Du souffre-douleur au fils préféré : Tony Parker- Gregg Popovich, une histoire particulière

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LES GRANDS RÉCITS - Ce week-end, Tony Parker est allé au bout de sa légende en intégrant le prestigieux Hall of Fame, témoignage ultime de la reconnaissance du milieu. Mieux, dans cette même cuvée 2023 figure également Gregg Popovich, l'homme qui fut son entraîneur à San Antonio pendant 17 années. Pop ne l'a jamais ménagé. Mais il l'a aimé autant qu'il a pu le secouer.

Les Grands Récits - Tony Parker et Gregg Popovich

Crédit: Getty Images

20 juillet 2022. Tony Parker est de retour à San Antonio. Il y a pourtant vendu sa maison, qu'il avait conservée même après son départ pour Charlotte en 2018. Mais il ne manque jamais une occasion de dîner avec Gregg Popovich. Dans la discussion, le jeune retraité venu de France avoue à son ancien entraîneur qu'il ne comprend pas la stratégie de son ancienne franchise. Il le dit franchement à "Pop", comme il l'avait fait publiquement quelques jours plus tôt lors de la Summer League :
"Je n'ai aucune idée de ce que nous faisons en tant que franchise, donc j'ai hâte d’avoir mon dîner avec coach Pop. J'ai vraiment hâte, pour comprendre ce que nous essayons de faire. On a un roster très, très jeune, je ne connais pas 70% de l’équipe actuelle. Et je suis encore le basket-ball, je fais du scouting ! Mais je vois ces noms et je me dis, 'Mec, c'est qui ça ?'"
Il se murmure que Popovich n'a pas beaucoup apprécié cette intervention. A 74 ans, il n'a plus l'âge qu'on lui fasse la leçon. Qu'elle émane de cet ancien joueur qu'il a vu débarquer au Texas à l'aube du XXIe siècle alors qu'il n'était encore qu'un ado ne doit pas aider. Une sorte d'inversement des rôles jadis inimaginable. Parker, lui, regrette peut-être que son coach de presque toujours soit encore aux manettes avec cette équipe de fond de cuve du ranking après avoir dominé la NBA durant des années. Peut-être avait-il cru aussi qu'il quitterait la scène en même temps que lui. "Je m'en irai quand Tony partira", avait-il dit un jour. Il est resté.
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Gregg Popovich en 2022.

