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De débutant à champion du monde en 18 mois : l'incroyable ascension de Donald Thomas

De débutant à champion du monde en 18 mois : l'incroyable ascension de Donald Thomas

Le 21/05/2019 à 00:11Mis à jour Le 21/05/2019 à 12:17

LES GRANDS RECITS – L'histoire de Donald Thomas dépasse les frontières de l'improbable. La Bahaméen a découvert le saut en hauteur à 21 ans, presque par hasard, à la suite d'un pari entre amis. Du jour au lendemain, il a abandonné le basket pour se consacrer à sa nouvelle discipline. Un an et demi plus tard, il était champion du monde.

Fin 2018, nous vous avions proposé de choisir vous-mêmes les sujets de nos Grands Récits. Plus de 460 histoires ont été soumises par vous, lecteurs. Nous en avons retenu douze. Vous pourrez les découvrir dans notre rubrique du mardi jusqu'au mois de juin. Ce mardi, retour à la case héros improbable avec la drôle de destinée de Donald Thomas. Devenu sauteur en hauteur par hasard, puis champion du monde de la discipline un an et demi après cette découverte. Cette révélation, plutôt.


22 mars 2006. Melbourne, Australie. Donald Thomas regarde ce podium du saut en hauteur, sur lequel il a bien failli grimper. Avec 2,23m, le jeune Bahaméen finit au pied de la boite. Le Chypriote Kyriakos Ioannou rafle le bronze pour avoir franchi la même hauteur, mais au 1er essai, quand Thomas a eu besoin de deux tentatives.

C'est Mark Boswell, vice-champion du monde à Séville sept ans plus tôt, qui décroche le titre dans ces Jeux du Commonwealth. Le Canadien est intrigué. Il a repéré ce sauteur un peu dégingandé, au style pour le moins atypique. Sans aucun style, en réalité. Il ne l'avait jamais vu avant d'arriver en Australie et n'en avait jamais entendu parler. Et pour cause.

Il y a mille façons et autant d'endroits ou de moments où un destin peut basculer. Celui de Donald Thomas a pris un tour inattendu dans une cafétéria. Celle de l'Université de Lindenwood, à Saint-Charles, dans le Missouri. Un jour de janvier 2006. A 21 ans, s'il nourrit alors des rêves, ils ont la forme d'une grosse balle orange. Comme des milliers d'étudiants qui peuplent les facs américaines, il espère un jour intégrer la NBA. Thomas ne deviendra jamais basketteur professionnel. Mais dans deux mois, il ira aux Jeux du Commonwealth et dans un an et demi à peine, sera champion du monde de saut en hauteur.

Donald Thomas à Melbourne en 2006, sa toute première compétition internationale.

Biberonné à la Dream Team

L'histoire de Donald Thomas ne ressemble à aucune autre. Si quelqu'un lui avait prédit un tel destin, il aurait sans doute rigolé, ou indiqué l'asile le plus proche. A juste titre. On ne s'improvise pas champion du monde. Atteindre les sommets d'une discipline requiert des années de pratique, d'efforts, de sacrifices.

L'athlétisme, Donald Thomas n'y a jamais goûté, ni de près ni de loin. Il n'y avait même jamais pensé. Pour tout dire, il n'y connaissait rien. Son truc à lui, c'est donc le basket. Comme beaucoup de gamins nés dans la première moitié des années 80, il a été biberonné à la Dream Team et a grandi au rythme des accomplissements de Michael Jordan.

Il a débuté le basket à sept ans aux Bahamas. Et il n'est pas mauvais. A tel point que ses qualités lui offrent un sésame pour rejoindre le cursus universitaire américain. A Lindenwood, Thomas étudie la comptabilité et le marketing, tout en intégrant l'équipe au poste d'arrière. Il lui manque une poignée de centimètres pour le poste (1,90m) et avec ses 70 kg tout mouillé, accuse un déficit en termes de densité physique.

93 centimètres de détente verticale

En revanche, c'est un formidable athlète. Un basketteur monté sur ressorts, à la détente verticale phénoménale : 93 centimètres, quand la moyenne des joueurs NBA avoisine les 70. Quand il monte au dunk, le natif de Freeport fait mouche presque à chaque fois. Ce jour d'hiver 2006, à la fin d'une séance d'entraînement, il fait le show en claquant dunk sur dunk. Un de ses coéquipiers lui adresse alors un de ces défis qui n'ont pas grand sens, qu'on ne prend pas avec davantage de sérieux qu'ils ne sont lancés. Mais ce défi-là, Donald Thomas va le relever. Tout va partir de là.

