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Wimbledon - L'antisèche de la finale : Un scénario (presque) écrit d'avance
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Publié 10/07/2022 à 20:24 GMT+2
WIMBLEDON - Titré pour la 4e fois consécutive sur le gazon du All England Club dimanche face à un valeureux Nick Kyrgios (4-6, 6-3, 6-4, 7-6), Novak Djokovic a assumé jusqu'au bout son statut de favori pour relancer la course au record de titres en Grand Chelem. Malgré le bon départ de son adversaire, le Serbe a peu à peu mis sa patte sur cette finale, comme il l'a tant fait par le passé.
Nick Kyrgios and Novak Djokovic
Crédit: Getty Images
Le pourquoi du comment
Intéressante, mais terriblement prévisible. Ces quelques mots pourraient suffire à décrire et expliquer la finale de ce Wimbledon 2022. Cela ne signifie pas qu'elle ne comportait pas quelques inconnues. Il était difficile de savoir précisément par exemple comment Nick Kyrgios allait gérer sa première finale de Grand Chelem, ce qui constitue une épreuve parfois insurmontable. Une autre question était de savoir si Novak Djokovic allait connaître des moments de flottement similaires à ceux vus contre Jannik Sinner et Cameron Norrie précédemment.
De ce côté-là, les deux finalistes ont été à la hauteur des attentes. D'entrée explosif au service, Nick Kyrgios a montré pourquoi il avait gagné ses deux premiers face-à-face contre le Serbe. Sans complexe, il a exploité la première ouverture sur l'engagement adverse et fait pleuvoir les premières balles pour prendre le premier set. Son côté imprévisible, sa faculté à tenir l'échange quand c'était nécessaire tout en distillant quelques fulgurances dont il a le secret (volées amorties, tweeners et autres coups de fusil) ont posé de vrais problèmes à Djokovic pendant près de deux manches, indéniablement.
Face à un joueur si fantasque et talentueux, le danger était de se laisser emporter par la frustration. Pourquoi alors ne s'est-on jamais vraiment inquiété pour le Serbe ? Précisément parce qu'il n'a pas son pareil pour s'adapter à ses adversaires et exploiter la moindre faille. Djokovic est en cela une sorte de caméléon : il donne l'impression qu'il se mettra au niveau souhaité à un moment ou à un autre. Pour lui, le déclic est arrivé dans le quatrième jeu du deuxième avec un break blanc, le premier qu'il obtenait en cinq manches et demie jouées contre l'Australien. Une fois sa qualité de relance calibrée, sa victoire n'a presque plus fait de doute.
En cela, cette finale 2022 a eu de faux airs de 2021. Comme Matteo Berrettini, Nick Kyrgios a démarré pied au plancher pour instiller le doute dans la tête du maître des lieux. Mais la distance des cinq sets est le meilleur allié de Djokovic. Tout comme sa faculté exceptionnelle à maintenir un niveau de concentration élevé du premier au dernier point. Ce degré d'exigence est tel que la moindre baisse est immédiatement sanctionnée. En ce sens, à Wimbledon, le Serbe condamne ses adversaires à un surrégime permanent, intenable sur la longueur.
Le moment-clé
Si Novak Djokovic s'était indéniablement déjà relancé en breakant pour la première fois Nick Kyrgios, le gain du deuxième set lui a permis de faire clairement basculer la dynamique en sa faveur. Et surtout la tournure du jeu qui lui a permis de revenir à une manche partout : à 5-3 en sa faveur, il s'est retrouvé mené 0/40. Il a alors trouvé deux services gagnants et son adversaire l'a aussi aidé d'une faute en revers évitable. En tout, le Serbe a écarté 4 balles de débreak et s'est évité quelques nœuds au cerveau supplémentaires.
