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Championnats du monde d’athlétisme de Budapest – Deux engagés sur 100 et 200 mètres : le sprint français avance masqué
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Publié 18/08/2023 à 01:10 GMT+2
Un engagé à Eugene, l’an passé, et deux cette année à Budapest. Sur 100 et 200 mètres, hommes et femmes confondus, ce sont les deux plus petits totaux de l’histoire de l’équipe de France aux Championnats du monde. A un an des Jeux de Paris, le constat pourrait inquiéter. Pourtant, le sprint français n’est pas en perdition. Il manque surtout cruellement de figures de proue.
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Video credit: Eurosport
Un an avant les Jeux de Paris, l’équipe de France d’athlétisme fait sa répétition générale à Budapest. La sélection a été très élargie et rajeunie, dans le but d’offrir à tous les athlètes présents l’expérience des grands rendez-vous, pour qu’ils prennent "toute l’expérience qu’il y a à prendre", appuie Hugo Hay, engagé sur 5000 mètres. "Même si on échoue, on revient morts de faim à l'entraînement, on veut y retourner. On entend souvent qu’il y en a qui y vont ‘en touristes’, mais non, il n’y a aucun touriste !" Il reste pourtant un secteur de compétition, et pas des moindres, où le réservoir d’engagés tricolores sonnera désespérément creux à Budapest : le sprint, haies mises à part.
Seuls Mouhamadou Fall sur 100 mètres, à la faveur d’un repêchage, et Ryan Zézé sur 200 mètres sont alignés en individuel chez les hommes. Respectivement 34e et 23e meilleurs performeurs mondiaux cette saison sur leurs distances respectives, les deux champions de France s’avanceront avec d’humbles prétentions. Chez les femmes, comme l’an dernier, aucune athlète ne portera les couleurs françaises sur les distances précédant le tour de piste.
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Mouhamadou Fall et Ryan Zézé seront les seuls engagés individuels en sprint pour l'équipe de France à Budapest (ici à Albi, aux Championnats de France, le 28 juillet 2023)
Crédit: Getty Images
Le sprint avance sans guide
Pour la France, nation majeure du sprint au niveau européen et tout de même reconnue au niveau mondial, voilà qui pose question. Fabien Lambolez, responsable national du sprint court, n’est pourtant pas du tout préoccupé au moment de déchiffrer ce constat, bien au contraire. Le mal principal du sprint tricolore, "c’est qu’il manque de chefs de file". "On manque d’un Jimmy (Vicaut), d’un Christophe (Lemaître), d’une Muriel (Hurtis) ou d’une Christine (Arron)."
C’est en effet la première fois depuis 2007 que chez les hommes, ni Vicaut ni Lemaître ne sont sélectionnés, pour participer a minima au relais 4x100. En difficulté physiquement à 31 ans, le premier a refusé de faire le voyage en Hongrie, d’un commun accord avec la Fédération. A 33 ans, le deuxième se prépare comme il peut pour Paris 2024, mais ses dernières performances ne lui ont pas ouvert la porte de l’équipe de France. Les deux ont porté haut l’étendard tricolore pendant de longues années, mais vivent ce qui semble être le crépuscule de leur carrière.
Chez les femmes, à l’heure de fêter l’anniversaire du titre en relais de la génération dorée de 2003 à Paris (Girard, Hurtis, Félix, Arron), impossible de citer une athlète capable de reprendre le flambeau seule en vue des Jeux. "Bien souvent, le problème est générationnel, déplore notre consultant Stéphane Caristan. Et effectivement, il me semble qu'en compétitions de jeunes chez les femmes, on n'a pas les résultats que l'on pouvait avoir il y a quelques années, et on retrouve en seniors des athlètes déjà limitées chez les jeunes."
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Hurtis revient sur Paris 2003 : "Les Américaines nous intimidaient dans la chambre d'appel !"
Video credit: Eurosport
Fabien Lambolez ne tire pas la sonnette d’alarme pour autant. "Chez les hommes, on a quand même huit personnes entre 10”05 et 10”35, souligne-t-il. Pour moi et mes collègues, le niveau individuel est plus intéressant en équipe de France, parce qu’il y a plus de densité qu’il ne pouvait y en avoir avant. Sur le très haut niveau, l’équipe de France n’est pas plus forte que du temps de Jimmy et Christophe. Mais elle est plus dense." Si les relais 4x100 mètres n’ont plus décroché de médailles depuis 12 ans aux Mondiaux, ils restent donc compétitifs, et gages d’une certaine stabilité – "personne ne croyait au 4x100 mètres féminin à l’aube des Jeux de Tokyo en 2021, il a fait finaliste (7e en finale, ndlr)".
Les modalités de sélection encore durcies par World Athletics, qui s’appuie maintenant de plus en plus sur le ranking pour constituer ses listes de départ en championnats, ne servent pas les Bleus. Sur 100 mètres, il fallait passer sous la barre des 10 secondes pour être envoyé d’office aux Championnats du monde de Budapest avec la France, ou être correctement placé au classement mondial (dans les 30 premiers) en ayant obtenu des points grâce à de grosses performances, dans de gros meetings. Mouhamadou Fall, meilleur Français actuellement et champion de France en juillet, a ainsi dû patienter après la première révélation du groupe France dans lequel il ne figurait pas, pour finalement le rejoindre, repêché par World Athletics.
Pour être sélectionné, il faut courir plus vite et plusieurs fois
En 2011, pour voir Daegu – à un moment où avec Bolt, Blake et consorts, la densité mondiale sur 100 mètres était impressionnante –, la barre fatidique des minima français sur 100 mètres était bien plus clémente : 10”08. Il faut désormais courir très vite plusieurs fois, ou faire une énorme performance, pour gagner sa place dans un couloir sur les grands championnats.
La situation du sprint français ne serait donc pas aussi misérable que l’on pourrait le croire au premier regard. Il n’en reste pas moins qu’elle manque de têtes de gondole. Peut-on espérer qu’il s’en révèle une dans les 12 prochains mois ? "Si Mouhamadou Fall fait 9”99 l’année prochaine, il deviendra une figure de proue, présage Fabien Lambolez. Vous avez aussi des mecs qui tournent autour de 10”20 à 19 ans (Jeff Erius, sélectionné en relais, ndlr), vous avez des jeunes de moins de 25 ans (Pablo Matéo, Ryan Zézé, ndlr) qui se préparent pour espérer faire de belles choses à Paris, et se qualifier en individuel." Pour le moment, le sprint individuel français est dans le creux de la vague. Aux deux relais engagés sur 4x100 mètres de ramener un peu de baume au cœur, et quelques certitudes.
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Jeff Erius, 19 ans, champion de France du 60 mètres et étoile montante du sprint tricolore (ici à Miramas, le 26 février 2022)
Crédit: Getty Images
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