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Ligue 1 : Les 5 questions que pose le boycott de Canal+ par le PSG et l’OM

Les 5 questions que pose le boycott de Canal+ par le PSG et l’OM

Le 14/04/2015 à 10:10

Le PSG et l’OM ont décidé, vendredi, de boycotter Canal+ après que le co-diffuseur de la Ligue 1 a diffusé les insultes qui ont mené aux suspensions de Payet et Ibrahimovic. Mise en application dès ce week-end, cette mesure prise par les deux clubs interroge à bien des égards.

Pourquoi le PSG et l’OM ne s’insurgent-ils qu’aujourd’hui ?

Parce que Payet et Ibrahimovic ont été suspendus la semaine dernière. Mais la présence de caméras dans les coulisses des rencontres n’est ni nouvelle ni secrète. Ce qui est nouveau, c’est probablement que de telles insultes, devant le quatrième arbitre (pour Ibrahimovic) ou devant le vestiaire des officiels (pour Payet), soient diffusées et/ou reprises dans des programmes de télévision bâtis autour des à-côtés. La diffusion de séquences sortant du cadre simple du match de football est devenue normale.

L’émission J+1, diffusée sur Canal+ Sport, exploite très largement le filon des images "décalées". Phrases lues sur les lèvres des joueurs, instantanés captés dans le tunnel : le programme a construit sa réputation sur cette différence. Et ce depuis près de deux ans. Rien de bien nouveau, donc, et rien qui ne soit inconnu aux joueurs. Pour preuve, Alaixys Romao, le milieu de l’OM, était invité de l’émission il y a encore trois mois.

Zlatan Ibrahimovic (PSG)

Zlatan Ibrahimovic (PSG)Panoramic

Cela aurait-il pu se passer à l’étranger ?

Pas vraiment. A titre d’exemple, la Premier League a codifié depuis de nombreuses années la place des chaînes de télévision dans son spectacle. Avec succès : l’Angleterre contrôle l’image qu’elle renvoie. Comme en NBA, tout est mis en scène de manière à valoriser le "produit", diffusé dans le monde entier. Très rares sont les images sortant du cadre du terrain, si ce n’est les interviews réalisées sur fond de panneaux publicitaires. Le mouvement est comparable en Liga, comme l’explique Philippe Montanier, passé de la Real Sociedad à Rennes en 2013, dans L’Equipe ce lundi.

" Tout ça me change de l’Espagne, où personne n’a le droit de circuler dans les couloirs ni dans les vestiaires. On peut faire de bonnes émissions sans lire sur les lèvres ou sans mettre de micros partout. "

La situation pose-t-elle un problème d’équité ?

Assurément, oui. C’est ce qu’a dénoncé Frédéric Thiriez, samedi soir. 

Conférence de presse Laurent Blanc - PSG

Conférence de presse Laurent Blanc - PSGAFP

Enfin, quelle place pour beIN Sports dans cet imbroglio ? L’autre diffuseur de la L1 prône une lecture plus "positive" du championnat, et pourrait donc choisir de refuser des images que Canal+ diffuserait. De plus, la chaîne est sous pavillon qatari, comme le PSG. Se pose alors la question de savoir si elle aurait diffusé ou non les propos de Zlatan Ibrahimovic. Autant de freins potentiels à l’équité de la Ligue 1.

Le boycott est-il légal ?

Tout dépend ce qu’il contient. Les clubs ont le droit de choisir leurs questions en conférence de presse, comme le PSG l’a fait samedi. La pratique est peu cordiale et quelque peu offensante pour la pluralité de la presse, mais elle est légale. En revanche, le contrat qui lie Canal+, la LFP et les clubs français interdit le boycott en zone mixte ou à la fin des matches. C’est ce qu’explique Karim Nedjari, directeur des sports de la chaîne, dans les colonnes de L’Equipe.

" Dans le cahier des charges de la Ligue, il est indiqué qu’on doit réaliser à la fin de la rencontre des interviews d’un joueur de chaque équipe."

Un cas qui pourrait se représenter dès mercredi pour le PSG. La réception de Barcelone en Ligue des champions est évidemment retransmise… sur Canal+. Et l’UEFA impose, elle aussi, aux clubs de présenter l’entraîneur et (au moins) un joueur au micro du diffuseur. A cet égard, le boycott décidé par le PSG est illégal. Et il pourrait l'exposer à des sanctions financières importantes d’ici au 30 mai. 

Est-il tenable ?

Dans la durée, non. Canal+ a besoin du PSG et de l’OM… et vice-versa. Rappelons que le groupe de télévision paie 550 millions d’euros par an pour diffuser la Ligue 1. Et qu’à cet égard, il finance très largement les deux clubs en question (45 millions d’euros pour le PSG, 42 millions d’euros pour l’OM en 2013-2014). Même abreuvé par un fonds milliardaire, le club de la capitale a un besoin vital de cette rentrée d’argent. Et pour cause : elle doit l’aider à rentrer dans les clous du fair-play financier.  

Ancien propriétaire du PSG et acteur important du développement du football français, Canal+ a une voix qui porte. Probablement suffisamment pour imposer à la LFP et aux clubs de respecter leurs engagements contractuels. A l’inverse, les deux clubs accordent une attention toute particulière à leur communication. Il est difficile d’imaginer qu’ils entrent dans un conflit durable et ouvert avec une institution à la force de frappe si importante. Quand bien même Qatar Sports Investments est propriétaire à la fois du PSG et de beIN Sports, grand concurrent de Canal+.

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