La fiche
| STATISTIQUES | NOVAK DJOKOVIC | NICK KYRGIOS |
| Aces | 15 | 30 |
| Doubles fautes | 7 | 7 |
| Pourcentage 1ères balles | 63 % | 73 % |
| Réussite derrière la 1ère | 83 % | 70 % |
| Réussite derrière la 2de | 61 % | 53 % |
| Balles de break | 2/4 | 1/6 |
| Coups gagnants | 46 | 62 |
| Fautes directes | 17 | 33 |
| Points gagnés | 132 | 112 |
La stat : 4
Novak Djokovic est devenu le quatrième joueur à remporter quatre titres consécutifs à Wimbledon dans l'ère Open. Il rejoint ainsi un club très fermé composé de Björn Borg, Pete Sampras et Roger Federer. Le Suédois et le Suisse ont même réussi la passe de cinq, ce que tentera de faire le Serbe en 2023. S'il y parvient, il égalera par la même occasion le record du nombre de sacres sur le gazon du All England Club actuellement détenu par Federer (8).
La décla
Lors de la remise des trophées, il y eut un échange sympathique et drôle entre les deux finalistes qui ont officialisé leur nouvelle "bromance". Brillant au micro, Novak Djokovic avait aussi laissé échapper quelques larmes sur sa chaise après la balle de match. Tout sauf blasé, il a insisté sur son émotion après ce 21e sacre en Grand Chelem :
"Je n'ai plus de mots pour décrire ce que ce tournoi et ce trophée signifient pour moi. Ça a été et ce sera toujours le tournoi le plus cher à mon cœur, celui qui m'a donné envie de jouer au tennis. En Serbie à la montagne dans un hôtel où mes parents avaient un restaurant, j'avais quatre ans et demi, cinq ans, j'ai vu Pete Sampras remporter son premier Wimbledon en 1992 (en 1993 en fait, Djokovic avait six ans, NDLR) et j'ai demandé à mes parents de m'acheter une raquette. Mon premier souvenir de tennis, c'était donc le gazon. Et j'ai toujours rêvé de venir ici, juste jouer, puis réaliser mon rêve d'enfance en gagnant. Chaque nouvelle victoire a plus de signification que la précédente."
La question : Nick Kyrgios a-t-il vraiment perdu le fil ?
Il n'a pas pu s'en empêcher. Quand les choses ont commencé à se compliquer sur le court pour lui, Nick Kyrgios s'en est pris systématiquement à son clan, coupable selon lui de ne pas assez l'encourager. Remarquablement calme et concentré sur son objectif en début de finale, il a par la suite eu toutes les peines du monde à retrouver cette sérénité qui lui avait permis de prendre l'avantage.
Factuellement, ces sautes d'humeur lui ont coûté cher. Après avoir échoué à débreaker en fin de deuxième set, il s'est tiré une balle dans le pied en fin de troisième set : à 4-4, 40/0 sur son service, il a ainsi totalement perdu son rythme en s'agaçant, cédant cinq points d'affilée et un break évitable qui lui a coûté la manche. Mais la nervosité de l'Australien était surtout une conséquence de l'extraordinaire pression que lui imposait Djokovic à la relance depuis de nombreux jeux.
Kyrgios n'est d'ailleurs pas sorti de sa finale : il a admirablement tenu son service dans la quatrième manche qu'il espérait chaparder au tie-break. Mais en relançant de mieux en mieux, en l'obligeant presque systématiquement à jouer le coup de plus, Djokovic a réalisé un travail de sape qui a logiquement fini par porter ses fruits. Le dernier jeu décisif n'était d'ailleurs pas sans rappeler ceux gagnés par le Serbe contre Roger Federer en 2019 : dans sa bulle, il donne l'impression de ne pas pouvoir rater, ce qui fait prendre fatalement trop de risques à ses adversaires. C'est ainsi qu'il a fait de Wimbledon sa forteresse et il ne semble pas prêt à en céder les clés.
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Novak Djokovic avec le trophée de Wimbledon en 2022
Crédit: Getty Images
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