F1 2013 - Lotus enfin reconnu "top team" ?

Malgré la victoire de Kimi Räikkönen à Melbourne, Lotus est encore toisé par Ferrari, Red Bull, Mercedes et McLaren. Jusqu'à quand ?

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"Le charisme est la qualité d'une personne qui séduit, influence, voire fascine les autres par ses discours ou même sa seule présence" : cette définition correspond bien au profil de Kimi Räikkönen, au sens du Larousse en ligne. Pour autant, avoir du charisme signifie-t-il avoir de la personnalité ? Pour Jacques Villeneuve, la question n'est pas restée longtemps en suspens. Il l'a tranchée dans le vif, en direct sur C+, lors du dernier Grand Prix d'Australie. "Pour moi, il y a un petit manque de professionnalisme, qu'il n'est pas acceptable en Formule 1", a regretté le Canadien, en parlant du champion du monde 2007. "On est en Formule 1. Il y a 22 pilotes - des millions qui rêvent d'être en Formule 1. Ils sont payés - quelques-uns et Kimi en fait partie - des millions pour être dans ce qui fait partie du summum. Donc il faut un minimum de professionnalisme. Il n'a pas de caractère, il n'a pas de relief, il n'a pas de personnalité, il est omniprésent. Par contre, en piste, il est rapide. Dès qu'on sort de la voiture, il n'existe pas", avait conclu le champion du monde 1997, plus que jamais esprit libre, à l'occasion des essais libres 2.
Dans la même veine, l'Ecossais David Coulthard, l'un des pilotes les plus "corporate" que Williams, McLaren et Red Bull aient connu, avait donné de manière sarcastique son avis sur l'homme qui n'en a pas souvent, ou qui préfère éviter d'en avoir. En somme, le Finlandais serait là pour lui seul et pas pour assurer la promo de la Formule 1 et celle de ses sponsors. Depuis le début (2012), Lotus s'en est accommodé et en a même fait un atout dans sa communication, jouant sur le caractère imprévisible du garçon, aux Antipodes de pilotes obéissants, presque téléguidés lors des relations avec la presse ou les sponsors. "Quand on prévoit une opération de relations publiques, on ne sait jamais si Kimi va venir", s'amusait son directeur français, Eric Boullier, après la démonstration australienne.
Alonso et Brawn réfutent toute supériorité de Lotus
Iceman ne souffre pas personnellement de cette image contrastée. En revanche, son écurie est en quête d'une reconnaissance que le paddock tarde manifestement à lui accorder. A entendre Fernando Alonso, la victoire de Melbourne, acquise à travers une stratégie à deux arrêts, serait un one shot. "Je pense que la Lotus disposait d'un très bon rythme, mais rien qui est hors de notre portée", a estimé jeudi l'Espagnol de Ferrari, deuxième du Grand Prix d'Australie, et pour qui ce fut presque une question de circonstances. "Ils ont bénéficié d'une course très propre, sans trafic et avec une très bonne stratégie, mais leur rythme n'était pas hors de notre portée."
"Nous avons une voiture plus ou moins compétitive", a ajouté le champion du monde 2005 et 2006. "En Australie, tout s'est bien passé pour nous. Mais il est vrai que c'est un circuit très étrange et pour le moins inhabituel. Sepang permettra de distinguer une première hiérarchie."
"En moyenne, sur tous les temps au tour, en ne tenant pas compte du trafic, Ferrari avait le meilleur rythme de course. S'ils avaient été en mesure d'effectuer deux arrêts, ils auraient gagné", a jugé Ross Brawn, le directeur d'équipe de Mercedes, qui avait lancé dimanche Lewis Hamilton et Nico Rosberg sur deux arrêts avant de se raviser. L'ex-directeur technique de Ferrari n'a pas été impressionné par la E21 mais Paul Hembery, le directeur de Pirelli Motorsport, a réfuté cette analyse en déclarant : "Kimi Räikkönen et Lotus ont parfaitement compris les pneumatiques, faisant fonctionner une stratégie à deux arrêts, là où de nombreux rivaux n'y sont pas parvenus. Il s'agit d'une belle démonstration de gestion des pneumatiques."
Lotus n'est pas encore entré dans le cercle des prétendants à la consécration suprême, aux dires de ses adversaires… Y compris les plus mal lotis comme McLaren, parti 10e et 15e avec Jenson Button et Sergio Pérez, et péniblement arrivé 9e et 11e. "Lotus a fait du super boulot et Kimi a été sensationnel en course, mais beaucoup d'équipes ont désormais une meilleure connaissance des pneus", a prétendu le champion du monde 2009, jeudi à Sepang. "En outre, nous avons des conditions très différentes ici, il fait beaucoup plus chaud, et la nature du circuit n'est également pas la même. Je pense donc que vous verrez un vainqueur différent dimanche."
"Top team", un statut subjectif
Pourtant, les faits sont là : Lotus est la deuxième force du paddock aux yeux du Championnat du monde Constructeurs. Derrière Ferrari et devant Red Bull, Mercedes et McLaren, ses autres rivaux de 2012. En toute logique, Eric Boullier a appelé à une prise de conscience. "Nous avons déclaré ouvertement que nous voulions être une équipe de pointe cette année (…) Je pense que Lotus fait vraiment partie des top teams maintenant, a dit le Français à Sepang.Si nous pouvons nous trouver en situation de jouer les victoires, alors nous sommes à la place que nous visions. Sur la base de ce que nous avons réussi lors de la première course, nous pouvons bâtir sur cette belle dynamique pour redevenir, un jour, champions du monde." Enstone a pour ambition de finir dans le Top 3 au Championnat du monde Constructeurs et est en ligne avec cet objectif.
Pour autant, s'autoproclamer "top team" ne suffit pas. Il faut aussi être certifié par les adversaires les plus reconnus. Et pour l'heure, Ferrari ne bouge pas, niant jusqu'à la relégation de McLaren au rang de challenger. Pourquoi ? Parce que Stefano Domenicali, le directeur de la Scuderia, reste impressionné par les ressources financières - donc techniques - de Woking, qui tôt ou tard permettront de sortir la tête de l'eau. De façon plus sournoise, Red Bull botte en touche, parce ce que le directeur Chris Horner veut continuer de véhiculer l'idée selon laquelle RBR est l'écurie "premium" de Renault et entend la rester. A l'aube du retour du turbo, ça a tout son sens.
Kimi Räikkönen connait cette sémantique et le nerf de la guerre. "Nous avons les bonnes personnes, tous les outils pour réussir, mais l’argent reste une part importante dans la course au titre. Nous ne disposons pas des mêmes fonds que Ferrari, Red Bull ou Mercedes", avait-il prévenu à Melbourne. Pour se faire accepter comme écurie incontournable, Lotus va devoir forcer l'admiration de tous en répétant son exploit australien.
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