La Bahreïnie Salwa Eid Naser est entrée dans l'histoire de l'athlétisme en réalisant la troisième meilleure performance de tous les temps (48"14) pour remporter le 400 m des Mondiaux de Doha (Qatar), jeudi, au terme d'une course anthologie. A l'issue d'une finale éblouissante, Naser a réalisé la plus grande prouesse des Mondiaux jusqu'ici, le soir où le Khalifa Stadium avait enfin daigné se garnir un peu pour offrir une ambiance à la hauteur de l'exploit.

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Avec son tour de piste en 48"14, Naser n'est plus devancée que par l'Allemande de l'Est Marita Koch (47"60 en 1985) et la Tchèque Jarmila Kratochvilova (47"99 en 1983) sur les tablettes statistiques. C'est dire la portée de l'événement. La Bahreïnie d'origine nigériane a même réussi à courir plus vite que la grande star française Marie-Josée Pérec (48"25) à Atlanta (1996), où elle avait signé un doublé olympique retentissant (200 et 400 m). Alors qu'elle n'a que 21 ans, Salwa Eid Naser n'était pas née - et de loin ! - lorsque ce genre de chrono avait été réalisé pour la dernière fois, il y a 34 ans avec le record du monde de Marita Koch.

Le record du monde ? "Tout est possible désormais"

Avec un deuxième 100 mètres ébouriffant, Naser a pris les devants jeudi mais n'a jamais craqué pour s'imposer face à la grande favorite Shaunae Miller-Uibo (48"37). La Bahaméenne, championne olympique en titre, n'a pourtant pas démérité et battu le record d'Amérique du nord, devenant au passage la 6e meilleure performeuse de tous les temps ! Mais elle est tombée sur bien plus forte qu'elle au Qatar. La Jamaïcaine Shericka Jackson termine, elle, 3e en 49"47, avec là aussi un très beau record personnel.

"C'est fou, a déclaré Naser. Je suis à court de mots pour décrire ce que je ressens. Je suis tellement heureuse. Ça a été très dur avec tout l'entraînement, j'ai été blessée. Arriver jusqu'ici a été très dur. Maintenant je suis championne du monde c'est dingue. Je voulais partir vite contrairement à d'habitude." Et le record du monde ? "Tout est possible désormais", a-t-elle lâché.

Voilée puis tatouée

Née au Nigeria d'une mère nigériane et d'un père bahreïni (elle est naturalisée en 2014), Naser n'était pas passée inaperçue dans sa jeunesse en empochant l'or mondial chez les cadettes dans une combinaison intégrale et sous un hijab. Aujourd'hui, son look a totalement changé et c'est une athlète multi-tatouée, arborant plusieurs piercings, qui a estomaqué le Khalifa Stadium. Vice-championne du monde en 2017 à seulement 19 ans, Naser était alors très loin de la médaillée d'or américaine Phyllis Francis, qu'elle a surclassée à Doha (l'Américaine termine 5e en 49"61, son record personnel). Ce qui situe son incroyable métamorphose en l'espace de 24 mois.

La progression de Naser est fulgurante et son changement d'entraîneur n'y est pas pour rien. En passant du coach nigérian John Obeya au Dominicain Jose Ludwig Rubio à l'automne dernier, elle a encore franchi un cap en 2018 avec quatre chronos en moins de 50" en un mois . Si la néo-Bahreïnie fait désormais la fierté de son pays d'adoption, elle n'y passe pourtant pas plus de trois-quatre mois par an en raison du climat, trop chaud à son goût. Après Antalya (Turquie), elle a été ces derniers temps basée à Guadalajara, site espagnol où elle croise souvent les Cubains en préparation. Et visiblement ça porte ses fruits.

Salwa Eid Naser, Doha 2019

Crédit: Getty Images

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