Une fin indécise

Une fin indécise
Par Eurosport

Le 06/10/2011 à 14:36Mis à jour Le 06/10/2011 à 15:20

Citroën se présentera au départ des deux derniers rallyes 2011 avec plus de certitudes que Ford. La même volonté affichée de jouer l'unité avec Sébastien Loeb et Sébastien Ogier face à Mikko Hirvonen et Jari-Matti Latvala. Mais jusqu'à quand ?

Mondial : 1-Loeb 196 points et 4 victoires, 2-Hirvonen 196 points et 2 victoires, 3-Ogier 193 points et 5 victoires

Citroën dans l'expectative, Ford sûr de son plan

Olivier Quesnel, directeur de Citroën WRT, a rappelé dès l'abandon de la DS3 n°1 en Alsace que Sébastien Loeb gardait la priorité pour marquer le plus de points dans les dernières épreuves de la saison. Un principe qui peut être révisé et même oublié en fonction des circonstances. Chez Ford, c'est gravé dans le marbre : Hirvonen peut compter sur l'indéfectible soutien de Latvala, sans état d'âme puisque hors-jeu dans la course au titre.

Loeb sans filet

"Seb a utilisé son dernier joker, il n'a plus de droit à l'erreur", pouvait-on entendre chez Citroën, à Strasbourg. Qu'adviendrait-il si le septuple champion perdait deux minutes en Catalogne, sur un incident quelconque ? Avec Ogier au pouvoir et des voitures intercalées (la Mini de Sordo, la Citroën de Solberg, la Ford de Latvala), il ne pourrait plus revendiquer l'appui de son équipe et quitterai la péninsule ibérique destitué de la 1re place au championnat. Le titre Constructeurs probablement en poche, Citroën pourrait difficilement demander à Ogier de conduire le coude à la portière au pays de Galles.

Ogier, un esprit indépendant

Après une saison seulement dans le team officiel, Ogier est capable de trancher, contre une partie de son équipe. La marque d'une maturité technique de plus en plus grande, et de choix qui peuvent perturber Loeb, puisque Seb 2 peut à tout moment adopter une variante de set-up plus performante. En Alsace, il a tranché lui-même sur la question des pneus. Des "dur" le dimanche matin moins facile à monter en température que les "tendre" de Sordo. La courbe de performance s'est péniblement inversée dans la seconde boucle. Un risque qui est était réellement un au bout du compte, et qu'il a totalement assumé. "Franchement, les avis étaient partagés dans l'équipe. Finalement, on a pris cette décision. A posteriori ce n'était pas forcément la bonne", a-t-il dit.

Hirvonen encore attentiste ?

Nous avons posé la question à Hirvo : "Est-ce que l'objectif ne sera pas juste de survivre en Catalogne pour arriver au pays de Galles avec une chance de titre ?" Après plusieurs secondes, la réponse n'était pas très convaincante : "Heu si, je vais attaquer en Catalogne…" La première journée, il tiendra sûrement sa promesse, puisque l'étape 1 sera courue sur terre. Mais les 3 points récupérés suite à la disqualification de Petter Solberg ont eu pour conséquence de le remonter de 3e à 2e dans l'ordre de passage sur la route, le 20 octobre. L'affaire sera donc moins intéressante que l'an passée. Et la suite s'annonce difficile. Inexistant en Allemagne, il a piloté "au milieu de la route" entre Strasbourg et Mulhouse, obsédé par l'idée de finir. Une erreur ? Sûrement. Avec le même set-up - suspensions dures et hauteur de caisse rabaissée - Latvala a claqué des temps. Hirvonen s'est plaint d'un manque de feeling sur l'asphalte. Il n'a jamais attaqué, au point de se faire taxer plusieurs fois par le "client" Dennis Kuipers. Comment retrouverait-il spontanément le feeling en Espagne ?

Un numéro de Latvala ?

