24 Heures du Mans 2025 - "Cela m'a pris pas mal d'années" : Kubica, la victoire d'un miraculé

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Une nouvelle victoire sur le destin. Robert Kubica a inscrit son nom au palmarès des 24 Heures du Mans, dimanche, au bout d'une quête qui paraissait désespérée depuis son accident, en 2011. Grièvement blessé lors d'un rallye, revenu en Formule 1 sans être compétitif, il doutait d'obtenir la reconnaissance. Il y est parvenu grâce à une force de caractère exceptionnel.

Haie d'honneur pour Kubica, Ye et Hanson

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6 février 2011 : Robert Kubica entre en "code rouge" à l'hôpital de Pietra Ligure, près de Gênes…. En urgence absolue, pronostic vital engagé. Il s'est vidé de son sang (il lui reste un litre dans le corps) après un accident lors d'un rallye régional - le Ronde di Andora. Autant dire une scène d'horreur : sa Skoda Fabia a pris de face un rail mal boulonné comme un coup de harpon. La barre métallique a traversé le compartiment du moteur et perforé l'habitacle jusqu'à son bras droit figé à 90°. Sauvé de justesse, le Polonais de 26 ans entame un long parcours hospitalier, ponctué d'innombrables opérations pour redonner de la mobilité à son coude bloqué. Une longue confrontation aussi face à lui-même, le passionné de pilotage qui a fait un trait sur la Formule 1 et se demande s'il se remettra un jour au volant d'un bolide en course. Triste réalité, des nerfs sectionnés réduisent à néant sa force dans le bras droit.
"Ce qui s'est passé a été très malheureux, mais j'ai eu beaucoup de chance, a-t-il confié dimanche. J'ai beaucoup travaillé pour clore ce chapitre, cela m'a pris pas mal d'années, non seulement pour me rétablir physiquement, mais aussi mentalement."
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"Mon esprit n'acceptait pas mon bras défaillant"

Sa convalescence a été un secret bien gardé pendant d'interminables mois. Mais la volonté est là. Il remet un pied en Endurance et les deux dans une Lotus F1. Renault, son ancien employeur, garde le souvenir d'un crack, promis à disputer le titre mondial. Au cours d'une simulation complète des trois jours d'un Grand Prix à Valence, il montre une certaine compétitivité. Toutefois pas suffisante pour envisager un retour en Grand Prix.
"L'une des pires périodes de ma vie a été quand mon esprit n'acceptait pas le fait que mon bras était défaillant, explique-t-il, à propos de cette époque. C'était assez difficile à vivre, mais je suis heureux d'avoir atteint mes objectifs personnels. Si je devais dire une chose, un fait marquant ou la meilleure chose que j'ai accomplie dans ma vie - cela n'a rien à voir avec la course-, mais c'est plutôt la bataille que j'ai gagnée avec mon esprit. À l'époque, c'était vraiment difficile".
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Un titre mondial en WRC2

L'idée d'un retour abandonné malgré toute l'estime que lui porte le Losange, Robert Kubica se dit qu'il y a quand même moyen de forcer les portes de la F1. Son sponsor personnel Orlen, par exemple, qui l'installe comme pilote de réserve de Williams. Puis titulaire en 2019 au sein d'une équipe en apnée financière. Une renaissance indispensable et couteuse puisqu'il s'assoit sur sa prime d'assurance touchée pour incapacité permanente à piloter en F1. Les caméras embarquées éludent son handicap, la pudeur est de mise à ce sujet, mais il ne tient malheureusement toujours le volant que d'une main. Et logiquement, sa saison en fond de peloton est sa dernière parmi l'élite. Même s'il se paie quelques séances d'essais chez Alfa Romeo l'année suivante.
Reconverti en rallye, une passion plus grande que le circuit, le vainqueur du Grand Prix du Canada 2007 devient champion du monde de WRC2 en 2013, mais cale ensuite dans la catégorie ultime à coup de sorties de route.
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Robert Kubica (Ford) au Rallye de France 2015

Crédit: Getty Images

Le Mans 2025, une victoire parmi d'autres

Son retour à la piste passera donc par une petite catégorie de l'Endurance, en 2021, avant de saisir l'opportunité d'un volant en Hypercar chez AF Corse, qui engage une troisième 499P en Mondial à partir de 2024.
C'est ainsi que, dimanche, il a remporté la classique mancelle pour sa deuxième apparition au volant d'une "rossa". Sans verser dans l'euphorie. Le Mans 2025 est l'une de ses plus grandes victoires, pas forcément la plus grande ; ce que l'on comprend bien. La souffrance et le doute l'ont marqué à jamais et chaque victoire a été une étape de la reconstruction.

"Je suis tombé amoureux du Mans"

Ce qu'il a ressenti dimanche ? "Probablement exactement la même chose que quand je suis devenu le premier Polonais à gagner une course de F1, champion du monde de rallye WRC2 et d'autres courses et championnats encore, a-t-il assuré. Honnêtement, je pense que c'est un grand jour pour moi. Nous pouvons maintenant ajouter la Pologne comme pays vainqueur du Mans, d'une certaine manière. C'est aussi une façon de remercier mes fans qui m'ont accompagné dans les bons et les mauvais moments de ma vie et de ma carrière".
"Quand je suis venu ici pour la première fois, j'avais 35 ans, j'avais disputé beaucoup de catégories et c'est devenu quelque chose de normal - mais Le Mans, qui est un événement unique et un défi unique, m'a donné le sentiment d'aller vers quelque chose que je ne connaissais pas, je ne savais pas à quoi m'attendre, a-t-il ajouté. Ça m'a ramené à l'époque du karting, où tout se passait pour la première fois. J'ai adoré ce sentiment et je dois dire que je suis tombé amoureux du Mans... même si j'ai dit en 2021 (lors de sa première aux 24 Heures) à mon coéquipier que si je gagnais, je ne reviendrais jamais". On espère qu'il changera d'avis.
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