Après son festival, il fanfaronne en débarquant dans la cafétéria. "Vous avez vu cette détente ? Vous avez vu cette détente ?" Un de ses comparses lui dit de se calmer : "Arrête un peu, tu ne serais même pas capable de passer 6'6'' en saut en hauteur." Six pieds et six pouces. Soit 1,98m. Ça tombe bien. Dans le gymnase, il y a un sautoir. Pari tenu. On place la barre à la hauteur convenue. Donald Thomas met un billet sur la table et s'exécute. En survêtement, lesté de grosses baskets plutôt que de pointes, bref, dans une tenue tout sauf adéquate à la pratique de l'athlé, il saute. N'importe comment. Mais haut. Il efface la barre et même bien davantage.

Son saut ne ressemble à rien. Un vague fosbury. Une technique qui lui échappe complètement. Il essaie vaguement de reproduire ce qu'il a vu à la télé. Mais son saut ne repose techniquement sur aucune base. Juste sur son potentiel phénoménal. Deux jours plus tard, pour ce qui est seulement le troisième saut de sa vie, le Bahaméen franchi 7 pieds. Soit 2,13m. C'est le vrai déclic. "Depuis ce moment-là, je fais du saut en hauteur", aime-t-il raconter.

2,22m au bout de cinq jours

Ses potes emmènent alors Donald voir Lane Lohr. Cet ancien perchiste de très bon niveau (il a un record personnel à 5,70m) est depuis deux ans le responsable de l'équipe d'athlétisme de Lindenwood. Intrigué par ce drôle de phénomène, le coach veut en avoir le cœur net et organise une session d'entraînement personnalisée. A l'issue de celle-ci, Thomas effectue un nouveau bond de géant en avant en passant une barre à 2,22m. C'est le 7e saut de sa vie. Il ne "pratique" la hauteur que depuis cinq jours.

Lohr se rend à l'évidence, il tient là une pépite. Un vrai diamant brut, qu'il faudra certes polir mais dont le niveau de base est ridiculement élevé. Donald Thomas décide illico d'arrêter le basket. Tant pis pour les rêves de NBA. Le chemin qui y mène est de toute façon très tortueux, surtout pour un joueur évoluant en NAIA, le championnat regroupant les petites facs. La L2 de la jungle universitaire. Thomas est un basketteur comme il en existe des centaines. En revanche, il n'y a pas deux spécimens comme lui en saut en hauteur. Le choix est vite fait. En une semaine, il s'est découvert un avenir dans une discipline dont il ignorait tout.

Quelques semaines plus tard, à son retour de Melbourne, où il a sauté sans pointes, sans mesurer ses marques lors de sa course d'élan et en mettant ses mains derrière le dos avant de retomber sur le tapis comme pour mieux amortir sa chute, le phénomène bahaméen enchaîne les compétitions. Découvre la frustration, aussi. Passée la facilité initiale, il connait ses premières déceptions. S'il améliore son record personnel au mois de mai lors d'une compétition universitaire à Lindenwood avec 2,24m, il doit souvent se contenter de performances oscillant entre 2,05m et 2,15m. Quand on a atteint quasi instantanément les 2,20m, sans entraînement, sans effort, cette inconstance a de quoi agacer. Le plus dur commence.

2007, l'explosion

Donald Thomas prend alors une décision : rationaliser son entraînement, afin de devenir un vrai sauteur. Il quitte Lindenwood pour rejoindre la prestigieuse Auburn, dans l'Alabama, université plus huppée et surtout beaucoup mieux structurée pour les athlètes de haut niveau. Or, comme tout débutant, fut-il déjà aux portes du gratin planétaire, il a tout à apprendre. Jusqu'ici, il a intrigué le milieu, un peu sidéré de voir débouler ce parfait inconnu, mais au fond toujours sceptique. On demande à voir. On va voir.

Si 2006 a été l'année de la découverte et de la révélation à lui-même, 2007 sera celle de l'explosion à la face du monde. Dès la saison indoor, la métamorphose s'avère impressionnante. Le 27 janvier, à Gainesville, Donald Thomas s'affranchit pour la toute première fois du cap des 2,30m. Il récidive le 10 février à Fayetteville. Puis le 10 mars, à l'occasion des Championnats universitaires américains, nouveau record personnel : 2,33m. Le mois suivant, lors de sa toute première sortie en plein air de la saison, le Bahaméen adresse un message. A domicile, lors du Auburn Invitationnal, il signe la meilleure performance mondiale de l'année : 2,34m. Pour la concurrence, le rire devient grimace.