Crédit: Getty Images

Mais aucun désaccord, plus futile que majeur en l'espèce, ne pourra brouiller les deux hommes. Jusqu'à leur entrée commune au Hall of Fame, puisqu'ils vont être intronisés dans la même promotion l'été prochain. Un clin d'œil inespéré, un scénario presque trop bien écrit. Gregg Popovich est l'homme le plus important de la carrière de Tony Parker, et le Français tient une place à part dans celle de Popovich.
"Qui bene amat, bene castigat". Le proverbe "Qui aime bien, châtie bien" semble avoir été créé pour Popovich et Parker. Il a tant aimé son petit Français, Pop, qu'il lui a imposé un traitement de faveur, ou de défaveur, parfois à la limite du harcèlement. Mais si la méthode peut sembler choquante, elle s'est avérée efficace. Surtout, jamais il n'a pensé à mal. Au contraire. Il ne voulait que le bien de son équipe et, par ricochet, celui de Tony Parker. Qui bene amat, bene castigat...
Cette histoire-là aurait pourtant pu ne jamais s'écrire. Quand il se présente à la draft en 2001, celui que pas grand-monde n'appelle encore "TP" est un espoir de 19 ans venu de France. Le monde de la NBA n'était pas encore celui d'aujourd'hui, où les quatre derniers MVP sont issus du Vieux Continent et où les franchises n'hésitent plus à construire leur effectif autour d'un Européen. La tendance ne fait encore que s'amorcer, dans le sillage d'un Drazen Petrovic ou d'un Dirk Nowitzki. Mais le scepticisme règne encore assez largement.
R.C. Buford est le manager général des Spurs depuis 2002. Mais il a rejoint San Antonio un quart de siècle plus tôt en tant que scout principal. C'est lui qui "vend" le Frenchy à Gregg Popovich. D'abord en lui demandant de regarder une vidéo qu'il a récupérée du Nike Hoops Summit d'avril 2000. La réponse du boss témoigne de la modestie de son intérêt : "Tout le monde sait qu'il ne faut pas prendre de meneurs de jeu européen, ils ne sont pas assez rapides et n'ont pas la maîtrise du jeu NBA. Trouve-moi un shooteur dont le nom se termine en 'vic', ou le voisin de Nowitzki en Allemagne et je regarderai ta vidéo."
Toutefois, à l'approche de la draft 2001, Buford a suffisamment insisté pour que Popovich finisse par accepter de voir l'apprenti à l'œuvre. Le workout est organisé à Chicago. Tony Parker descend tout juste de l'avion. A l'heure de quitter San Antonio en 2018, le Français a publié un long texte dans le Players Tribune pour dire adieu et merci aux fans des Spurs. Il s'ouvrait sur cet épisode :
"D'accord, imaginez ceci : vous avez un très gros entretien d'embauche à venir. Vous avez travaillé toute votre vie pour arriver dans ce domaine. Et c'est avec cette entreprise, wow... (…) Ce doit être l'un des meilleurs endroits où travailler. L'interview est à l'autre bout du monde, mais cela ne vous dérange pas. Vous montez dans un avion et vous survolez l'océan pour rencontrer les patrons de l'entreprise. Prometteur, non ? (…)
Seulement, maintenant, c'est là que les choses tournent mal. Peut-être que c'est le décalage horaire, ou la nervosité. Quoi qu'il en soit, quand vous arrivez à l'entretien, vous ne vous sentez vraiment pas vous-même. Ils vous font faire des exercices et, mec… c'est frustrant. Parce que peu importe à quel point vous essayez de bien faire, aujourd'hui, vous êtes lent. Vous avez l'air dépassé - et non qualifié pour le poste. Et après environ 10 minutes, le grand patron dit qu'il a vu tout ce qu'il avait besoin de voir. Vous avez terminé. Merci d'être venu."
Popovich avait demandé à Lance Blanks, un ancien joueur NBA ayant lui aussi rejoint l'équipe de scouting des Spurs, de s'occuper du cas Parker. Avec une seule consigne : Pourris-lui la vie. Ne le laisse pas respirer quand il a le ballon. Etouffe-le. Le premier d'une longue série de bizutages. "J'ai joué le pire basket de ma vie au pire moment, se souvient Parker. Lance m'a fait passer pour... eh bien, pour l'adolescent que j'étais." Quand Popovich tourne les talons, il glisse à R.C. Buford : "Ce n'est pas vraiment ce que tu m'avais vendu..." La messe est dite. Tony Parker ne jouera pas à San Antonio.
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2014 : Tony Parker avec R.C. Buford, l'homme à qui il doit en grande partie sa venue chez les Spurs.

Crédit: Getty Images

Il devait aller à Boston, et puis...

