Ford WRT

Loriaux : "Mikko a eu de l'orgueil"

Loriaux : "Mikko a eu de l'orgueil"
Par Eurosport

Le 26/10/2009 à 16:44Mis à jour

Christian Loriaux, directeur technique de Ford WRT, relève la classe de Mikko Hirvonen, qui a magnifié le 6e titre de Sébastien Loeb en lui livrant un duel fair-play. Et en assumant avec orgueil sa frustrante défaite. "Il a encore été gracieux", dit-il.

Christian Loriaux : C'est vrai que ça peut arriver, mais là c'est survenu au mauvais moment. Ça a mis fin à une bagarre qui était un peu relancé vu que Mikko avait repris 11.2 sec sur la spéciale précédente. C'est frustrant. De toute façon, Sébastien avait frappé très fort dans les deux spéciales courtes de samedi matin (ES8 et ES9), en lui prenant plus de 20 secondes. Ça nous avait fait un gros coup. Dimanche matin, Mikko avait repris du poil de la bête, en regagnant 11 secondes. Avant les deux dernières spéciales, il y avait 18.2 sec à reprendre sur Sébastien, ce qui était très gros. Mikko espérait attaquer la dernière avec 13 secondes de retard sur cette spéciale très piégeuse.

Avez-vous compris pourquoi le capot s'était ouvert ?

C.L. : Non. C'est un problème un peu bizarre. Il n'y a pas eu de faute, l'attache était bien fermée. Elle s'est décrochée à la réception d'un saut. On n'en saura jamais plus.

Personne n'est sûr d'être performant au RAC. Jari-Matti Latvala avait livré un duel acharné à Sébastien Loeb l'an dernier et ne s'est jamais trouvé ce week-end. Mikko avait gagné en 2007 mais il lui a manqué un quelque chose cette année ...

C.L. : Vendredi, il était bien, en confiance. On savait qu'on allait voir d'entrée de jeu si ça pouvait le faire. Sébastien ne l'a pas fait disparaître, on était content. Et puis, dans l'ES8 et l'ES9, tout a basculé. Sébastien était énervé car Mikko venait de lui prendre 3 secondes et il avait décidé de jouer le tout pour le tout. Sébastien a attaqué très fort et l'a un peu tué moralement. Ça a créé le doute, et Mikko a pensé qu'il y avait un problème sur sa voiture. Il était rentré au parc d'assistance vendredi soir avec un souci d'arbre de transmission, mais ça ne l'avait pas handicapé au niveau du chrono, ou très peu. Mais il doutait.

Malgré ce coup au moral samedi matin, Mikko a eu la ressource de modifier sa hauteur de caisse pour à nouveau remporter la première spéciale de la seconde boucle et concéder moins sur Sébastien dans les deux suivantes.

C.L. : Quand il est reparti du service samedi midi, après qu'on lui a dit qu'il n'y avait aucun problème sur la voiture, il était quand même très démoralisé. Il a effectivement moins perdu sur Sébastien dans la 11 et la 12.

Malgré son immense déconvenue, il a gardé la 2e place face à Dani Sordo, revenu à 0.9 sec avant le dernier chrono ...

C.L. : Oui, ça a impressionné beaucoup de gens. Il a eu l'orgueil et le courage de se battre pour la 2e place. Mikko reste honnête dans la défaite, positif. Il a encore été gracieux. Ça fait vraiment partie de sa personnalité et de celle des grands champions.

Seb et Mikko s'apprécient mutuellement...

C.L. : Sébastien est venu remercier Mikko à la fin, en lui disant qu'il avait vécu cette saison sa bagarre la plus dure. C'a a été très apprécié de la part de Mikko. Sébastien a eu un geste charmant.

Sébastien avait estimé plus tôt cette saison que Mikko était devenu plus fort que Marcus Grönholm. Aussi rapide, mais beaucoup plus constant, fiable. Sans commettre de grosses erreurs ...

C.L. : C'est pour ça que je suis déçu pour Mikko. Il n'a fait aucune erreur cette année. Il a perdu des points à cause de nous. Sans rien vouloir enlever à Sébastien, qui a quand même commis deux-trois erreurs.

Ça s'est joué à un point. Regrettez-vous d'avoir laissé Jari-Matti Latvala gagner en Italie devant Mikko ?

Vous relativisez donc cette notion de chance et de malchance.

C.L. : Je ne considère jamais que quelqu'un gagne par chance, et encore moins qu'il est champion du monde par chance. Par contre, c'est difficile pour Mikko, comparativement à Sébastien, car il ne bénéficie pas du soutien d'un deuxième pilote. Mikko doit tout faire dans l'équipe car Jari-Matti n'assume jamais sa position, n'aide jamais Mikko, n'aide jamais l'équipe (ndlr : en s'intercalant entre les leaders de Ford et Citroën comme l'a fait Sordo en Espagne). Il a une grosse contrainte que Sébastien n'a pas.

On oublie aussi que Mikko n'a que 29 ans, et que Marcus Grönholm a remporté son premier titre à 32 ans ...

C.L. : Quand Marcus a pris sa retraite, on a entendu dire "Ford ne va pas gagner un rallye pendant les deux prochaines années. Hirvonen ne battra jamais Loeb." D'entrée, Mikko est monté d'un cran et a prouvé le contraire. Et effectivement, dimanche soir Mikko a repensé au stade où il en est dans sa carrière, et a compris ça. Il nous a dit : "Ce n'est pas grave. On remettra ça l'an prochain." Il veut être champion du monde avant que Sébastien ne se retire. A la limite, je pense qu'il accepte d'être battu par un grand champion sachant qu'il peut encore décrocher un titre contre Sébastien, plutôt qu'être couronné après contre un pilote peu connu.

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