Bricoleur, loser, seigneur, Gladiator: Voici Claudio Ranieri

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Claudio Ranieri est l'un des techniciens les plus réputés, sans faire l'unanimité. Mais qui est-il vraiment? Voici les 10 choses à savoir sur le coach de l'ASM.

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C'EST UN PUR ROMAIN
Claudio Ranieri a beaucoup bourlingué. Il est même devenu, en 2000, le premier entraineur de l'histoire à avoir exercé en Serie A, en Liga et en Premier League. Mais il est et restera un vrai ragazzo de Rome. Né en 1951 dans la capitale italienne, il y a vécu les vingt-deux premières années de sa vie avant d'embrasser une carrière (modeste) de footballeur. Il a grandi dans le quartier populaire du Testaccio, aujourd'hui branché, bobo sur les bords, mais qui dans les années 50 était celui des abattoirs. Ses parents étaient bouchers. Claudio, lui, est un "ragazzaccio", un "naughty boy" comme disent les Anglais. "La seule différence, c'est que je ne suis pas un parleur, je suis trop timide pour ça, par rapport aux vrais Romains", s'amuse-t-il.
Mais son attachement à la cité romaine est resté vif au fil des décennies. Des 13 clubs qu'il a entrainés jusqu'ici, l'AS Rome tient évidemment une place à part. Quand il s'est installé sur le banc de la Roma en 2009, il a assouvi "un rêve de gosse". "Je n'ai jamais rêvé de devenir entraineur de Chelsea ou de Valence, dit-il un jour. Mais de la Roma, oui. Je voulais appartenir à ce club." C'est là qu'il avait débuté sa carrière de joueur, en 1973. Pour six petits matches. La scène était trop grande pour lui. Comme entraineur, son histoire romaine s'est mal finie aussi. Un peu l'histoire de sa vie de coach…
APPELEZ-LE "LE BRICOLEUR"
"The Tinkerman". Claudio Ranieri a été affublé de ce surnom au début de ses années anglaises à Chelsea. Tinker, en anglais, veut dire bricoler. La presse anglaise, incrédule, ne comprenait pas sa propension à changer de stratégie, de système et souvent aussi, de joueurs, d'un match à l'autre. Comme s'il n'avait pas de fil conducteur. D'où ce surnom de "bricoleur". Moins flatteur que celui dont il était parfois affublé au milieu des années 90 à la Fiorentina: le Mister. Appellation récupérée depuis par un certain Carlo Ancelotti. "Oui, je suis un 'tinkerman', a-t-il répondu un jour. Je le vois comme une obligation pour un entraineur, comme une responsabilité." Mais cela a sans doute, aussi, contribué à brouiller son image en tant que technicien. Celle d'un coach qui ne sait pas toujours où il va.
IL TRAINE UNE BONNE ÉTIQUETTE DE LOSER
Naples. Fiorentina. Valence.  Atletico Madrid. Chelsea. Juventus. Inter. Roma. Voilà quelques-uns des clubs que Claudio Ranieri a pu entrainer dans sa carrière. Pas franchement des équipes de troisième zone. Pourtant, son palmarès, après quasiment un quart de siècle de carrière, est d'une étrange légèreté. Ses titres de champion se limitent à de la troisième ou deuxième division, à Cagliari ou Monaco. Pour le reste, il n'a que des coupes sur son C.V. Pas de Coupes d'Europe, non, quand même pas. Non, une Coupe d'Italie, une Coupe d'Espagne, une Supercoupe d'Europe, une Supercoupe d'Italie. A Chelsea, où il est resté près de quatre saisons, il n'a rien gagné du tout. Rien de rien, pas même une Coupe de la Ligue ou un Community Shield. Cette étiquette lui colle à la peau et ses détracteurs s'étonnent qu'on continue à lui fournir des effectifs dorés compte tenu de son absence de titres.
IL N'A AUCUN SENS DU TIMING
En réalité, le fait que Ranieri possède un palmarès maigrichon ne signifie pas qu'il soit un mauvais technicien. On n'entraine pas toutes ces années à ce niveau en étant mauvais. Mais une chose frappe chez lui: il n'a jamais été là au bon moment. Toujours trop tôt, ou trop tard. Prenez Naples. Son premier grand club. Il débarque en 1991, au moment même où Diego Maradona quitte la Campanie. Pas de chance. Trop tard. A Valence, il s'en va en 1999. Les deux années suivantes, le club joue deux finales de Ligue des champions. Idem à Chelsea, qui décrochera le premier titre de l'ère Abramovich l'année après son départ, alors que le club du sud de Londres venait de réussir sa meilleure saison en 49 ans.Comme si Ranieri ne pouvait jamais récolter à temps les fruits de son travail. Ranieri est celui qui sème sans récolter. Pour beaucoup, il a posé les fondations du succès des Blues, en faisant venir des joueurs importants, comme Frank Lampard, Joe Cole, Claude Makelele, Damien Duff ou William Gallas, et en donnant le brassard de capitaine au jeune John Terry. "Il faut lui donner beaucoup de crédit, a rappelé Lampard en 2009. Si Chelsea a connu son âge d'or, c'est en partie grâce au travail de Claudio Ranieri. Moi, je lui dois beaucoup. Chelsea aussi. " Et à Monaco, sera-t-il, enfin, au bon endroit au bon moment ?
