Football - Ligue 1
22/07/2009 - 15:45Thil : "Un challenge difficile"
Promu surprise, Boulogne-sur-Mer s'apprête à vivre sa première saison en Ligue 1. Si le challenge s'annonce difficile, Grégory Thil croit au maintien si le club reste fidèle à ses valeurs. Meilleur buteur en National puis en L2, l'attaquant sait aussi qu'il sera l'une des clefs pour relever ce défi.
GREGORY THIL, il y a seulement trois ans, Boulogne-sur-Mer était encore en National. Que représente cette montée en Ligue 1 ?
G.T. : Le premier match de Boulogne en Ligue 1 sera historique. On était en National il y a trois ans, en CFA il y a quatre-cinq ans donc c'est une énorme progression sportive. Il y a eu beaucoup de joie et d'émotion au soir de la montée face à Amiens, le match qui nous a permis d'accéder à la Ligue 1. Maintenant, on y est. Il va falloir beaucoup travailler. C'est évident qu'on n'a pas le plus gros budget, on est même le plus petit donc on n'a pas les mêmes moyens que les autres clubs. Mais on va s'appuyer sur ce qui a fait notre force depuis plusieurs saisons, à savoir un groupe, un état d'esprit irréprochable, des valeurs, beaucoup d'abnégation, de solidarité. On a recruté un petit peu, notamment Frédéric Da Rocha qui a beaucoup d'expérience en Ligue 1. Il y a aussi un nouveau coach. Il faut se réadapter, c'est différent. On prend tous nos marques pour être prêts.
Le club était-il prêt à monter aussi vite parmi l'élite ?
G.T. : On ne peut pas dire que ça vient trop tôt. Quand on a une opportunité de monter en Ligue 1 qui se présente, il faut la saisir. Si nous n'étions pas monté, peut-être que le club n'aurait plus eu une telle occasion, même dans dix ou vingt ans. Il ne faut pas avoir de regrets à ce niveau-là. Il faut vivre pleinement cette saison en Ligue 1. Pour nous, ce n'est que du bonus d'être là. Après, il ne faut pas être là en spectateur pour regarder. On est là avant tout pour se maintenir. C'est l'objectif du club. Cela dit, c'est vrai qu'il y a un petit déficit au niveau des infrastructures du club mais ça évolue. On a eu un centre technique au niveau des pros il y a deux ans, on vient d'avoir un terrain synthétique, il y a une salle de musculation, une salle vidéo... des équipements d'un bon club pro. Après, il va nous manquer l'outil indispensable qui est le stade mais il faut le temps que ça se fasse. Ce sera fait pour 2012-2013. En attendant, le stade de la Libération va être rénové, il va être porté à capacité pour la Ligue 1, c'est-à-dire 15.000 places. Le nouveau stade, ce sera un moteur, c'est ce qui fera bouger tout le reste mais on a quand même des équipements dignes d'un bon club pro.
Maintenant que vous êtes en Ligue 1, l'objectif va être d'y rester...
G.T. : Je ne vois pas d'autre objectif que celui-ci. Quand tu es un compétiteur et que tu ne peux plus monter de division, le but est d'y rester. Le but, ce n'est pas de rester un an, de regarder les équipes, demander des autographes, échanger des maillots puis repartir en Ligue 2. On sait que c'est un challenge difficile mais c'est hyper-intéressant. C'est une belle expérience à vivre. Il va falloir beaucoup de détermination, beaucoup d'ambition dans le jeu mais aussi d'humilité. Mais on connaît ça à Boulogne. Ce sont des valeurs qu'on a l'habitude de cultiver. Il ne faudra surtout pas les perdre car, si on les perd, on est morts. On va prendre des claques car on a moins de talent que les autres. Il va falloir qu'on s'appuie sur d'autres valeurs pour faire la différence. Après, ce sont de beaux discours mais c'est le terrain qui le dira.
Quelle sera la clef de la réussite ?
G.T. : Il va falloir gagner des matches et surtout bien débuter. Je pense que le début de saison va être primordial, ça va nous lancer. A Boulogne, à chaque fois qu'on a bien commencé, on a vécu une bonne saison. En Ligue 1, il faut encore moins prendre du retard à l'allumage et au contraire entrer tout de suite dans le vif du sujet. Donc il faudra être prêt dès le déplacement à Rennes. Dans notre équipe, il y a très peu de joueurs qui ont connu la Ligue 1. Il va falloir se mettre à niveau. Ça demandera peut-être un temps d'adaptation. Il faudra qu'il soit le plus court possible.