Champion olympique à Athènes en 2004, et un des rares hommes à avoir atteint la barre des 2,40m au XXIe siècle (en indoor, lors des Championnats d'Europe 2005), Stefan Holm est invité à commenter les performances de l'intrus des Caraïbes en vue des Mondiaux 2007 prévus à Osaka en août. "Je ne le connais pas encore très bien, mais je sais une chose : si vous êtes capable de sauter 2,34m, vous êtes une menace dans un grand championnat", juge le Suédois, flairant le danger.

Donald Thomas en 2018.

Donald Thomas en 2018.Getty Images

" Le corps idéal pour le saut en hauteur"

La presse aussi commence à s'intéresser au cas de ce champion naissant pas comme les autres. A deux mois des Mondiaux, le New York Times lui consacre même un long article. Il en ressort d'abord son immense foi en ses capacités, mais aussi son coup de cœur pour ce sport où il s'exprime seul, lui qui ne s'était jamais aventuré en dehors d'un collectif. "J'ai une immense confiance en moi, clame Thomas. J'aime l'énergie que me donne la foule dans le stade mais, surtout, je suis l'unique responsable de ce que je fais. En sport co, si vous perdez, vous pouvez toujours vous demander 'à qui la faute ?' Ici, la question ne se pose pas."

Ralph Spry, son coach depuis qu'il a quitté Lindewood pour Auburn, ne tarit pas d'éloges sur son joyau. "Il est l'athlète rêvé, assure-t-il. Il écoute beaucoup et il ne fait jamais rien de travers, non seulement à l'entraînement, mais aussi dans la vie." Interrogé sur l'aspect exceptionnel de la progression de son poulain, Spry juge qu'il a "le corps idéal pour le saut en hauteur. Beaucoup de basketteurs feraient de bons sauteurs, comme Vince Carter par exemple." Mais il l'avoue, le cas n'est pas forcément duplicable dans ces proportions : "si j'avais la formule magique pour créer un autre Donald, je serais millionnaire."

Jusqu'ici, Donald Thomas avance encore dans son coin, sans se frotter aux ténors de la discipline. Alors, le doute subsiste. Toujours. Il faudra sa première apparition en Europe pour le lever définitivement. Le 4 juillet 2007, à Salamanque. Une terre mythique dans le monde de la hauteur. C'est sur ce même sautoir que, 14 ans plus tôt, Javier Sotomayor a porté le record du monde à 2,45m. Il tient toujours aujourd'hui. Thomas s'arrête dix centimètres plus bas, mais avec 2,35m, établit un nouveau record personnel, dans un contexte relevé, et confirme une régularité de nature à l'installer pour de bon parmi les candidats au titre mondial.

Osaka : la frayeur des qualifs

A Osaka, les Championnats du monde annoncent une foire d'empoigne. Au bilan 2007, sept athlètes se tiennent en deux centimètres. Si Thomas et Holm partagent la meilleure perf' de l'année avec 2,35m, ils sont une bonne dizaine à pouvoir prétendre au sacre.

En dehors des Jeux du Commonwealth dix-sept mois plus tôt, Donald Thomas apparait totalement inexpérimenté dans une compétition de cette envergure. Il découvre tout. Le premier danger, pour lui, tient aux qualifications. Le Bahaméen peine à gérer son stress et manque de passer à la trappe. L'accès à la finale est fixé à 2,29m. Une barre qu'il a déjà franchie à dix reprises au cours de la saison. Au Nagai Stadium, il échoue pourtant sur ses deux premières tentatives. Treize concurrents l'ont déjà franchie. Sur son dernier essai, il joue donc à quitte ou double. Thomas passe et s'évite une énorme désillusion.

Deux jours plus tard, le 29 août 2007, Thomas a rendez-vous avec son improbable destinée. La soirée sera folle. Au disque, Franka Dietzsch y devient à 39 ans la plus vieille championne du monde de l'histoire. Bernard Lagat, fraichement naturalisé, offre à l'athlétisme américain son premier titre sur 1500m dans un rendez-vous international depuis... 99 ans. Et les Britanniques signent un doublé venu de nulle part sur le 400m féminin grâce à Christine Ohuruogu et Nicola Sanders, dans un finish au couteau. Mais rien de tout ça n'arrivera à la cheville de Donald Thomas.

