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Le Fair-Play Financier est loin d'être parfait, mais c'est un mal nécessaire

Le Fair-Play Financier est loin d'être parfait, mais c'est un mal nécessaire

Le 05/09/2017 à 10:20Mis à jour Le 05/09/2017 à 15:06

Le Fair-Play Financier est la cible récurrente de critiques lancées des quatre coins de l’Europe. Jugée inefficace ou injuste, alors qu’elle est censée pousser vers plus de justice, la réforme voulue par Michel Platini est loin d’être inattaquable et reste grandement perfectible. Mais elle a le mérite d’exister et de défendre une certaine idée du football.

Il existe une manière très simple de juger de la pertinence d'une réforme : elle ne satisfait jamais pleinement personne. Parfois, elle fait même l'unanimité contre elle pour des raisons diverses et variées, dépendant avant tout des intérêts de chacun. Prenez le Fair-Play Financier. Celui-ci ne rencontre qu'une popularité relative depuis son apparition dans le paysage footballistique continental. Parce qu'il a modifié la "règle" du jeu. Mais aussi, parce qu'il n'est pas parfait. Loin de là, même.

Le FPF, son petit nom, a néanmoins le mérite d'exister. Il a été voulu et créé par Michel Platini en 2011 avec une ambition des plus louables qu'il est toujours bon de rappeler : faire en sorte que le football soit économiquement plus sain, avec des clubs viables sur le plan financier et débarrassé de ses bateaux ivres. Ce qui n'a pas toujours été le cas dans un passé proche, comme lointain. "Nous devrons apprendre aux clubs à devenir normaux, à ne pas dépenser l'argent qu'ils n'ont pas. Parce que, si nous le faisons, nous allons en prison. Si, en revanche, les clubs de foot le font, ils gagnent des trophées plus facilement, et ce n'est pas normal", expliquait justement Platoche dans son costume de président de l'UEFA.

Aleksander Ceferin remet la C1 à Sergio Ramos

Aleksander Ceferin remet la C1 à Sergio RamosGetty Images

Redoubler d'intelligence ou flirter avec la ligne rouge

Arrivés plus tard dans une cour des grands où ils ne sont toujours pas les bienvenus, les nouveaux riches comme Manchester City et le Paris Saint-Germain n'ont pas bénéficié de la marge dont ont profité les historiques, ni un club comme Chelsea, dont les lourds investissements datent du début du XXIe siècle et sont tombés à point nommé. Quand la menace FPF est apparue, Roman Abramovich et les Blues ont freiné des quatre fers, stabilisé leur modèle et en ont rapidement récolté les fruits, avec une belle Ligue des champions 2012 dans la vitrine.

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Interdit de rêver les poches vides

Derrière l'ambition déclarée du système de régulation platinien, se cache son but premier, illusoire à bien des égards : remettre l'aléa sportif au centre du terrain. Rendre à la glorieuse incertitude du sport ses lettres de noblesse. A l'heure où les puissants le sont toujours un peu plus et ne laissent que des miettes au reste du plateau en C1 comme ailleurs, cela ressemble à une douce chimère. Mais c'est indispensable alors que, depuis 2011, la Ligue des champions n'a échappé qu'une fois au Real Madrid, au FC Barcelone ou au Bayern Munich. Et si l'Atlético Madrid a bien failli mettre au pas cette oligarchie auto-constituée, les Colchoneros restent une délicieuse anomalie conjoncturelle dans un paysage qui n'a jamais été aussi déséquilibré.

De tout temps, il a fallu de l'argent pour gagner la Ligue des champions ou son ancêtre la Coupe d'Europe des Clubs Champions. Il suffit de se pencher sur son prestigieux palmarès pour se rendre compte que les riches ont toujours eu un coup d'avance. Mais avant Bosman, avant la dérégulation qui a mené au déséquilibre actuel et donc au FPF, il fut un temps où il n'était pas interdit de rêver les poches vides. Et même de parvenir à ses fins. Aujourd'hui, ce n'est plus possible. Et c'est sans doute le plus grave. "Il n'est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir", écrivait Albert Camus. Amateur de ballon rond, il n'en parlait pas à cette occasion. Mais il ne pouvait guère viser plus juste.

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