La lourde défaite contre Lille en match amical (3-0) vous a-t-elle montré le fossé entre la Ligue 2 et la Ligue 1 ?
G.T. : Pour moi, ça reste une rencontre de préparation. C'est difficile de nous juger sur ce match. Lille est une très bonne équipe qui est une pointure en Ligue 1 depuis quatre ou cinq ans. Ce sont des joueurs qui se connaissent depuis plusieurs saisons, qui étaient plus avancés dans leur préparation puisqu'ils vont jouer l'Europa League. De notre côté, on a connu davantage une préparation foncières sur les premières semaines. On avait l'impression d'être un diesel et eux un turbo. Bien sûr, Lille est une meilleure équipe mais, malgré cela, je pense qu'on n'était pas au niveau. On a été un ton en-dessous. Et on est encore en rodage. Il y a des nouveaux joueurs qui arrivent, il y a un nouveau coach, des nouveaux systèmes qui se mettent en place. Il faut trouver des automatismes, prendre ses repères. Ça demande un peu de temps. Mais je ne suis pas inquiet après cette défaite. L'an passé, nous avions encaissé un 4-1 face à Valenciennes et cela ne nous avait pas empêché de bien débuter la saison. Après, il faut en tirer des enseignements. Ça nous montre qu'il y a encore du boulot.
Avez-vous vraiment promis un voyage à Tahiti à vos coéquipiers en cas de maintien ?
G.T. : (Il rit) Non, non. C'est la presse qui a spéculé là-dessus. On a parlé d'un éventuel retour à Ibiza mais jamais de Tahiti (Grégory Thil avait promis à ses coéquipiers un voyage à Ibiza en cas de montée, ndlr). Je pense qu'on a dit ça parce que, apparemment, c'est un super challenge de voir Boulogne se maintenir la saison prochaine. Ce serait utopique. En gros, si on se maintenait, ce serait un miracle. Mais on n'a jamais parlé de partir à Tahiti. On s'est bien amusé à Ibiza mais, désormais, la saison démarre et je serais ravi de repartir en voyage avec les coéquipiers si on reste en Ligue 1.
Etes-vous touché par le scepticisme qui entoure votre montée ?
G.T. : C'est peut-être une source de motivation mais ça n'est pas ce qui nous motive le plus. Vous savez, à Boulogne, il y a toujours eu du scepticisme autour de nous. L'année dernière, personne ne nous voyait monter en Ligue 1 mais on est montés. En National, c'était la même chose. Cette fois, tout le monde voit déjà une équipe en Ligue 2 la saison prochaine, c'est Boulogne-sur-Mer. Et bien on verra. On n'est pas les meilleurs, on ne possède pas les meilleurs joueurs, on a le moins d'argent mais on va s'appuyer sur d'autres valeurs pour faire la différence. Il faut qu'on se batte les uns pour les autres et surtout qu'on ne s'enflamme pas car, en Ligue 1, on parle vite de toi si tu fais un ou deux bons matches donc il va falloir garder les pieds sur terre et se rappeler d'où l'on vient. Ce sera important de garder ça en tête. On a un bon groupe et il faut le préserver car c'est ce qui a fait notre force.
Avez-vous été surpris par le départ de votre entraîneur Philippe Montanier, parti à Valenciennes ?
G.T. : Non, je n'ai pas été déçu. Il faut se mettre à sa place. C'est vrai qu'il aurait pu continuer l'aventure avec nous. Il y a une certaine incompréhension de la part des supporters et certaines personnes proches du club parce que ça s'est fait rapidement, c'est normal. Il y a eu un peu de surprise. Mais c'est un coach qui a beaucoup apporté à Boulogne depuis quatre-cinq ans. Il a peut-être estimé qu'il était temps pour lui de partir et qu'il avait besoin d'un nouveau challenge. Il faut respecter cela et ne pas vivre dans le passé. Il a super projet à Valenciennes avec un nouveau stade et un centre d'entraînement, un club qui est en Ligue 1 depuis plusieurs saisons... c'est sûr que c'est tentant. Maintenant, il faut le remercier pour tout ce qu'il nous a apporté mais c'est fini. Désormais, c'est Laurent Guyot qui entraîne Boulogne-sur-Mer.
Et vous, vous avez également dû être sollicité. Vous n'avez jamais pensé à partir ?
