"C'est des braqueurs !" Arnaud Josserand peut exulter et emprunter ce surnom affublé à l'équipe de France féminine de basket lors des JO de Londres. Ses hommes ne l'ont pas usurpé. L'adjoint de Laurent Tillie a trouvé un qualificatif parmi les nombreux qui pourraient caractériser les nouveaux champions olympiques de volley. Alors qu'aucune équipe de France n'avait fait mieux que les quarts de finale aux Jeux Olympiques, les champions d'Europe 2015 ont l'or autour du cou après leur finale renversante contre le Comité olympique russe. De 2012 et l'arrivée de Tillie sur le banc à apothéose de Yoyogi ce samedi, on a cru plus d'une fois les Bleus le genou à terre définitivement. Et on s'est à chaque fois trompés.

Tillie : "C'est Disneyland, un conte de fées"

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Car ils reviennent de loin, des bas-fonds même. Quand se qualifier pour un Euro était une gageure au début de la décennie 2010, que tout ou presque était à construire. Avec une nouvelle génération pétrie de talent et la science du coaching de Laurent Tillie, cette équipe de France s'est bâtie à son rythme : foutraque, fait de très hauts, et de bas aussi. Aux Jeux de Rio, elle ne s'était pas extirpée des poules quelques mois après être devenue la meilleure nation du continent pour la première fois. Pour arriver à Tokyo, elle avait dû en passer par un tournoi qualificatif tout proche de virer au fiasco. Sortie des poules par la petite porte (différence particulière de set, après une seule victoire en trois matches), puis par un trou de souris de sa demi-finale (3-2 contre la Slovénie après avoir été mené deux sets à rien) elle était sortie grandie du rendez-vous de Berlin, vainqueur finalement du pays-hôte 3-0 en finale.
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"C'est quand on est dos au mur qu'on s'accroche"
Comptez sur elle et l'ex-Team Yavbou pourrait vous donner quelques sueurs froides. Doutez d'elle et vous prendrez le risque d'être sèchement recadrés. "Personne n'aurait misé sur nous, comme le TQO à Berlin pour se qualifier, personne n'aurait misé sur nous, c'est à ce moment-là qu'on est les plus forts, expliquait Jenia Grebennikov après la finale samedi. C'est quand on est au dos au mur, que c'est dur qu'on s'accroche." A Tokyo, les Bleus auront suivi cette même ligne de conduite parfois déroutante. On les a cru voués au même sort qu'en 2016 après deux défaites lors de leurs trois premiers matches de poule et la nécessité de devoir se farcir la Russie puis le Brésil, leurs deux principaux adversaires à ce stade, pour sauver leur peau. Ce qu'ils ont fait, avec un certain brio.

Deux sets d'avance et un tie-break irrespirable : le film d'un France-Russie inoubliable

Après avoir sorti les champions du monde polonais, rossé les Argentins en demie et pris les deux premiers sets à leurs homologues russes ce samedi, il aurait été facile, et même logique de croire que la voie vers l'or était grande ouverte. Avec un Ngapeth en mode Air'vin, un Jean Patry impeccable, et un Grebennikov à la réception de toutes les ogives adverses, que pouvait-il donc arriver à l'équipe de France ? Un réveil russe et un "coup de barre" (dixit l'attaquant Trevor Clévenot) plus tard, tout était à refaire, les dynamiques complètement inversées. "A 2-2, on s'est dit que cela pouvait être fini dans dix minutes et qu'on pouvait gagner, alors on a mis toute notre énergie dans ce combat" a expliqué Grebennikov.

En bande organisée, personne n'a pu les canaliser

"On est revenus de loin", a volontiers concédé Jean Patry. A 0-3, puis 3-6 dans le 5e set décisif, l'affaire semblait bien compromise. "On gagne les deux premiers sets, puis on pensait que tout était perdu. Mais finalement on s'accroche, on s'accroche comme on fait depuis le début. On sort un bon tie-break, et on le démarre mal, encore." Mais aux tripes, à l'envie, mais aussi grâce à plusieurs erreurs russes, les Tricolores sont revenus dans le coup, une bonne fois pour toutes. Leur grain de folie, à l'image de ce smash en première main lumineux d'Antoine Brizard pour offrir deux balles de match aux siens, a fait le reste. "On arrive à trouver la force avec cette équipe de fous furieux, de dingues" n'en revenait toujours pas Patry après la rencontre.

Filouterie de génie et explosion de joie : comment la France a été sacrée

Dans un plaisir presque sadique pour les palpitants de tous les fans français, cette équipe de France aura trouvé la lumière une fois rendue à la nuit noire. Aux environs de minuit au Japon, et d'une vérification vidéo anti climatique au possible, elle pouvait danser sur "Bande Organisée", un titre qui ne leur sied qu'à moitié, elle la troupe qui manie l'art du contrepied. "C'est un match à l'image de notre compétition, toutes les émotions… Beaucoup de tension mais on s'en est sorti, pouvait lâcher Ngapeth au micro de France Télévisions. Une finale olympique, ça ne pouvait que finir comme ça." Laurent Tillie préfère, lui, voir le dernier chapitre d'un "beau conte de fées". "J'espère que les gars se souviennent du premier entraînement, je leur ai dit 'on rêve des Jeux Olympiques'. Et pour rêver des Jeux Olympiques, il faut y penser tous les jours. C'est miraculeux."
"Finalement, c'est ça la beauté du volley : celui qui perd, c'est celui qui a le doute en dernier, pouvait conclure Ngapeth. Ce soir, c'est les Russes qui ont eu le doute en dernier." Douter au moment de terminer le boulot, pas le genre de ces Bleus-là. Leur breloque en est la plus belle des preuves.
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