Quelle était l'importance du public pour votre performance ?
Le public a toujours joué un rôle important dans ma carrière, c'était le moteur, le déclencheur de mes performances. Malheureusement parfois des stades sont moins remplis, comme lors de mes records du monde du mile (Rome 1999) et du 2 000m (Berlin 1999). Quand ils sont pleins, ça pousse à aller vite comme à Sydney en 2000 (JO), Paris en 2003 (Mondiaux) ou Athènes en 2004 (JO). C'est normal, on est juste des êtres humains, on s'entraîne toute l'année dans le vide, dans la forêt, sans personne, au stade avec notre coach seulement...
Comment juger le manque de public à Doha jusqu'ici ?
Mondiaux
A Doha, les tribunes désespérément vides alimentent la polémique
30/09/2019 À 16:51
C'est un problème, mais pas uniquement à Doha, qui a toujours existé, dans plusieurs championnats. Si on parle de 1999 à Séville (Espagne) le stade était vide les cinq premiers jours, Edmonton (Canada, 2001) aussi. Aujourd'hui c'est vrai qu'il y a des problèmes à Doha, mais c'est un problème plus large de l'athlétisme. On a perdu la connexion avec notre public. On doit faire mieux pour attirer les gens. Nous pratiquons un sport exceptionnel, le premier pratiqué par l'être humain, plus pratiqué que le football. Il nous manque des outils pour attirer le public au stade.
Les conditions du marathon à Doha (les hommes courent samedi), ne sont-elles pas dangereuses ?
Dangereuses, je ne pense pas. C'est difficile, douloureux, mais c'est supportable. J'ai déjà couru dans des conditions compliquées, comme à Séville en 1999 (...) et il faut regarder les choses de manière globale. On était obligés de venir ici à Doha, demain on sera obligés d'aller ailleurs, sur de nouveaux continents, dans d'autres pays. On ne peut pas rendre ce sport universel sans prendre le risque d'aller dans des pays comme le Qatar.
La finale du 1 500 m a lieu dimanche, comment expliquer que votre record du monde tienne toujours (3'26''00 à Rome en 1998) ?
Lorsque j'ai battu mes records du monde (il détient aussi celui du mile et du 2 000m, ndlr) je ne pensais pas qu'ils tiendraient aussi longtemps. Pour moi les records sont faits pour être battus. Donc je suis heureux et fier qu'ils tiennent, mais malheureux en même temps qu'aucun athlète n'ait pu les approcher en 22 ans. C'est vrai qu'ils sont durs à battre, j'avais grandement souffert pour les réaliser. Le mile surtout, c'est le plus difficile à battre.

Hicham El Guerrouj, recordman du monde du 1 500m

Crédit: Eurosport

Comment s'était déroulée cette fameuse course à Rome ?
C'était le 14 juillet 1998, juste après que la France a gagné la Coupe du monde de football à Paris. Je me souviens le matin, alors que je faisais mon footing, Haile Gebreselassie (l'Ethiopien double champion olympique) vient chez moi et me dit: "Hicham, aujourd'hui tu vas battre le record du monde". Et je l'ai battu. Mentalement et physiquement j'étais très fort. J'aurais dû courir moins de 3'25", j'en avais la capacité. Mon objectif c'était moins de 3'24".
Vous avez couru en 2003 contre le Kenyan Eliud Kipchoge et l'Ethiopien Kenenisa Bekele, aujourd'hui les deux meilleurs marathoniens du monde. Que vous inspirent-ils ?
Les deux sont des athlètes exceptionnels qui ont marqué l'histoire, déjà sur 5 000m et 10 000m. Et ils continuent à courir, à se dépasser et à pousser leur corps. Ils font des choses inimaginables. Tous les deux ont la capacité de courir le marathon en moins de deux heures facilement. Ils ont de l'endurance, la force physique et mentale. J'espère voir Kipchoge faire tomber la barrière des deux heures (le Kenyan essaiera lors d'un marathon non officiel le 12 octobre à Vienne).
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