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Indispensable aux Blues, pourquoi Kanté ne l’est-il pas encore chez les Bleus ?
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Publié 03/02/2017 à 14:27 GMT+1
Magnifique avec le Leicester de Ranieri, époustouflant avec le Chelsea de Conte, N'Golo Kanté entre dans une nouvelle dimension chaque année. Chez les Bleus ? Didier Deschamps ne le voit pas encore comme un titulaire indiscutable. Le milieu de terrain tentera une nouvelle fois de le convaincre face à Arsenal, samedi (13h30).
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Sa performance ébouriffante sur la pelouse d'Anfield mardi a fini par nous pousser - observateurs, journalistes et anciens joueurs qui suivent la Premier League - à nous poser la question : N'Golo Kanté peut-il remporter le PFA Player of the Year ? Traduction : le trophée de joueur de l'année, élu par l'association des joueurs professionnels. Nommer un milieu de terrain défensif ne ferait pas forcément la publicité de la Premier League qui porte autant d'attachement à l'entertainment - le spectacle, l'attractivité - de son championnat. Mais il faut se rendre à l'évidence, alors que Chelsea fonce vers le titre (et le second consécutif pour Kanté), le Français est juste exceptionnel.
Sur les traces de Roy Keane en 2000 ?
Il faudrait d'ailleurs remonter à la saison 1999-2000 - et Roy Keane, homme de base du Manchester d'Alex Ferguson - pour trouver trace d'un joueur de ce profil dans le palmarès, monopolisé par les attaquants (Henry, Giggs, Ronaldo, Rooney, Bale, Van Persie, Suarez, Hazard, Mahrez). Mais le fait qu'on se pose la question, qui plus est à ce stade de la saison, est déjà un signe fort de l'impression renvoyée par the "little big man". L'an passé, alors que Riyad Mahrez avait remporté le trophée des joueurs et Jamie Vardy celui des journalistes, le jugement d'Alex Ferguson avait été sans appel : "le meilleur joueur de la saison c'est Kanté, il a été fantastique".
Les qualificatifs pour décrire sa prestation contre Liverpool (1-1), où il a remporté 14 duels sur 16 (quatre fois plus que n'importe quel autre joueur !), étaient tout sauf usurpés : "exceptionnel", "énorme", "phénoménal". "Pour moi, c'est l'homme du match", assénait Steven Gerrard avec la froideur qui le caractérise tout en déjugeant la chaîne qui l'emploie (BT Sport) et qui venait de remettre le trophée à David Luiz pour son coup franc. Kanté était une évidence pour tout le monde. Cette capacité à bondir dans les pieds de son adversaire, à arracher ces ballons qui semblent hors de portée font du Français un prédateur redoutable et redouté. Un phénomène qui avale les obstacles, les marches à gravir avec le sourire et dont on ignore les limites à seulement 25 ans...
Seul joueur à totaliser plus de 50 tacles réussis et 50 interceptions
Cette saison, il est le seul joueur à totaliser plus de 50 tacles réussis (78) et plus de 50 interceptions (54) ! Sur les trois dernières saisons, il est celui qui en totalise le plus en ayant seulement pris part à... deux exercices (253 tacles réussis et 155 interceptions au total). Surréaliste ! Et ce que ne disent pas les chiffres, c'est que le Français gagne ces duels et ces ballons dans des zones dangereuses du terrain pour l'adversaire. A l'image de cette action, de ce duel qu'il va gagner dans les pieds de Wijnaldum puis Henderson sur le côté gauche de l'attaque des Blues avant de servir Pedro plein axe qui a bien failli offrir la victoire à Chelsea.
On entrait dans le... temps additionnel d'une rencontre disputée sur un rythme infernal, d'un but à l'autre, et Kanté, lui, semblait sur une autre planète, infatigable, comme suspendu dans le temps et l'effort d'une dimension qui lui appartient. "Sur quatre-cinq mètres, c'est le plus fort, le plus rapide", commentait l'ancien Monégasque Glenn Hoddle. "Kanté est comme une mouche ennuyante. Il est toujours là, n'abandonne jamais. Tout semble si facile pour lui", ajoutait l'Allemand et ancien joueur de Chelsea Michael Ballack. Le mot était lâché : "annoying fly", une mouche ennuyante, pour être poli bien sûr. Mais on a tous compris le sens et l'image. Kanté vole... pardon, court, partout, tout le temps.