" Je ne suis pas un sauteur en hauteur, je suis un homme de spectacle"

Le début de concours du sauteur d'Auburn est pourtant encore en mode diesel. Dès 2,21m, sa barre d'entrée, il a besoin de deux essais. Il sera le seul, parmi les huit premiers de cette finale, à ne pas l'effacer du premier coup. A 2,26m, rebelote. C'est en franchissant 2,30m dès sa première tentative que les choses sérieuses commencent. A cette marque, ils ne sont plus que six en lice. L'écrémage se poursuit à 2,33m. Stefan Holm et Yaroslav Rybakov passent au premier essai. Kyriakos Ioannou, l'homme qui l'avait laissé au pied de la boîte à Melbourne, au deuxième. Thomas, lui, échoue deux fois. Le voilà à nouveau dos au mur, avec la perspective de finir à la place du con.

C'est là que le presque débutant va se révéler une bête de concours. Cette "énorme confiance" en lui qu'il évoquait quelques mois plus tôt s'avère son atout maître. Non seulement il passe 2,33m mais, derrière, il est le seul à dompter les 2,35m sur son premier saut. L'immense majorité des spectateurs et téléspectateurs découvre alors le bonhomme et sa technique peu commune, avec le buste penché vers l'avant dans la course d'élan et surtout ce battement de jambes une fois dans les airs. Du jamais vu à ce niveau. "Je ne suis pas un sauteur en hauteur, je suis un homme de spectacle", avait prévenu l'intéressé.

C'est le saut de sa vie. D'une spontanéité folle. Avec 2,35m, Donald Thomas égale son record. Surtout, il s'assure d'ores et déjà d'une médaille tout en prenant une option sur l'or. Stefan Holm, qui avait tout franchi au premier essai, échoue par trois fois. Exit le champion olympique. Rybakov et Ioannou restent en vie, mais eux ont eu besoin de deux tentatives. Voilà Thomas aux commandes. Et bientôt sur le trône. Car le Russe et le Chypriote n'iront pas plus haut. Un Thomas triomphant peut même se permettre de lancer : "si quelqu'un avait passé 2,37m, croyez-moi, je serais passé aussi."

" C'est moche mais, putain, qu'est-ce que c'est efficace !"

A 23 ans, un an et demi à peine après avoir découvert la discipline, Donald Thomas est champion du monde. Une histoire de fou. Stefan Holm tire son chapeau au nouveau roi. "C'est moche mais, putain, qu'est-ce que c'est efficace !", lance le Suédois, beau joueur. Il avait eu raison de le prendre au sérieux. "Il a failli sortir en qualifications, ajoute-t-il. Il a failli sortir à 2,33m. Il était déjà en difficulté à 2,21m. Mais il est resté dans le concours et je sentais que, tant qu'il était en vie, il était dangereux. Je l'avais toujours dit. Ce n'est pas un grand sauteur, mais c'est un grand champion."

La formule est à envisager comme un compliment, non une critique. Elle témoigne surtout d'une grande justesse. Donald Thomas a affiché un caractère épatant. Il a gagné au moins autant avec la tête qu'avec le reste. Champion du monde et numéro un mondial au bilan 2007, le Bahaméen est désigné "révélation de l'année" par l'IAAF. La moindre des choses.

Donald Thomas sur le podium des Mondiaux d'Osaka en compagnie de Yaroslav Rybakov et Kyriakos Ioannou.

Donald Thomas sur le podium des Mondiaux d'Osaka en compagnie de Yaroslav Rybakov et Kyriakos Ioannou.Getty Images

Son ascension interroge : est-ce à dire que n'importe qui peut devenir champion du monde de n'importe quoi n'importe quand ? Le cas Thomas pulvérise la théorie des 10000 heures selon laquelle ce quota serait indispensable pour atteindre le niveau de maitrise associé à un expert de classe mondiale, peu importe le domaine.

Comment expliquer alors qu'un garçon n'ayant jamais sauté de sa vie puisse aussi vite se hisser au niveau de concurrents pratiquant la discipline depuis leur enfance, avec des milliers d'heures d'entraînement et de compétition derrière eux ? La technique serait-elle à ce point marginale dans la performance ? Evidemment non. Le travail demeure fort heureusement irremplaçable. Mais les aptitudes naturelles jouent pleinement leur rôle.