Le jeune meneur du Racing va donc voir ailleurs. A son programme, une dizaine de workouts supplémentaires avec autant d'équipes. Cette fois, les tests sont tous plus probants les uns que les autres. Partout où il passe, il impressionne. L'info revient aux oreilles de Buford. Convaincu que Popovich n'a pas vu le vrai Parker, le futur GM parvient à convaincre le coach de donner une nouvelle chance au Français. Acte II, à San Antonio. Toujours Lance Blanks face à lui. Scénario différent.
"J'ai fait en sorte de ne pas tout gâcher à nouveau, se souvient Parker dans le Players' Tribune. J'ai beaucoup mieux joué contre Lance cette fois. Il m'a quand même donné du fil à retordre, mais j'ai à peu près tenu bon. Et je pense que j'ai montré certaines des choses dont j'étais capable sur le terrain." Sur la foi de cette seconde tentative, Gregg Popovich a changé d'avis. Il veut Parker. Un produit certes imparfait, mais l'esquisse lui suffit. Il le voit comme le futur maître à jouer de son équipe. La vie du Français a peut-être basculé ce jour-là car, comme il le dit lui-même, "je n'aurais peut-être jamais joué en NBA s'il n'avait pas décidé de me revoir."
San Antonio a bien intention de faire venir Tony Parker. Seul problème, les Spurs n'ont que le 28e pick de la draft à venir et ne se font guère d'illusions. Ils envisagent même un "trade up" pour sécuriser leur choix. Tout le monde pense que TP va atterrir à Boston. Son workout a impressionné Chris Wallace, le manager général des Celtics, et ces derniers possèdent trois premiers tours de draft. Largement de quoi lui faire une place. Jusqu'au bout, tout le monde va y croire.
New York, 27 juin 2001. Alors que les Washington Wizards prennent la foudre pour avoir sélectionné l'intérieur Kwame Brown avec le premier choix, Boston récupère coup sur coup Joe Johnson et Kedrick Brown en 10e et 11 positions. Les Celtics sont à nouveau "on the clock" dix rangs plus tard. 21e pick. L'heure de Tony Parker.
"J'étais dans les tribunes, avec mon père et mon agent, a raconté le joueur dans son autobiographie, Au-delà de tous mes rêves, parue en 2019. Avant l'annonce du 21e choix, Crissie, une dame qui travaillait pour la NBA, vient me voir en me tendant la casquette des Celtics ! Elle me dit : 'Tony, Boston va te prendre, commence à descendre'." Sauf que rien ne va se passer comme prévu : "Je commence donc à descendre avec la casquette des Celtics et à 2'45" de l'annonce, elle me dit : 'Ah ! Tony, excuse-moi, Boston a changé d'avis, tu peux remonter ! Je ne sais pas ce qu'il s'est passé.'"
Ce que Tony Parker apprendra plus tard, c'est que la décision de ne pas le drafter est venue de tout en haut. "Le coach et GM de Boston me voulaient, mais le propriétaire des Celtics a pris peur : 'Pas de meneur européen, c'est trop risqué !'" Le propriétaire en question n'est autre que le légendaire Red Auerbach, alors âgé de 84 ans.
L'Europe n'a pas encore gagné le respect de tous. Elle fait peur et les a priori ont la vie dure. Cette draft 2001 s'avère pourtant très internationale, à l'image de Pau Gasol, numéro 3, qui atterrit à Atlanta. Lorsque les Spurs se précipitent pour prendre Parker en 28e position, ils sont déjà cinq non-Américains à avoir été choisis. Certaines décisions ont vexé le Français. Comme celle du Utah Jazz, qui jette son dévolu en 25e position sur un meneur de jeu européen : Raul Lopez. Il ne restera que trois saisons en NBA sans y jouer un rôle de premier plan.

