Wimbledon 2026 | Huitièmes de finale | Alex De Minaur, un homme à terre : "Ça me détruit de l'intérieur"
Par Laurent Vergne
Publié 06/07/2026 à 19:36 GMT+2
Dur à voir et à entendre. Alex de Minaur est tombé en panne sèche lundi en huitièmes de finale de Wimbledon face à Flavio Cobolli (7-5, 7-6, 6-3). Un échec de plus en Grand Chelem pour l'Australien. Celui de trop ? Jamais il n'a semblé abattu à ce point. En conférence de presse, le "Demon" a vidé son sac et déploré ses propres carences. Le découragement n'est plus très loin.
Sinner, un génie beaucoup trop banalisé
Video credit: Eurosport
Flavio Cobolli n'est pas un mauvais garçon à peu près tout le monde le dit sur le circuit. Mais l'Italien a tout de même le chic pour faire mal. Le mois dernier, il avait plongé Félix Auger-Aliassime dans un profond désarroi à Roland-Garros. Le Canadien avait quitté son quart de finale sur le Chatrier en lambeaux au plan mental. Mardi, même effets et mêmes conséquences pour Alex de Minaur à Wimbledon. C'était en huitièmes de finale cette fois, mais l'Australien, écarté en trois sets par le Romain (7-5, 7-6, 6-3), est lui aussi apparu touché comme jamais. Cet échec-là n'est pas le premier, mais c'est visiblement le plus dur à avaler.
C'était la 15e fois que De Minaur apparaissait en seconde semaine en Grand Chelem. C'est la 15e fois qu'il ne verra pas le dernier carré, s'arrêtant en quarts ou, comme dans ce Wimbledon 2026, en huitièmes. Qu'il bute sur Carlos Alcaraz, Jannik Sinner, Novak Djokovic ou Daniil Medvedev, comme cela lui est arrivé à plusieurs reprises, OK. Mais il lui arrive aussi trop souvent de passer au travers. Comme à l'US Open l'an dernier, où il avait perdu un quart de finale catastrophique contre Félix Auger-Aliassime. C'est le moins mortifié de peur des deux qui avait fini par s'en sortir.
Je ne suis juste pas assez fort mentalement
Mardi, Flavio Cobolli a été le premier responsable de ses problèmes, comme il l'a souligné. "Bravo à Flavio, il a répondu présent, surtout dans les moments décisifs". Avec un sous-entendu : ce n'est pas son cas. "C'est un drôle de sport, a-t-il tenté de sourire. C'est probablement un match où, si je fais ce que j'ai à faire, ce n'est pas un matchup qui me dérange particulièrement, surtout sur cette surface. Je suis persuadé que j'ai beaucoup de moyens de lui faire mal. Mais si je ne joue pas à mon véritable niveau et que, pire encore, je me freine moi-même, c'est compliqué." Et l'Australien d'asséner ce constat cinglant : "Comment je l'explique ? Je ne suis juste pas assez fort mentalement. Voilà comment je l'explique."
C'est le syndrome Auger-Aliassime. Alex de Minaur a un an de plus que le Québécois, mais ils sont de la même génération. À 27 ans, le natif de Sydney a le sentiment lui aussi de buter sur un plafond de verre. Il n'a jamais été aussi bien classé (il est même possible qu'il intègre pour la première fois le Top 5 dans une semaine à l'issue de Wimbledon), mais l'incapacité qui est la sienne à effectuer un bond significatif pour devenir un candidat à un titre en Grand Chelem commence à lui peser.
Caler face à des champions exceptionnels, comme Sinner ou Alcaraz, il peut l'accepter. Il ne se résigne pas, mais il comprend. À tort ou à raison, voir un Auger-Aliassime le laisser aux portes d'une demi-finale, ou un Cobolli sauter un fossé dans lequel il trébuche sans cesse, la chose est nettement plus dure à digérer. "On traverse des moments dans sa carrière, des périodes où l'on sent qu'il y a des opportunités à saisir, pour franchir une étape, passer au niveau supérieur, devenir une meilleure version de soi-même, souffle-t-il. Mais quand on échoue sans cesse, on finit par douter de soi. On se demande si l'on parviendra vraiment à percer et à franchir ce cap."
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Alex de Minaur et Flavio Cobolli.
Crédit: Getty Images
Soit je m'améliore, soit je continuerai à voir les mêmes résultats se répéter inlassablement
Il est en plein dedans. Dans le doute. Et ça le rend dingue. "Ça me détruit de l'intérieur, dit-il à propos de cette nouvelle défaite. C'est la réalité. Je consacre énormément de temps à mon métier, et il a fallu d'innombrables années pour vivre des moments comme ceux-ci. Ne pas être à la hauteur, c'est vraiment déchirant. Oui, c'est très dur." Jamais on ne l'avait vu comme ça. D'une certaine manière, il n'a pas vu venir le mur qu'il s'est pris en pleine face mardi : "Nous nous sommes entraînés souvent ensemble et je me sentais très confiant pour ce genre de confrontation. Mais le problème, c'est d'aborder ce match en ayant l'impression de porter le poids du monde sur les épaules. C'est ça le souci : je me mets cette pression tout seul."
Il va couper quelque temps. Il en a besoin. Pour y voir clair et trouver des solutions. "Je ne sais pas trop. Je ne vais pas jouer de tournoi pendant un certain temps. Tout finit par s'accumuler, vous comprenez. Les objectifs, les convictions, les rêves l'on peut avoir... Ils commencent un peu à s'estomper, ou ils semblent un peu plus lointains qu'avant. J'ai l'impression qu'il y a quelques années, j'en étais vraiment plus proche. Maintenant, j'ai juste le sentiment de m'éloigner un peu de mes rêves. Soit je m'améliore, soit je continuerai à voir les mêmes résultats se répéter inlassablement." Changer d'entraîneur ? "Non, ce n'est pas le problème. C'est moi le problème et la façon dont je gère certaines situations."
S'il veut trouver un message d'espoir pour finir, Alex de Minaur peut relire la conférence de presse d'Alexander Zverev l'année dernière à Wimbledon. L'Allemand, sorti dès le premier tour par Arthur Rinderknech, s'était lui aussi épanché en conférence de presse. On sait où cela a fini par le mener. Alors, sait-on jamais. Pour l'heure, le "Demon" De Minaur avait plus l'allure d'un ange perdu et un brin désespéré. "Je veux juste que les choses se concrétisent, pour continuer à garder cet espoir. C'est un sport vraiment, vraiment dur à pratiquer sans le moindre espoir." Puis, bien enfoui, une flamme prête à être ranimée : "Je vais me relever. Je suis un compétiteur, jusqu'au bout des ongles. Alors, je vais me relever et me donner une nouvelle chance."
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