"Fantasque", "incontrôlable" sont les adjectifs qui reviennent le plus souvent chez Ford pour définir Jari-Matti Latvala. Victime de son tempérament de feu, JML s'avoue surtout incorrigible. "Je vais attaquer. Sur le bitume, la voiture est presque là où nous voulons. Oui, l'objectif sera de pousser Loeb et Ogier", prévient-il. "Oui, j'espère bien qu'il mettra les Seb sous pression en Catalogne et au RAC", lance Malcolm Wilson. Néanmoins, on n'imagine ni Loeb ni Ogier tomber dans le panneau. Quesnel est là pour y veiller : "Nous ne nous tromperons pas d'adversaire. Celui qu'il faut devancer, c'est Hirvonen."

Mini mais maousse

"Au départ de 'Grand ballon 2' (ES16, samedi), Dani [Sordo] nous a mis une seconde dans la montée ! Ils n'ont pas la réputation d'avoir un moteur extraordinaire et c'est peut-être une erreur de penser ça", remarquait Ogier, à l'arrivée du Rallye de France. Prodrive a bénéficie de l'expertise de BMW dans le développement du moteur de la John Cooper mais les évolutions n'arrivent plus, faute de budget. En France, l'auto de Banbury était dans sa version des Rallyes d'Allemagne et d'Australie. Et Mini a partagé la seule journée de test pré-Alsace entre Sordo et Meeke. Une certitude : la Mini sera dans le coup en Espagne.

Sordo plus que challenger

"C'était de la grosse attaque de la part de Dani. Attaquer, attaquer, attaquer était le plan jusqu'à la fin. Nous ne sommes pas là pour faire de la figuration", a expliqué David Richards, en Alsace. Le boss britannique de Prodrive, qui préparait autrefois les Subaru, n'a plus gagné depuis en WRC 2005, et Sordo jamais gagné tout court. Sur son terrain, l'Espagnol a toujours brillé plus que nulle part ailleurs. 17 fois 2e en Mondial, dauphin catalan de Loeb en 2006, 2007, 2008 et 2009, le Cantabre est persuadé que son heure est venue. "On n'avait plus le choix, le père Sordo roulait à Mach 2", a confié Julien Ingrassia, co-pilote de Sébastien Ogier. "Sur la globalité des spéciales, il roulait très vite partout. Il n'avait rien à perdre : c'était devant ou dehors. De notre côté, nous avions la consigne extrême de rentrer". Le scenario pourrait bien se reproduire.

Impondérables

Crevaisons multiples en Allemagne, en roulant simplement sur des pierres ; une seule déconvenue de ce genre parmi les gros bras (Solberg) en France. Verra-t-on la lutte pour le titre basculer sur un coup de malchance ? Latvala est affirmatif : "D'une année sur l'autre, nous coupons de moins en moins dans les virages. Les risques de crevaisons sont bien moins élevés que sur d'autres rallyes. Ce n'est plus si terrible qu'avant." Ogier acquiesce : "Il y a de moins en moins de cordes. C'est de plus en plus typé circuit."

Finale en Grande Bretagne

C'est toujours ainsi : le n°1 mondial attaque l'avant dernière manche d'un championnat avec une chance d'être titré à la fin de l'épreuve. Pour en arriver là, il faudrait que Loeb gagne le rallye et la power stage, qu'Hirvonen ne marque pas et qu'Ogier n'en inscrive pas plus de deux. Selon toute vraisemblance, le dénouement interviendra en Grande Bretagne. Elena n'a jamais perdu l'équipage dans le brouillard, et Loeb ne s'est jamais embourbé. L'as alsacien, qui reste sur trois victoires, aura l'indéniable avantage des expériences décisives de 2007 et de 2009. Hirvonen sera presque sur son terrain préféré, en dehors de la Finlande, et est bien parti pour mettre la pression jusqu'au bout, comme en 2009 lorsqu'il avait marqué partout. Ogier est sceptique sur l'échéance : "On a souvent bien roulé en Espagne mais on n'a jamais su concrétiser en Grande Bretagne."

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