Coup de froid sur Citroën

Coup de froid sur Citroën
Par Eurosport

Le 14/02/2010 à 17:46Mis à jour

Olivier Quesnel, le directeur de Citroën WRT, conçoit la suprématie de Mikko Hirvonen (Ford) sur Sébastien Loeb mais n'accepte pas l'erreur qui a poussé Dani Sordo à s'incliner face à Jari-Matti Latvala pour la 3e place. Le fait est que l'équipe Citroën a trouvé plus forte qu'elle en Suède.

C'est une sensation étrange de voir le Citroën World Rally Team battu à la régulière à l'attaque d'une saison de WRC. En fait, cela n'était jamais arrivé. En 2002, la défaite de Sébastien Loeb à Monte Carlo était passée par l'injustice d'un déclassement venue d'une dénonciation de l'équipe officielle Subaru. En 2006, l'as français s'était encore contenté de la 2e position mais il courait sous bannière Kronos Racing.

Ce week-end, ce fut une autre bizarrerie de voir le plus grand rallyman de tous les temps pris à son propre jeu, celui de la gestion la plus avisée des pneumatiques. Une réalité entérinée dans une confidence au "point stop" de l'ES18, dimanche : "J'ai décidé d'arrêter la bagarre. Mikko va très vite, il ne fait aucune erreur." A bloc sur les 21,87 km de la spéciale précédente, le n°1 mondial de 2004-2009 venait de reprendre 0.2 sec au pilote de la Focus n°3. Un flocon sur le manteau blanc des 16.4 sec à effacer en quatre spéciales ; un défi impossible, du moins déraisonnable.

En léger déficit dans le domaine de l'exploitation sur un parcours rendu parfois abrasif par la terre, le champion n'avait pas concepté samedi après-midi le renouvellement de ses gommes à l'apprcohe de l'ES14, de peur d'en souffrir dans l'ES15 et d'être carrément à court de piquants dans l'ES16. Fragile leader, Mikko Hirvonen (Ford WRT) avait eu ce culot. Un panache récompensé par des gains de 8.9 sec et 8.7 sec contre une perte de 6.4 sec dans la superspéciale (1,87 km) de clôture de l'étape 2.

Il faut le redire, Citroën et Loeb n'ont pas eu cette maîtrise qu'il leur appartient souvent. Mais on n'apprendra pas à l'Alsacien à compter, ni à se prendre pour quelqu'un d'autre. Et s'il a gagné en Suède (2004), en Norvège (2007) et en Finlande (2008), ces performances doivent rester au rang d'authentiques exploits. Fort à propos, il l'a souligné dimanche : "Je ne m'estimais pas comme favori sur cette épreuve et je suis tombé sur un adversaire qui a fait une course parfaite. C'est bien de commencer la saison en marquant de gros points." En vertu du nouveau barème, le voilà à la tête de 18 points contre 25 au Finlandais.

" Mikko peut maintenant battre le meilleur pilote du monde"

Plus encore, Citroën s'est incliné sans contorsion adverse même si la question a été d'actualité : vendredi après-midi, Malcolm Wilson, directeur de Ford WRT, a discuté avec Mikko Hirvonen de l'opportunité de redonner la place de leader à Sébastien Loeb pour rouler encore en deuxième position samedi. Le Finlandais a jugé le stratagème inutile, l'avantage non avéré. Il fonça donc, tête baissée, et ne relâcha la pression que dans l'ES20, une fois la certitude acquise que Loeb ne bluffait pas. Ce volontarisme l'honora. "Après avoir perdu le titre d'un point l'an dernier, je savais que je devais gagner plutôt que de courir à chaque fois pour de gros points. J'ai essayé d'être plus agressif dès le départ dans tous les aspects de ma performance. Ce fut une décision courageuse samedi de changer les pneus, ça a payé ; ce genre de décision fait la différence entre gagner et perdre. Ce fut un rude rallye pour les pneus sur cette terre apparente et vous ne pouvez pas imaginer à quel point j'étais nerveux dans la dernière spéciale (ES16, 23,41 km)", a-t-il avoué. "J'ai une année de plus d'expérience en termes de bagarre pour le titre et je pense que ça s'est vu ici."

Lassé de subir, peut-être même décomplexé après deux échecs mondiaux, "Hirvo" paraît mieux préparé que jamais pour le titre. Et il serait malvenu de lui le reprocher : si à 29 ans il attaque pour la première fois une campagne en leader du Mondial, son illustre prédécesseur au poste, Marcus Grönholm, n'était à son âge qu'un quasi inconnu. Bref, il faut du temps pour construire un champion, et Malcolm Wilson l'a redit dans sa déclaration dominicale : "Le pilotage déployé par Mikko dans le second passage samedi a été de loin sa meilleure performance dans le sens qu'il a géré sa journée et en même temps ses pneus. Il a mis toute son expérience au service d'une bonne utilisation de ses pneus. Il a notablement progressé ces dernières années au point de pouvoir maintenant battre le meilleur pilote du monde."

Dans cette histoire, Olivier Quesnel est plus contrarié par la 4e place de Dani Sordo, rangé samedi derrière l'impeccable Jari-Matti Latvala (Ford WRT) à cause d'un oubli de son copilote Marc Marti. Dans l'ES15, le pilote espagnol avait du stopper pour permettre à son navigateur de retirer une protection anti-neige sur la calandre, perdant une minute et toute chance de podium. Le moteur qui a surchauffé devra servir en Jordanie et Nouvelle-Zélande… Sordo a détesté et ne s'est pas privé de pointer le coupable. En fin de contrat, le Cantabre voit comme tout le monde que Sébastien Ogier, débutant et superbe 5e, progresse à pas de géant... A l'instant de ce couac à bord de la C4 n°2, Loeb venait juste de subir la loi de Hirvonen et Quesnel, qui sait que le titre Constructeurs dépendra des duels Loeb/Hirvonen et Sordo/Latvala, n'a pas apprécié le gâchis. Surtout à l'endroit d'un Sordo sensationnel vendredi. "C'est une erreur, et pour vous avouer, j'étais furieux", a clamé le patron de Satory sur les ondes de radio WRC, dimanche matin. Avant de se faire plus précis : "Nous sommes en championnat du monde, nous sommes l'équipe Citroën, et ça fait de nombreuses années que Marc est co-pilote en Mondial (il a dirigé Carlos Sainz). Il faut oublier ça. Mais si ça se reproduit, il se passera quelque chose…" Prêt à sacrifier un élément, Quesnel n'avait jamais sensibilisé ses troupes de la sorte. L'ultimatum est à la hauteur du danger que Ford fait planer.

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