Jusqu'à vendredi dernier, jour de tirage au sort, certains en ont sans doute fait des cauchemars. Et les deux monstres, Novak Djokovic et Rafael Nadal, en faisaient peut-être partie. Sur gazon, en pleine possession de ses moyens, Nick Kyrgios représente un danger certain et l'affronter au 1er tour est un défi auquel personne ne veut se frotter. Finalement, c'est le Britannique de 22 ans Paul Jubb, 219e mondial inconnu du grand public et invité par l'organisation, qui en a hérité, au grand soulagement de tous les ambitieux du tableau de ce Wimbledon 2022.
Mais sans doute aussi à la grande joie du fantasque Australien. Car s'il ne fait pas partie des 32 têtes de série, Kyrgios réalise une saison plus qu'intéressante si on la rapporte au nombre de tournois qu'il a joués. Il était 137e mondial en février dernier et il affiche désormais le matricule 40, et ce en ayant fait l'impasse quasi-complète (il a joué à Houston en avril) sur la saison sur terre battue. Après deux mois de pause, il a ainsi repris comme si de rien n'était, enchaînant deux demi-finales à Stuttgart et Halle avant de déclarer forfait au 2e tour à Majorque voici quelques jours à cause d'une douleur aux abdominaux.
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Comme je ne joue pas souvent, je dois m'assurer de donner le meilleur de moi-même
"J'ai joué beaucoup ces derniers temps, j'ai eu des bons résultats, battu de très bons joueurs et je suis heureux de mon niveau de jeu. C'est une des meilleures préparations sur gazon de ma carrière. A Majorque, j'ai dû me retirer parce que je sentais que la fatigue arrivait, et même s'il n'y a pas de points en jeu ici, je voulais vraiment être en état de bien jouer et de me concentrer totalement sur Wimbledon", a-t-il expliqué dans sa conférence de presse d'avant-tournoi.

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Pas d'inquiétude donc pour Kyrgios au moment de se lancer dans la quinzaine. L'Australien se connait juste de mieux en mieux et a appliqué le principe de précaution pour se donner les meilleures chances d'être compétitif. Après plusieurs années sur le circuit, il sait désormais ce qu'il lui faut pour donner sa pleine mesure. Il n'a d'ailleurs pas oublié que son corps l'avait trahi l'an dernier alors qu'il était plutôt bien parti dans son 3e tour face à Félix Auger-Aliassime (2-6, 6-1, ab.).
"Quand vous venez d'Australie, c'est difficile de trouver un équilibre entre le temps passé en famille et avec des amis et le circuit. Je ne veux plus passer 7 à 8 mois d'affilée à voyager. Le classement m'importe peu. J'ai joué quelques joueurs du Top 10 cette année (4 victoires pour 2 défaites, NDLR) et je les ai rendus assez quelconques. Je sais que quand je me sens en confiance, je suis capable de hausser mon niveau quand je le veux. Et comme je ne joue pas souvent, je dois m'assurer de faire de bons résultats quand je décide de jouer et donner le meilleur de moi-même. Si j'avais compris ça plus tôt dans ma carrière, peut-être que mon histoire aurait été différente."

Nadal en 2014, un exploit sans lendemain... jusqu'ici

Beaucoup mieux dans ses baskets et bien préparé sur gazon, Kyrgios a retrouvé de l'ambition. Au point de considérer ces dernières semaines, dans son style bien à lui, qu'il faisait partie du Top 10 voire du Top 5 sur herbe. Du simple point de vue de son potentiel, l'Australien a peut-être raison mais les faits sont cruels : il n'a plus atteint la seconde semaine à Wimbledon depuis 2016 et son meilleur résultat au All England Club reste un quart de finale en 2014 à l'âge de 19 ans, après sa fameuse victoire en huitième sur Rafael Nadal.

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Peut-il enfin s'offrir la percée tant attendue depuis ce premier exploit il y a huit ans ? Si le 1er tour devrait lui donner l'occasion de se régler, son probable duel face à Filip Krajinovic, finaliste au Queen's, au 2e devrait être un premier test important. Avant un éventuel 3e tour très attendu contre Stefanos Tsitsipas. Cette première semaine ne sera donc vraisemblablement pas de tout repos mais pourrait lui permettre de monter en puissance. Après tout, n'a-t-il pas battu le Grec à Halle ? Une fois en huitièmes de finale, tous les rêves seraient alors permis.
Kyrgios a indubitablement le jeu pour triompher à Wimbledon, mais répéter ce qu'il a montré ces dernières semaines au meilleur des cinq sets sur sept matches consécutifs n'a rien d'anodin. Alors, comment y parvenir ? L'intéressé a sa petite idée.

Wimbledon exerce une fascination particulière sur lui

"Bien dormir, bien se reposer, déjà. S'assurer que le corps va bien. Mais je sais juste que si je sers bien et que je joue bien, je peux battre n'importe qui. J'ai battu quasiment tout le monde dans le tableau avant. Il y a peu de personnes qui ont eu l'occasion de gagner un Grand Chelem. Mais chaque semaine, j'entends à mon propos : 'Oh c'est l'un des plus grands talents gâchés du tennis, il devrait gagner des Majeurs'. Mais très peu y sont parvenus. Évidemment, je veux me débarrasser de cette étiquette un jour", a-t-il asséné.
Qu'on se le dise, l'Australien est motivé et sait qu'il a un coup à jouer. Mais il ne compte pas mettre la charrue avant les bœufs, conscient de ses limites passées.
"J'ai toujours confiance. J'ai eu de bons parcours à Wimbledon et à l'Open d'Australie et j'ai toujours fait face à des joueurs à leur top. J'ai affronté Murray ici en huitième quand il a gagné la finale 6-4, 6-4, 6-4 (l'Ecossais s'était en fait imposé 6-4, 7-6, 7-6 face à Raonic en 2016, NDLR). Ma meilleure chance de gagner un Grand Chelem, c'était en 2014 quand j'ai fait quart de finale : j'avais un set et un break d'avance contre Raonic. Je n'ai jamais été plus près. Il faut d'abord que je me concentre sur les premiers tours, pour les franchir le plus vite possible. Mais je ne pense pas à gagner encore. Je vais m'entraîner et on verra ce qui se passe."
Il serait assurément intrigant de voir Kyrgios débouler en seconde semaine avec une confiance au zénith. En tout cas, la motivation ne devrait pas être un problème, tant Wimbledon et son Centre Court exercent une fascination particulière sur lui. "Il y a une énergie spéciale, quand vous y pénétrez, vous pensez aux champions passés et à leur histoire, et même à tous les joueurs qui y ont joué avant", a-t-il considéré. Et si c'était le moment de montrer qu'il peut, lui aussi, en faire partie ?
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