Les "Et si ?" de TP

Rétrospectivement, en empochant un futur Hall of Famer avec le 28e pick, les Spurs ont réussi un des casses du siècle. Pour les autres, restent les regrets et les questions : "Et si ?" Et si Utah avait préféré Parker à Lopez ? Et si Chris Wallace, qui venait tout juste de s'installer au poste de GM des Celtics, avait su imposer ses convictions aux idées reçues de Red Auerbach ? Et si Dallas, très intéressé par Parker, n'avait pas sacrifié son 22e choix quelques mois plus tôt dans un deal pour acquérir Courtney Alexander pour finalement le trader à nouveau au bout d'une trentaine de matches dès sa saison de rookie ?
"Toute personne impliquée dans la cellule de draft d'une franchise pendant plusieurs années a, un jour ou l'autre, ce genre d'interrogations, explique Wally Walker, double champion NBA en tant que joueur avant de prendre la tête des Seattle Sonics. Ce qui fait le plus mal, c'est quand un joueur vous passe sous le nez alors que vous aviez la conviction de tenir une pépite. Puis, finalement, pour une raison ou une autre, vous passez à côté."
En 2014, lors d'un sondage effectué auprès de dirigeants en fonction au cours des 15 dernières années, quatre avaient évoqué la non-sélection du Français comme leur plus gros regret. Aucun autre joueur n'était mentionné davantage que lui. Wally Walker était l'un d'eux. "J'adorais Tony, a-t-il confié au Bleacher Report. Il était venu faire un workout chez nous et il avait été absolument fantastique. Est-ce que nous aurions pu le prendre avec notre 12e choix ? Sûrement. Mais nous avions déjà Gary Payton…" Seattle était sur le point de drafter TP avec le 30e pick, mais il s'est évaporé juste avant.
Gregg Popovich, lui, est ravi. Même si, en public, dès ce 27 juin, il pique au vif son rookie : "Il a du talent, mais il aura besoin de beaucoup plus que cela. Il va devoir gagner en puissance, en expérience. Je pense qu'il apprendra des gars qui sont déjà là. Mais on verra à quelle vitesse il peut progresser." "Cette draft aura été une drôle d'histoire", résume de son côté Parker. Ce n'est que le début de la sienne, comme de sa relation avec ce coach qui va changer sa vie.
Elle naît par intermittence à l'été 2001, lors de la Summer League, dans l'Utah. Rien ne compte plus aux yeux du petit Français que la reconnaissance de son nouvel entraîneur. Lors de son premier match, il claque 29 points. Mais une chose le chiffonne. En tribunes, seul Mike Brown, l'adjoint de Popovich, a pris place. "Mike, pourquoi Pop n'est pas là ? Je veux lui montrer de quoi je suis capable." Brown téléphone au coach. Sur ce qu'il a vu, il ne serait pas déraisonnable de confier les clés du camion au gamin bien plus tôt que prévu. Popovich a besoin de juger par lui-même. TP domine à nouveau les débats et l'idée fait son chemin. "Je suis content qu'il soit venu parce que c'est lui qui décidera de me faire jouer ou non", dit le jeune meneur.
Il va le faire jouer. Presque tout de suite. Lorsque débute la saison régulière, Tony est sur le banc. Mais dès le cinquième match à Orlando, Popovich décide de l'installer dans le 5, au détriment d'Antonio Daniels. Le coach lui annonce la nouvelle dans l'avion, en allant en Floride : "Je n'ai pas envie de perdre du temps. Antonio Daniels n'est pas un meneur. Toi, tu vas être notre meneur dans le futur, autant commencer maintenant, ça ne sert à rien de perdre du temps."
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Tony Parker et Antonio Daniels lors des premiers pas du Français en NBA.

