Vendredi 30 juillet. L'équipe de France s'apprête à disputer son troisième match de poule. Battus par les Etats-Unis et l'Argentine, les Bleus ont perdu deux de leurs trois premières rencontres. Tokyo ressemble à Rio. En 2016, la France n'avait pas franchi le cap de cette première phase.
Vient alors la Russie. Un match en forme de déclic. Une victoire en quatre sets. A partir de là, l'équipe de Laurent Tillie n'a plus été la même, malgré une défaite au tie-break lors du dernier match de cette phase initiale. Samedi, huit jours plus tard, Français et Russes vont se retrouver avec le titre olympique en jeu. Sacré chemin, entre petit miracle et résurrection logique.

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"Il y avait beaucoup d'espérance sur ce groupe et cette équipe, juge le consultant d'Eurosport, Laurent Chambertin. Ils ont eu de grosses difficultés à rentrer dans le tournoi, il y avait ce poids de l'événement olympique qui pesait lourd sur leurs épaules. Ils ont réussi à se reconnecter au moment clé." Comme quoi, la frontière entre un échec retentissant et un parcours mémorable tient parfois à très peu de choses.

La fin de la Ngapeth-dépendance ?

Pour l'ancien passeur international, la clé de ce redressement tient à une forme d'équilibre retrouvé. "On avait un déséquilibre, on comptait trop sur Earvin Ngapeth, estime-t-il. Dans les moments chauds, on se tournait uniquement vers lui. Au début du tournoi, il ne s'est pas mis en lumière et avec un petit peu de recul, je pense que c'était un bien. Ça a obligé les autres joueurs à prendre leurs responsabilités. Il y avait un équilibre de leadership à mettre en place. Trevor Clevenot a pris la place. Jean Patry a pris la place. Pour partager le leadership et les responsabilités. C'est ça qui a permis au collectif de repartir sûr de la performance contre les Russes et de se retrouver aujourd'hui à jouer une finale olympique."
Depuis, cette équipe de France transfigurée a tout balayé sur son passage, sortant les favoris polonais en quarts puis laminant en demie l'Argentine qui l'avait pourtant battue lors du premier tour. Du spectre du fiasco, les Bleus sont passés à un problème de riche, celui de la peur de l'euphorie. Mais là encore, Laurent Chambertin ne s'en fait pas trop. Ce groupe a trop de vécu pour tomber dans un tel panneau.

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"L'équipe a de l'expérience et de la lucidité, rassure-t-il. Ces garçons évoluent dans les plus grands clubs, ils ont joué beaucoup de tournois internationaux. Ils ne se contenteront pas de ce qu'ils ont. Bien sûr, il faut savourer et valoriser ce qu'on vient de produire, mais tout de suite se mobiliser vers ce qui nous attend et aller chercher l'or. Le risque de l'autosatisfaction, je ne crois pas que les Français tomberont dans ce piège. Ils savent ce qui les attend, ils savent que les Russes vont vouloir nous mettre des coups sur la tête."
Dès qu'on les joue dans le rapport de force, en règle générale, on perd
Ces Russes, les Bleus les connaissent par cœur et n'hésitent pas à leur coller la pancarte. "Ils sont favoris, et même archi-favoris", jure le passeur Antoine Brizard, avant de glisser, malicieusement : "Mais ça nous arrange bien." Sinusoïdale, parfois imprévisible, l'équipe russe peut devenir injouable quand elle s'appuie sur ses serveurs de plomb et sa toute puissance physique. Tomber dans son jeu, c'est l'assurance d'aller dans le mur pour Laurent Chambertin. "Dès qu'on les joue dans le rapport de force, en règle générale, on perd", précise-t-il.
Sauf que si une équipe possède les armes pour transformer le colosse en géant aux pieds d'argile, c'est bien la France. "On a le jeu pour les battre, selon Chambertin. Ils sont toujours en difficulté contre nous parce qu'on a un style de jeu très spécifique. On fait beaucoup de feintes, on joue beaucoup de blocs-soutiens, on ne va pas dans le rapport de forces que les Russes adorent. Quand on les joue à la roublardise, à la patience, en essayant de faire déjouer, de casser le rythme, ils sont beaucoup plus en difficulté. Ils n'aiment pas le jeu français. On connaît les ingrédients. Maintenant il faut les mettre en place."
Ce ne sera pas simple. Parce que la Russie a changé, sous la houlette de son sélectionneur, Tuomas Sammuelvo. Laurent Chambertin connaît bien l'ancien réceptionneur-attaquant finlandais. "Il a beaucoup baroudé, j'ai joué avec lui en France (à Poitiers, NDLR), c'était un super joueur", explique notre consultant. Pour lui, Sammuelvo est vraiment le facteur X de cette sélection : "C'est une nouvelle donnée et ça m'inquiète un peu. Il n'a pas cette culture russe et il leur apporte une rigueur tactique. Les Russes ont de la discipline mais dans le volley, ils manquaient de rigueur tactique."

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Ça va être une grande bataille
L'autre transformation opérée par le coach Sammuelvo tient à l'état d'esprit de ce groupe, beaucoup moins sujet aux sautes de tension qu'auparavant. "Avant, reprend Laurent Chambertin, dès qu'on les chatouillait, qu'on les faisait déjouer, ils s'énervaient et tombaient rapidement dans la frustration. Ça rendait certains matches assez simples. Maintenant, ils restent batailleurs, focus." Leur demi-finale contre le Brésil a valeur d'exemple à ce titre. Menés 20-12 dans la troisième manche, ils sont revenus de nulle part pour s'imposer 26-24. "Avant, jamais ils n'auraient gagné ce set", pour Chambertin.
Voilà pourquoi le passeur aux 350 capes sous le maillot bleu s'attend à une finale compliquée. "Je la vois difficile, cette finale, dit-il. Ça va être une grande bataille. Je ne pense pas que ce sera un match à sens unique. Le cœur, évidemment, penche pour les Bleus, mais la raison me fait dire que ça va être très difficile de battre les Russes. Contre nous, en poule, ils avaient lâché, mais ils étaient déjà qualifiés. Ils n'étaient pas à 200% pour jouer leur vie. Là, ils vont pousser la machine jusqu'au bout. Donc ça va être très compliqué." Mais l'or et la légende sont à ce prix.
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