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"Ma façon de piloter"
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Publié 11/03/2004 à 17:45 GMT+1
Dans le troisième volet du long entretien qu'il nous a accordé, Sébastien Loeb explique sa manière d'aborder les rallyes, de passer à l'attaque et plus généralement de conduire sa Citroën Xsara WRC. "Je ne suis pas du genre à tenter n'importe quoi", "je
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Crédit: Eurosport
Vos victoires sont toutes construites de la même manière : montée en puissance prudente le vendredi, attaque le samedi et contrôle de la situation le dimanche...
Sébastien Loeb : En fait, le premier jour, je roule à ma main. J'essaie quand même de ne pas faire d'erreur. On voit au fur et à mesure, avec l'expérience des rallyes, qu'il y en a qui partent très vite et qui finissent par faire des erreurs, par avoir des problèmes, et finalement on se dit "Merde, si on n'avait pas abandonné parce qu'on a fait une connerie, on pourrait largement avoir gagné le rallye !" Je pars un peu dans cet esprit là, de jauger le niveau des autres, d'essayer de rester sur la route, de prendre le feeling avoir la voiture pour être vraiment en confiance. A partir du moment où je suis vraiment bien dedans, je peux me libérer et aller très vite sans forcément prendre énormément de risques. J'attends cette osmose avec la voiture pour me libérer. Après, si j'ai réussi à creuser l'écart, je me permets de le gérer. Et s'il faut se battre jusqu'au bout, je me bas jusqu'au bout.
Comment vivez-vous cette guerre psychologique avec les autres pilotes ?
S.B. : Je ne suis pas trop du genre à jouer, à faire une guerre psychologique avec les autres. Il y en a qui s'amusent à mettre une petite pression, à faire un peu d'intox...(petit sourire) C'est jamais très méchant, ça va jamais très loin. Je me contente d'attaquer et d'essayer de faire la différence dans les spéciales.
Prenez-vous parfois des risques et si oui comment allez-vous à la limite ?
S.B. : On est souvent à la limite, c'est le but. Mais c'est une limite contrôlée. On recherche toujours la limite. Je ne suis pas personnellement du genre à tenter n'importe quoi, à me dire "On va essayer de passer à fond et on va gagner une seconde si ça marche". C'est pas du tout ma philosophie. Je suis plutôt du genre à calculer ce que je fais, et c'est pour cela qu'il faut que je sois en osmose avec la voiture et que je me sente très bien pour aller très vite et me libérer totalement. Dans ces moments là, je n'ai pas l'impression de prendre des risques. Il y a des moments où, forcément, on se lâche un peu plus et on prend un peu plus de risques dans certaines situations. Mais c'est quand même assez rare.
Qu'est-ce que vos a apporté la gymnastique que vous avez prétaiquée étant jeune ?
S.B. : Physiquement, ça m'a préparé un peu, donné une bonne base musculaire à entretenir maintenant. Mentalement, le fait d'avoir fait de la gym étant jeune, en championnat de France, face à cinq ou six juges, sachant que le championnat allait se jouer, me mettait une énorme pression. Le fait d'avoir vécu ça pendant mes années de gym m'aide, peut-être, aujourd'hui à garder mes moyens quand je suis sous pression, et à gérer le stress.
Le directeur technique de Citroën (Jean-Claude Vaucard) vous considère que vous êtes l'un des rares à avoir un pilotage parfaitement adapté au WRC...
S.B. : Cela m'est venu avec l'expérience des deux ou trois dernières années. Au début, quand je suis monté dans une WRC, je me suis dit "Il faut glisser dans tous les sens". On voyait des images à la télé où ils étaient tout le temps en travers et en fait, je me suis rendu compte en roulant qu'il ne fallait pas du tout glisser, à commencer sur l'asphalte. Et même sur la terre en fait, j'essaie de rouler très propre, d'avoir des trajectoires bien tendues mais pas beaucoup de dérives pour ré-accélérer droit, sortir en ligne. Quitte à sacrifier l'entrée pour sortir le plus vite possible. Je pense que c'est actuellement ce qui paie.
Burns, McRae, Mäkinen, Auriol ont quitté le WRC pour diverses raisons... Voyez-vous cela comme un affaiblissement de la discipline ou un renouvellement qui devait arriver tôt ou tard ?
S.B. : Je pense qu'il faut effectivement un renouvellement, tôt ou tard. C'est vrai que cette année, ça fait un gros changement parce que Mäkinen prend sa retraite, McRae s'est retrouvé bloqué par la limitation des voitures, le fait qu'il n'y ait plus que deux voitures engagées. Auriol a pris sa retraite, Burns a des soucis de santé. Ça fait quatre grands noms qui partent d'un coup. C'est peut-être un peu trop, je pense, sur le moment. Quelque part, il fallait s'attendre à ce qu'il y ait un renouvellement.
Le titre mondial serait-il un accomplissement ou recherchez-vous quelque chose d'autre, une reconnaissance particulière ?
S.B. : Aujourd'hui, je ne pense pas plus loin que le titre. Aujourd'hui, l'objectif est le titre mondial mais dans trois semaines l'objectif sera de gagner au Mexique en essayant d'éviter de penser plus loin car il reste 14 courses. Je pense qu'un championnat se construit au fur et à mesure. Il faut essayer de donner le meilleur de soi même à course, de bien se concentrer à chaque moment. Pour l'instant, l'objectif est donc de gagner le Mexique et le titre en fin d'année. Après ? Non, je ne recherche pas plus pour l'instant.
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