Crédit: Getty Images

Parker est fier comme un pape. A 19 ans, il est le plus jeune meneur de jeu titulaire en NBA depuis un certain Magic Johnson en 1979. Mais la grande nouvelle se double d'un avertissement. "Je me fous de l'âge que tu as, je vais te coacher comme un mec de 30 ans, prévient l'entraîneur. Tu vas te faire crier dessus, tu vas te faire insulter, mais on va te faire grandir plus vite que la normale. Tu es prêt à ça ? Tu es prêt à prendre toutes les critiques, la pression d'être le meneur titulaire d'une équipe qui veut jouer le titre ?"
A ce stade, Popovich est déjà convaincu que son rookie a de l'or dans les mains. Mais il doit surtout découvrir ce qu'il a dans le bide. "Sors-toi la tête du cul !", a-t-il hurlé dès le tout premier entraînement. Le ton était donné et il en serait ainsi tous les jours.
Parker subit les petites affres traditionnelles du rookie. Le matin, il doit amener deux douzaines de donuts et un café. Le café pour l'arrière Steve Smith, les donuts pour les autres, avec celui à la noix de coco pour Tim Duncan. Duncan, la star des Spurs, qui n'adressera la parole au Français qu'au printemps suivant. On raconte qu'il avait peu goûté son intronisation aussi rapide dans le 5 de départ à la place d'Antonio Daniels, son meilleur ami. Mais tout ceci n'est rien à côté du pressing permanent de son coach.
Parker devient son souffre-douleur, sa cible favorite. Entraîneur d'une exigence folle, généreux en critiques voire en insultes et avares en compliments, Popovich le soutient publiquement mais, en interne, il ne le lâche pas. "Lors de ma saison de rookie, j'avais parfois les larmes aux yeux sous la douche après l'entraînement, a raconté le Français dans son autobiographie. Je me disais : 'Je ne vais jamais le satisfaire ce coach-là, il ne sera jamais content' (…) Avec Tim Duncan et Manu Ginobili, il a été rude aussi, mais pas à ce degré-là. Avec moi, ça frôlait l'abus parfois."
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Parker. Ginobili. Duncan . Le trio de légende des Spurs.

Crédit: Getty Images

Ce traitement spécial va même s'étendre bien au-delà de sa première saison en NBA. Même une fois installé, Parker continuera de susciter l'ire de son entraîneur, bien plus que les autres tauliers texans, à l'image de cette scène datant de 2003 : "Une fois, on était en vidéo, il me gueulait dessus et il insistait pour que je réponde. En fait, il attendait l'affrontement. Et moi, je ne répondais pas, je le regardais. Et là, il me dégage de la vidéo :' Sors de la pièce !' Tim se lève et prend ma défense : 'C'est bon maintenant, Pop, ça va trop loin !' Pop fait alors sortir tout le monde pour qu'on discute, Tim, Manu et moi. Il nous explique : 'On ne peut pas laisser passer cette opportunité de gagner. C'est plus fort que moi, Tony, il faut que tu sois prêt, c'est pour ça que je suis dur avec toi'".

Le premier Noël chez Pop

Il a fallu une sacrée force de caractère à Tony Parker pour tout encaisser. "Ça n'a pas été simple, avoue-t-il dans son livre. Il ne ressemblait à aucun des entraîneurs que j'avais connus jusqu'alors. Mais dans le même temps, j'avais grandi dans une famille avec un père respecté mais très dur avec nous. Donc c'était normal pour moi. Je n'ai jamais eu de problèmes avec l'autorité. Je n'ai jamais répondu. Au contraire, je voulais répondre en lui montrant de quoi j'étais capable sur le parquet. Certains joueurs sont faits pour ça, d'autres non. Beaucoup m'ont dit que jamais ils ne pourraient jouer pour un coach qui les insultait. Mais ça ne m'a pas gêné, parce que j'ai toujours pensé qu'il le faisait pour le bien de l'équipe."
Et pour le sien. Popovich n'a effectivement jamais agi par perversité. Puis il a toujours été ouvert à la discussion. Parker, lui, a eu l'intelligence d'attendre le bon moment pour répondre. Jamais il n'a réagi de manière impulsive. Jamais à chaud, toujours à froid. Le lendemain, il se rendait dans son bureau, en lui expliquant calmement sur quels points il n'était pas d'accord avec lui et pourquoi. "Parfois, dit encore TP, en quittant son bureau, nous n'étions toujours pas d'accord, mais de cette façon, nous avons tout de même fait progresser l'ensemble de l'équipe. C'était ça, notre relation."
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Un classique : Pop hurle après Tony.

