Wimbledon 2026 | Finale messieurs - L'antisèche : Jannik Sinner a attendu son heure, puis a bondi sur sa proie Alexander Zverev
Par Rémi Bourrieres
Mis à jour 12/07/2026 à 22:59 GMT+2
Jannik Sinner a mis longtemps à trouver l'ouverture dans cette finale de Wimbledon "à l'ancienne", restée incertaine et dénuée de break pendant près de trois heures. Et puis, l'Italien a réussi enfin à prendre le service d'Alexander Zverev, admirable jusque-là. A partir de là, c'était fini : le numéro 1 mondial a sauté à la gorge de Zverev et ne l'a plus jamais lâchée, s'imposant en quatre sets.
Sinner, un génie beaucoup trop banalisé
Video credit: Eurosport
Le pourquoi du comment
Les nostalgiques du gazon d'antan ont dû particulièrement apprécier cette finale : pendant longtemps, très longtemps, ce fut un bon vieux duel de serveurs à l'ancienne. Deux tie-breaks lors des deux premiers sets, on n'avait plus vu ça en finale de Wimbledon depuis les années Pete Sampras, à qui la chose était arrivée à trois reprises (contre Goran Ivanisevic en 1994 et 1998, puis contre Pat Rafter en 2000).
Zverev a remporté le premier 9 points à 7 (en sauvant d'un ace une balle de set à 7-6), qui a probablement été le plus gros temps fort du match, tant par sa longueur que sa qualité. Puis Sinner a remporté le deuxième, de manière indiscutable, face à un adversaire qui a eu le tort de baisser un peu dans ce moment crucial qui aurait pu lui permettre de s'envoler. Un set partout, donc. Balle au centre. C'était l'indécision la plus totale.
Jusqu'à 3-3 dans la troisième manche, moment charnière de la finale (voir ci-dessous), on n'a recensé, en tout et pour tout, qu'une seule balle de break. Elle fut pour Sinner, à 4-3, dans le premier set. C'est tout. Cette statistique étonnante, presque d'un autre temps, fut longtemps le marqueur fort de cette finale. Son identité. Elle disait tout de la qualité de service effarante des deux hommes, qui ont longtemps été au coude-à-coude dans ce domaine, avec peut-être même, jusqu'alors, un léger avantage à l'Allemand.
Zverev a fini devant au nombre des aces (17 à 15) et au pourcentage de premières balles (76% contre 64%). Mais c'est Sinner qui a été le plus efficace derrière sa première (80% de points marqués, contre 72%) et qui est donc le seul à avoir conservé son service inviolé (1/1 balle de break sauvée, contre 3/5 pour Zverev).
Au bout du compte, à l'inverse de son rival qui a un peu plongé dans le dernier "set et demi", commettant plus de fautes et affichant plus ouvertement sa frustration, le numéro un n'a fait que s'améliorer au fil de la partie. Sa victoire, en 3h46, ne lui permettra pas de battre le record du match le plus long qu'il ait jamais remporté (3h48). Mais c'est très anecdotique, et même insignifiant. Sinner a surtout rappelé qu'il est bien le patron du circuit, et qu'il est aussi un formidable combattant.
Le moment-clé
Ce furent ces deux jeux d'affilée disputés à partir de 3-3 dans la troisième manche, alors que les deux hommes étaient à égalité une manche partout. Jusqu'à présent, la finale était cadenassée à triple tour, façon coffre-fort, par des serveurs qui ne lâchaient rien. Zverev, qui n'avait pas eu la couleur d'une balle de break, a eu sa première (et dernière) chance à ce moment-là. Mais il s'est retrouvé à terre, cloué au sol par une amortie de Sinner, très audacieux sur ce point crucial.
Pendant quelques instants, on eut même peur pour l'Allemand, qui est resté allongé au sol en se tenant le genou droit. Un abandon un jour pareil, dans un moment pareil, c'eût été un véritable drame, à la hauteur de sa déchirante blessure en demi-finale de Roland-Garros contre Rafael Nadal en 2022. Peut-être même pire.
Mais finalement, non. Plus de peur que de mal. Avec fair-play, Sinner est venu lui-même le relever... pour mieux l'achever au jeu suivant en réussissant le premier break de la partie. Un break, à vrai dire, littéralement donné par Zverev, qui menait 40-15 avant d'enchaîner deux fautes en revers, une double faute et deux fautes en coup droit. À quel point sa chute au jeu précédent l'avait sorti de sa bulle ? L'Allemand a expliqué qu'il avait eu plus de mal à pousser au service après coup. Et c'est vrai que clairement, à partir de là, ce ne fut plus le même match.
La stat'
41,2 %
Soit le pourcentage de points marqués par Alexander Zverev sur sa deuxième balle de service sur l'ensemble des deux derniers sets. Un chiffre à mettre en rapport avec ses 76,5% de points marqués derrière sa deuxième sur l'ensemble des deux premiers sets. C'est dans ce secteur que l'Allemand a franchement enregistré une baisse. Et c'est probablement dans ce secteur qu'il a fini par perdre.
La décla
"Je vais faire attention, maintenant…"
Jannik Sinner à l'attention d'Alexander Zverev, lors de son discours protocolaire. L'Italien, s'il a confirmé son statut de patron incontesté du circuit, a bien noté que l'Allemand était désormais son nouveau dauphin au classement ATP, devant Carlos Alcaraz. Et qu'il avait fait un beau rapproché au bénéfice de son enchaînement titre à Roland-Garros finale à Wimbledon.
La question : est-ce le plus beau du "cinq Majeur" de Sinner ?
Des cinq finales de Grand Chelem désormais remportées par Jannik Sinner – autant, soi-dit en passant, que tous les autres joueurs et joueuses italiens dans l'histoire -, celle-ci est très certainement la plus belle, oui. Sa toute première, face à Daniil Medvedev à l'Open d'Australie 2024, avait quand même été facilitée par l'écroulement physique du Russe. Celles face à Taylor Fritz (US Open 2024) et Alexander Zverev, déjà, (Open d'Australie 2025) avaient été à sens unique. Et celle face à Carlos Alcaraz, l'an passé à Wimbledon, avait été assez décevante.
Là, Sinner a dû aller chercher d'autres ressources, en matière purement tennistique mais aussi en matière de concentration, d'abnégation, pour faire plier un rival qu'on n'avait rarement, peut-être même jamais, vu à un tel niveau pendant deux sets et demi.
Surtout, l'Italien avait besoin de reprendre à la main après un début de saison paradoxal, marqué par sa razzia en Masters 1 000 mais finalement plus encore par son absence de titres en Grand Chelem et son coup de chaud à Roland-Garros. Il y avait quelques doutes, des petites interrogations çà et là. Jannik Sinner y a répondu de la plus magistrale des façons.
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