Lors d'un reportage à Leicester la saison passée, j'avais rencontré Steve Walsh, l'homme qui était allé chercher Kanté à Caen. Lorsque je lui avais demandé l'importance prise par le Français au sein de l'équipe de Claudio Ranieri, il m'avait répondu ceci : "C'est simple. A Leicester, au milieu, on joue avec Drinkwater dans l'axe et Kanté de chaque côté..." L'image est drôle et illustre encore aujourd'hui parfaitement l'importance du joueur de 1,69 mètre.
Un talisman qui ferait beaucoup de bien à beaucoup d'équipes de Premier League et notamment Arsenal que son équipe affronte ce samedi à Stamford Bridge et où l'entrejeu a toujours fait débat. Arsène Wenger dit avoir tenté à deux reprises de recruter le Français, lorsqu'il était en Ligue 1 puis à Leicester. A tel point qu'on peut se demander comment le joueur a pu préférer les Foxes aux Londoniens qui ont vu débarquer Elneny et Xhaka en l'espace d'un an. C'est une faillite de plus pour l'Alsacien qui, décidément, n'a plus la main pour dénicher les perles françaises avant tout le monde depuis les Vieira, Anelka, Henry, Pires, Koscielny.
Mais la question qui m'agace le plus aujourd'hui est de ne toujours pas comprendre comment on peut se priver d'un tel joueur en équipe de France. Comment Kanté peut-il ne pas être le deuxième nom - après Griezmann - coché par Didier Deschamps pour composer son onze ? C'est une aberration, pure et simple. Certains me parlent du système - 4-2-3-1 ou 4-4-2 étant donné que Griezmann est associé en pointe à Giroud ou Gameiro - plus propice à la paire Matuidi-Pogba, d'autres que Kante ne peut jouer qu'en sentinelle dans un 4-3-3. Are you kidding me ? Ou avez-vous été plongé dans un profond sommeil depuis un an et demi ?
A Leicester, Kanté évoluait dans un milieu à deux (4-4-2) au côté de Drinkwater en se projetant davantage vers l'avant que l'Anglais. C'est d'ailleurs la force du Frenchy, presser haut, récupérer haut. A Chelsea, il joue à la droite de Matic et il touche quasiment deux fois plus de ballons chez les Blues qu'à Leicester. Maintenant, si vous m'expliquez que, à l'heure actuelle, Matuidi est meilleur que Kanté, que Pogba et Matuidi, qui ont tous les deux un fort penchant vers le côté gauche, sont plus complémentaires que Kanté avec l'un des deux (Pogba de préférence), ok. Mais quelque chose me dit que cela va changer.
Quant au débat de savoir si les Bleus auraient été sacrés face au Portugal en juillet dernier avec Kanté sur la pelouse du stade de France, on ne le saura jamais. Mais, plus je regarde l'action du but d'Eder, plus je vois Pogba et Matuidi regarder Koscielny à la lutte avec l'attaquant portugais sans intervenir, et plus je me dis que Kanté ne serait pas resté là sans rien faire, que les Bleus n'auraient pas concédé ce but en prolongation et qu'ils seraient au moins allés aux tirs au but. Après, Kanté reste humain. Enfin, on n'en est pas tout à fait sûr...
Bruno Constant fut le correspondant de L'Equipe en Angleterre de 2007 à 2016. Il collabore aujourd'hui avec RTL, Europe 1 et Rfi en tant que spécialiste du football anglais et vous livre chaque sa semaine sa chronique sur la culture foot de Sa Majesté.
Pour approfondir le sujet, vous pouvez écouter mon Podcast 100% foot anglais sur l'actualité de la Premier League et du football britannique.
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