Qui peut encore empêcher les retrouvailles programmées entre Novak Djokovic et Rafael Nadal en finale de ce Wimbledon 2022 ? La question s'est rapidement posée lors de cette quinzaine marquée par l'absence des Russes et Biélorusses (dont le numéro 1 mondial Daniil Medvedev), les retraits de Matteo Berrettini et Marin Cilic avant même le 1er tour à cause du Covid ou encore l'élimination précoce de Félix Auger-Aliassime. Dans la partie basse du Majorquin, un nom s'est rapidement détaché : celui de Nick Kyrgios. Dans celle du Serbe, tous les regards se sont d'abord tournés sur Carlos Alcaraz.
Et plutôt logiquement d'ailleurs. Le phénomène espagnol n'est-il pas le dernier joueur à avoir battu successivement les deux monstres à Madrid ? N'était-il pas clairement monté en puissance en première semaine, écrasant même Oscar Otte, un joueur dangereux sur gazon, au 3e tour ? Mais dimanche dernier, un autre jeune déjà bien installé dans le gotha du tennis mondial lui a barré la route au terme d'un match de haute tenue : Jannik Sinner.
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Un jeu simple mais diablement efficace sur gazon

Doublé au classement par Alcaraz et même éclipsé par son ascension fulgurante ces dernières semaines, l'Italien a rappelé qu'il avait bien des armes pour tenir, lui aussi, le haut du pavé dans les années à venir. Notamment une qualité de frappe hors normes et beaucoup de sang-froid. Peut-être même trop pour transmettre ses émotions et établir une vraie connexion avec le public et les fans de tennis. Mais cette capacité à rester ultra-concentré et ce jeu quasi-robotique fonctionnent à merveille sur le gazon de Wimbledon.
"Le problème d'Alcaraz parfois, c'est qu'il a trop d'options dans son jeu. Si on le compare à Jannik Sinner, on a l'impression que Sinner a un jeu très simple, presque unidimensionnel, bien qu'il s'améliore dans tous les secteurs, expliquait d'ailleurs Mats Wilander, consultant pour Eurosport, en analysant le match. 'Carlitos' a tant de talent, d'explosivité, de toucher… Et un tel mélange, c'est très rare, on ne l'a peut-être jamais vu chez personne. Je dis juste que la marche à suivre désormais est peut-être de simplifier son jeu. Sur les points à haute tension, il faut pouvoir se reposer sur des schémas simples."
Jannik Sinner installe donc parfaitement ses "schémas simples" sur une surface où le temps de réflexion est plus limité qu'ailleurs. Et l'efficacité de l'Italien lors de cette quinzaine illustre surtout des progrès légers mais fondamentaux dans son jeu. Tombeur de John Isner au 3e tour en trois petits sets, il a ainsi montré des améliorations cruciales au service et au retour, des coups sûrement encore plus déterminants sur herbe. Dans le premier set de son huitième de finale, il a d'ailleurs si bien relancé qu'Alcaraz a gagné moins de 50 % des points derrière sa première.

Une régularité déjà impressionnante en Grand Chelem

Et son prochain adversaire en quart de finale, Novak Djokovic lui-même, n'a pas manqué de le remarquer. "Il est très solide et il maîtrise très bien tous les coups : service, retour, coup droit, revers… Il met constamment la pression sur ses adversaires. Je me reconnais un peu dans son jeu de fond de court, dans sa manière de frapper ses revers à plat et de rester proche de sa ligne. Il joue vite et en rythme, nous nous sommes entraînés ici ensemble, donc je sais ce qui m'attend", a-t-il analysé.
Ces améliorations sont d'autant plus remarquables que Sinner n'a pas pu jouer de tournois de préparation à cause d'une blessure au genou gauche qui l'avait contraint à l'abandon en huitième de finale de Roland-Garros. A vrai dire, avant cette édition 2022 de Wimbledon, il n'avait toujours pas gagné le moindre match sur gazon dans sa carrière. Cette quinzaine montre donc que le travail effectué avec Simone Vagnozzi - son nouveau coach depuis quelques mois après s'être séparé de Riccardo Piatti - porte ses fruits. Et ce alors que leur association avait suscité quelques commentaires quant au manque de références du nouveau mentor, pas assez connu au goût de certains.
Mais Sinner n'y a pas prêté attention, tout comme il se soucie peu d'être "flashy" ou charismatique sur un court. De ce point de vue ainsi que par sa puissance naturelle et la propreté de ses frappes, il n'est pas sans rappeler un certain Tomas Berdych. Il partage d'ailleurs avec le Tchèque, qui fut longtemps un pensionnaire du Top 10, une constance de plus en plus intéressante dans les résultats en Majeurs. Pour la quatrième fois consécutive et sur trois surfaces différentes, il a ainsi atteint la seconde semaine et disputera même déjà son troisième quart de finale en Grand Chelem à 20 ans.
Je me suis amélioré dans beaucoup de domaines, y compris sur le plan physique
Sinner se sent de plus en plus à sa place dans les derniers tours des plus grands tournois. Sa manière de gérer le quatrième set face à Alcaraz, qui avait pourtant le vent en poupe, l'a montré. "Je m'attendais à un match long donc je pense que la préparation a été très importante. Je me suis amélioré dans beaucoup de domaines, y compris sur le plan physique car dans un match en cinq sets, il y a beaucoup de moments clés. Je ne ménage pas mes efforts à l'entraînement. Je travaille avec le bon état d'esprit et ça paie. C'est la marche à suivre et je vais continuer comme ça parce que je sais que j'ai encore beaucoup à améliorer. Et nous verrons où j'en suis dans six mois", a-t-il estimé.
En attendant, l'Italien tâche de profiter du moment présent. Le fait d'avoir connu son baptême du feu sur le Centre Court contre Alcaraz devrait lui permettre d'aborder ce quart face au maître des lieux avec des repères. "C'est surtout un joueur confirmé du Top 10 (il est 13e en ce moment mais était 9e en novembre, NDLR). Il a beaucoup mûri dans les grands matches. Je ne pense pas qu'il ressente trop de pression désormais en Grand Chelem, ce qui arrive quand on est plus jeune. Il dégage beaucoup de confiance, il croit qu'il peut gagner contre tout le monde sur le circuit, peu importe le court", a d'ailleurs noté le Serbe.
Alors Sinner a-t-il déjà l'étoffe pour créer la sensation ? De tous les joueurs encore en lice dans la moitié de tableau de Djokovic - Cameron Norrie et David Goffin s'affronteront pour l'autre place en demie -, il est en tout cas celui qui semble avoir le plus d'atouts dans son jeu. D'ailleurs, le dernier à avoir battu le Djoker à Wimbledon (certes sur abandon à 7-6, 2-0) était un certain Tomas Berdych en 2017. A l'Italien de montrer qu'il peut en être une version améliorée.
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