au titre à Wimbledon dans le sillage de son titre à Berlin - le troisième de sa carrière - où elle a notamment dominé sur son parcours la finaliste sortante de Roland-Garros, Cori Gauff.
Mais à Roland justement il y a un mois, la Tunisienne faisait aussi partie des noms cités fréquemment pour la victoire finale - elle sortait d'un titre à Madrid et d'une finale à Rome -, avant de se faire sortir d'entrée par la Polonaise Magda Linette. Pourrait-il en être de même à Wimbledon ? Après tout, briller en Grand Chelem n'a rien d'anodin, bien des joueuses titrées sur le circuit à de nombreuses reprises n'y arrivent pas - Karolina Pliskova ou Aryna Sabalenka par exemple -, et Jabeur n'a pas encore fait mieux qu'un quart de finale.
Pour l'ancien champion et consultant pour Eurosport Alex Corretja, il n'y a pas lieu de s'inquiéter. "Ons Jabeur, on dirait de la magie. Elle est très sympa à voir jouer. Elle varie parfaitement. Je pense que Roland-Garros a fait partie de son apprentissage. Elle avait très bien joué lors de la saison sur terre et elle avait besoin de conditions plus rapides : je me souviens de sa défaite et sur cette terre lourde, ce n'était pas facile." L'intéressée aura peut-être même une revanche à prendre sur cet échec et sur elle-même.

Un jeu parfait pour le gazon et le soutien de tout un pays

D'autant que techniquement, elle a tout ce qu'il faut pour briller sur le gazon de Wimbledon, comme elle l'avait montré dès 2021 à Nottingham où elle était allée chercher son premier titre. "Elle a montré qu'elle était prête, elle a eu du temps pour se préparer. Elle a gagné à Berlin et elle fera partie des grandes prétendantes parce qu'elle peut jouer des coups délicats sur gazon. Elle aime être agressive avec son coup droit, elle peut changer de rythme avec son slice, venir au filet. Elle maîtrise l'amortie, a un bon service, un bon retour. Je pense qu'Ons sera à surveiller parce qu'elle joue totalement différemment de la plupart des autres qui auront probablement du mal à s'adapter à son style. Ce sera l'une des favorites", renchérit l'Espagnol.
D'ailleurs, quand Jabeur n'était encore qu'une junior, son délicieux slice de revers a été comparé à celui de... Roger Federer. L'an passé après avoir battu une certaine Iga Swiatek en huitième de finale, elle n'osait y croire quand le Suisse l'avait félicitée. Depuis, elle a encore fait bien du chemin et elle compte bien faire de cette édition 2022 la sienne. Si son genou droit - qui l'a contrainte à arrêter le double avec Serena à Eastbourne - la laisse tranquille, elle a donc les armes pour y parvenir et tout un pays derrière elle.
"Je suis heureuse de m'être fixée de hauts objectifs au début de la saison, a-t-elle encore indiqué au Guardian. Je me suis dit que je voulais gagner des titres, un Grand Chelem et être dans le Top 5. Il en reste encore un à accomplir et j'espère que j'y arriverai. Je me vois comme si j'étais en mission. Disons que j'ai choisi d'être une source d'inspiration pour les gens. (…) Je ne vois pas ça comme un fardeau mais comme un grand plaisir et une grande responsabilité. Ça fait partie du travail et de ça explique en partie pourquoi je joue aujourd'hui. Et je crois au partage : ça pourrait m'aider en tant que joueuse et aider les futures générations."
US Open
Et si Swiatek avait gardé le meilleur pour la fin ?
09/09/2022 À 22:00
US Open
Garcia, sans une Ons d'espoir
09/09/2022 À 00:25