Des tendons de kangourou

Dans un ouvrage captivant, The Sports Gene, sorti en 2013, David Epstein, journaliste œuvrant chez Sports Illustrated, évoque l'inégalité des aptitudes naturelles de chacun. Parce que ses gastrocnémiens (des muscles du mollet) sont anormalement hauts, les tendons d'Achille de Donald Thomas sont particulièrement longs : 26 centimètres. Le double de la moyenne pour un être humain. Thomas a des tendons semblables à ceux d'un... kangourou. Pas inutile, pour sauter haut.

Au vu de ce capital inné, aucune limite ne semble s'imposer à lui après son titre à Osaka. On lui parle déjà d'or olympique à Pékin et, qui sait, de record du monde. "J'ai encore une grosse marge de progression, juge d'ailleurs le champion du monde au soir de son couronnement. Je ne cambre pas encore suffisamment et je ne sais pas quoi faire de mes pieds." A l'entraînement, il assure avoir approché plusieurs fois les 2,40m : "J'étais bien au-dessus de la barre, mais j'accroche avec les pieds. Si j'arrive à corriger ça, je pense que les 8 pieds sont atteignables". Huit pieds, soit 2,44m. Tout près du record du monde...

Stefan Holm est plus circonspect sur la faculté de son nouveau rival à assimiler une technique plus propre. "Aujourd'hui, il a la partie la plus facile, celle qui ne se travaille pas, juge le Suédois. Mais c'est difficile changer la façon dont vous passez au-dessus de la barre et de modifier sa technique. Je pense que Donald sautera toujours plus ou moins de la même façon." La suite lui donnera raison. Le plancher de Thomas était exceptionnellement élevé, mais son plafond guère plus haut.

L'échec de Stefan Holm à Osaka a ouvert la porte à un sacre de Donald Thomas.

L'échec de Stefan Holm à Osaka a ouvert la porte à un sacre de Donald Thomas.Getty Images

Histoire d'amour

A l'aune de ses débuts stratosphériques, la carrière du sauteur des Bahamas sera pendant des années considérée avec une certaine sévérité. Aux Jeux Olympiques ou aux Mondiaux, il n'a plus jamais été en mesure de s'approcher d'un titre d'une envergure comparable à celui d'Osaka. Aux J.O. de Londres, en 2012, il se contente de 2,16m et termine bon dernier des qualifications. Le symbole d'une courbe sinusoïdale depuis son titre.

"En voulant sauter comme les autres, il est un peu allé contre-nature et s'est peut-être fragilisé physiquement, estimera Stefan Holm après sa retraite. Et mentalement, cela a dû être compliqué de voir qu'il plafonnait en termes de performance alors qu'à ses débuts, il avait progressé de façon fulgurante."

Son palmarès est pourtant tout sauf négligeable. Il ne lui manque au fond que le titre olympique. Après Osaka, Donald Thomas a également décroché l'or aux Jeux du Commonwealth en 2010 et aux Jeux Panaméricains l'année suivante. Surtout, il est constamment resté en quête de progression. Et son travail a fini par payer. En 2016, une décennie après ses débuts, il va s'offrir un nouveau record personnel à 2,37m. Quelques semaines plus tard, il termine 7e des Jeux de Rio.

Après avoir fasciné par son atypisme, Thomas bluffe désormais par sa longévité. A bientôt 35 ans, le Bahaméen continue d'évoluer au plus haut niveau. Il a encore franchi 2,33m l'an dernier. Installé depuis 2014 à Cuba où il s'entraîne sous les ordres de Luis Alberto Pinillo, l'ancien mentor de Sotomayor, il est un modèle de professionnalisme. "Il prend soin de lui-même, il est toujours au top de la physiothérapie, du conditionnement physique, avant comme après l'entraînement", souligne Pinillo.

Voilà comment une blague entre potes s'est muée en une "success story" et, plus important encore, en histoire d'amour. "Au-delà du fait que j'avais des capacités, j'ai surtout découvert à quel point j'aimais le saut en hauteur. J'appartiens à cette confrérie", confiait Donald Thomas aux Jeux de Rio. Qui sait, sa plus belle victoire, c'est peut-être de ne plus être un intrus.

Donald Thomas à Rio en 2016.

Donald Thomas à Rio en 2016.Getty Images

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