G.T. : Non parce que j'en avais déjà parlé avec mes coéquipiers et on avait tous envie de continuer l'aventure ensemble. J'avais fait le choix de continuer en Ligue 1 avec ce club. J'y suis depuis cinq ans, on est montés successivement de National en Ligue 2 puis de Ligue 2 en Ligue 1... Je voulais découvrir la Ligue 1 avec mon club parce que Boulogne, c'est devenu mon club. Je voulais vivre cette aventure avec tout le monde. Aujourd'hui, on est tous contents. Il y a beaucoup de joueurs de la saison dernière qui ont prolongé. Au moins une dizaine, surtout des joueurs cadres qui ont vraiment participé à la montée. C'est bien que quasiment tout le monde soit encore là. Ça permet de faire la transition. Même si le coach s'en va, il faut essayer de perpétuer l'esprit boulonnais.
Si toutefois Boulogne-sur-Mer n'était pas monté en Ligue 1, vous auriez pu partir ?
G.T. : Ah oui ! Si on n'était pas montés, je pense que je serais parti. Il était temps pour moi d'avoir un nouveau challenge. De toute façon, j'avais été clair. On en avait parlé. J'aurais même pu partir avant, lors du mercato, mais j'ai voulu rester à Boulogne pour tout faire afin que le club accède à l'élite. Si on n'y était pas parvenu, il aurait été temps pour moi de connaître autre chose. Rater la montée en Ligue 1, ça aurait été frustrant, ça aurait été dur de repartir une nouvelle fois en Ligue 2 avec ce club. Si il y avait eu des propositions intéressantes... Après, ça reste de la spéculation mais je pense que j'aurais aimé découvrir autre chose en cas de non-montée.
A titre personnel, cette montée en L1 marque un sacré parcours...
G.T. : Il y a cinq ans, en 2004-2005, j'étais en CFA. J'étais à Beauvais et on jouait contre Boulogne d'ailleurs. Beauvais n'est pas monté, Boulogne oui et c'est comme ça que je suis parti à Boulogne qui était promis en National à l'époque. C'est vrai que c'est un beau parcours, surtout avec Boulogne. C'est une belle progression qu'on a connu tous ensemble. J'ai eu la chance de tomber dans un bon club avec un bon environnement, de bons joueurs, un bon président... C'est un ensemble favorable qui a permis mon épanouissement. Mais la Ligue 1, ça reste la marche la plus importante. Il va falloir se mettre au niveau. Ce ne sera pas évident. Ça va demander beaucoup d'efforts. Car la Ligue 1, le plus dur est d'y rester.
Jouer en Ligue 1, c'était un rêve ?
G.T. : Non, pas du tout. Moi, j'avais très envie d'y accéder mais ça n'était pas un rêve. On ne peut pas dire que ce soit un aboutissement sinon, quand tu y es, c'est fini, tu t'arrêtes, tu vas commencer à t'endormir et à rêvasser. La Ligue 1, c'était un objectif tout simplement. J'avais très envie de monter en Ligue 1, je suis très content de l'avoir fait avec Boulogne mais ça va demander beaucoup de sacrifices pour pouvoir y rester. C'était déjà beau de monter. Maintenant, le plus dur nous attend.
Vous arrivez avec une étiquette de meilleur buteur en National et en Ligue 2. Ressentez-vous une pression particulière ?
G.T. : J'ai l'ambition de marquer des buts. Moi, je suis là pour marquer des buts en Ligue 1. J'en ai marqué dans beaucoup de divisions par lesquelles je suis passé. Depuis plusieurs saisons, je marque régulièrement. J'ai envie que cela continue avec Boulogne en Ligue 1. Et Boulogne aura aussi besoin de moi pour se maintenir. Il faut qu'on soit tous performants. Il faudra qu'on soit tous efficaces, que ce soit offensivement ou défensivement, si l'on veut faire une belle saison. Il n'y a pas de secret. Moi, je ne me fixe jamais d'objectif chiffré en début de saison. On verra ce que ça donnera.
Dans un sens, on peut vous comparer à Steve Savidan...
G.T. : Oui. Mais j'espère que la comparaison va s'arrêter là... Malheureusement pour Steve qui a des petits problèmes qui l'empêchent de poursuivre sa carrière. C'est dommage car il était en pleine ascension. Mais c'est vrai que nous avons des parcours un peu similaires : on a joué ensemble, on a éclos sur le tard, on a explosé dans un club du Nord où on est resté longtemps. Mais lui a déjà joué en Ligue 1 et il a été international, ce qui n'est pas du tout mon cas. On verra par la suite. Il y a des similitudes dans nos parcours mais nous sommes quand même deux joueurs différents.

















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