JOSE MOURINHO N'EST PAS SON AMI
Quand Claudio Ranieri a quitté Chelsea en 2004, c'était pour faire de la place à un certain José Mourinho, nouveau dieu du coaching, fraichement auréolé de son titre de champion d'Europe avec le FC Porto. Ranieri a-t-il jalousé son successeur? En tout cas, Mourinho va réussir ce que Ranieri a été incapable de faire: gagner. Par manque de temps, ou d'aptitude, c'est affaire de point de vue. Une chose est sûre, les relations entre les deux hommes n'ont jamais été bonnes dès lors. Et quand ils se sont retrouvés en Italie (Mourinho à l'Inter, Ranieri à la Juve puis à la Roma), ça a fait des étincelles.
Un jour, titillé par son homologue italien, le "Special one" fait feu de tout bois, surfant sur la réputation du Signore Claudio. "Ce n'est pas ma faute s'il était considéré comme un loser à Chelsea". Bing. "Je suis très exigeant avec mes joueurs et avec moi. J'ai besoin de gagner pour me sentir en sécurité dans mon travail. C'est pour ça que j'ai gagné autant de titres. Lui a la mentalité de quelqu'un qui n'a pas besoin de gagner pour avoir du travail. A presque 70 ans (il en avait en réalité… 57), il a gagné une Super coupe et des petites coupes. Il est trop vieux pour changer de mentalité." Re-bing, avec une bonne dose de cruauté.
 Ça, c'était en 2008. Deux ans plus tard, alors que l'Inter file vers un triplé historique et que la Roma est son principal adversaire (elle finira deuxième et perdra en finale de la Coupe d'Italie contre l'Inter), Mou se déchaine encore. Il chambre Ranieri, lequel a organisé une projection du film "Gladiator" pour motiver ses troupes avant la finale de la Coupe d'Italie. "Moi, je travaille, jour après jour, session après session. J'ai regardé six matches de la Roma avant la finale pour trouver des points faibles. Je ne pense pas être un phénomène ni être spécial, mais je ne pleurniche pas et je travaille dur pour aider mon équipe. Bien sûr, c’est plus facile de regarder Gladiator mais Ranieri a oublié que ses joueurs sont des champions, pas des enfants." Lorsqu'il a pris les rênes de l'Inter en 2011, l'ami Claudio s'est montré beau joueur: "Mourinho mérite une statue pour ce qu'il a fait ici. Comme Hellenio Herrera. Il a accompli quelque chose de grand." Depuis, la hache de guerre est enterrée.
ANGLAIS, FRANÇAIS, IL N'A PEUR DE RIEN
Vous l'avez peut-être remarqué, Claudio Ranieri est parfois un showman en conférence de presse. Il est d'ailleurs un excellent client notre "Conf' de presque", chaque lundi. Notamment parce qu'il n'a pas peur de s'exprimer en français même si, de temps à autre, il doit chercher ses mots. Ou en mettre d'autres à la place. A Chelsea, c'était exactement la même chose. A son arrivée, malgré un anglais balbutiant, il préférait s'exprimer dans la langue de Shakespeare, plutôt qu'en italien avec un traducteur. Cela a donné quelques séquences cultes à ses débuts londoniens, où on le voyait en train de chercher un mot pendant 30 secondes devant la presse. "Ranieri a passé cinq ans en Angleterre et il avait toujours du mal à dire "good morning" ou "good afternoon", lancera José Mourinho, encore lui, avec un sens de l'exagération certain.
La presse anglaise l'a beaucoup moqué pour ses approximations initiales. Il ne s'en est jamais offusqué, préférant ironiser: "C'est votre culture. En Italie, on vous porte aux nues puis on vous enterre. Ici, on taille tout de suite. C'est bien aussi." Ranieri a de toute façon toujours utilisé l'autodérision comme une arme. Avec la presse comme avec les supporters. Quand, en 2004, Stamford Bridge se mit à chanter en plein match : "Tu vas être viré cet été", il s'est tourné vers le public, a fait signe "non" du doigt et a répondu distinctement : "Non, pas cet été, au mois de mai".
C'EST JUSTE QUELQU'UN DE BIEN
Vous aurez beaucoup, beaucoup de mal à trouver quelqu'un pour dire du mal de Claudio Ranieri. De l'homme Claudio Ranieri. En tout cas parmi ceux qui le connaissent vraiment. Ses joueurs par exemple. Parce que, au-delà de l'entraineur, Ranieri est un être humain en or. On pourrait multiplier les anecdotes. Il en est une qui le résume mieux que d'autres. En 2002, Roberto Di Matteo, pourri par les blessures, doit mettre un terme à sa carrière. Ce "drame" personnel coïncide avec la finale de la Cup, que doit disputer Chelsea contre Arsenal. Ranieri prend alors une décision: il demande à di Matteo de rentrer sur la pelouse de Wembley devant toute l'équipe, à sa place (voir photo). "Combien de managers auraient fait ça?, interroge Di Matteo.  Je ne lui étais plus d'aucune utilité, mais il a ressenti le besoin de faire ce geste. Je ne l'ai jamais oublié. Ranieri, c’est un seigneur.""C'est un coach de grande qualité mais c'est d'abord une personne merveilleuse", dit de lui Gianfranco Zola, qui a débuté sous les ordres de Ranieri au Napoli avant de le retrouver à Chelsea. L'ancien international suédois Jonas Thern l'a connu aussi à Naples. Il ne dit pas autre chose: "Il voulait la réussite de son équipe, mais aussi de celle de chacun de ses joueurs. Il avait toujours des sentiments pour vous. Au fond, c'est un affectif." C'est peut-être, aussi, ce qui fait sa limite et explique les lacunes de son palmarès. Mais c'est ce qui le rend si attachant.
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