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Au fond, que traduit cette relation à la dure ? Un profond respect, et même une réelle affection. En 2019, au soir de la cérémonie à San Antonio en hommage à TP lorsque son maillot a été retiré, Boris Diaw a évoqué une anecdote qui en dit long.
Nous sommes en 2001, au tout début de la carrière de Tony Parker en NBA. Popovich a convié son jeune meneur à passer son premier réveillon de Noël texan chez lui, en famille. Il est flanqué de son ami et futur coéquipier aux Spurs Boris Diaw, venu lui rendre visite. La soirée est chaleureuse. Diaw raconte la suite : "Entre le plat principal et le dessert, Pop a disparu, Tony aussi. Comme j'aime bien fouiner, je me suis promené dans la maison pour les retrouver. Là, je tombe sur Pop et Tony en pleine séance vidéo au sujet de leur match de la veille ! Je me suis dit 'C'est Noël, les familles sont à table, et Pop est en train d'engueuler Tony. 'Là, comment tu aspu rater ce tir, là, tu as perdu le ballon '!"
Il y a tout ici, du lien humain entre un "deuxième père", ainsi que Parker a défini Popovich, et son fils préféré, au rapport professionnel noué dans l'exigence extrême et constante d'un coach envers son joueur. Boris Diaw a compris beaucoup de choses ce soir-là : "Dans la même soirée, à Noël, il y a eu le repas en famille, l'amour et l'attention, et en même temps cette envie de faire de Tony un meilleur basketteur. C'est là que j'ai su que Tony était entre de bonnes mains et que sa carrière allait être aussi immense."
"C'est un rapport professeur - élève et père-fils, ou presque grand-père - petit-fils, puisque Tim (Duncan) a été son premier fils", juge quant à lui Bruce Bowen, arrivé à San Antonio en même temps que Parker et membre des Spurs jusqu'en 2009. Peu importe comment on choisit de la définir, elle a été et restera spéciale.
Au fil des saisons, Parker grandissant, Pop vieillissant, la relation entre les deux hommes a évolué. L'exigence ne s'est jamais démentie, mais les gueulantes sont devenues plus rares, car presque inutiles. "Aujourd'hui, confiait le Français en 2014, l'année de leur quatrième sacre commun, on n'a même plus besoin de se parler pour se comprendre. Il suffit que Pop me regarde, et je sais ce qu'il veut." Les compliments, à défaut de couler à flots, ont cru au même rythme que les marques d'affections.
Quand Tony Parker a quitté le cocon des Spurs en 2018 pour une dernière saison du côté de Charlotte, le coach légendaire s'est senti orphelin. Le dernier de ses fils venait de partir loin de la maison. Le fils préféré, peut-être. Lorsque les Hornets ont croisé San Antonio en saison régulière, leurs retrouvailles furent l'événement du jour. Et Pop devint presque sentimental : "Tant qu'il est heureux, je suis heureux. Il a été comme un fils pour moi. Je suis son ami pour la vie."
Le soir où son numéro 9 a été hissé sous le toit du AT&T Center en novembre 2019, Gregg Popovich lui a même adressé lors de son discours ce que personne n'aurait jamais imaginé entendre : des excuses publiques. "Tony, a-t-il soufflé, je veux m'excuser pour toutes ces violences physiques et morales à ton encontre tout le temps où tu as été là. Je voulais dire ça depuis longtemps." Pas sûr que TP lui en ait voulu ne serait-ce qu'une minute. Lui avait compris.
Ce même soir, Pop a aussi rappelé sa prémonition vieille de presque deux décennies, témoignage de sa foi en ce môme venu de si loin : "La vérité, c'est que, pour moi, j'ai été le gars le plus chanceux du monde d'avoir pu te voir grandir de tes 19 ans à aujourd'hui. Du jeune gamin à qui j'ai donné le ballon et dit : 'Ok, tu vas diriger le show' et un jour nous serons là pour le Hall of Fame. C'est assez incroyable et ça, c'est fait, tu seras au Hall of Fame." Ils y sont tous les deux et y sont entrés ensemble. Père et fils réunis, jusqu'au bout du chemin.
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Tony Parker et Gregg Popovich le 11 novembre 2019 lors du retrait du maillot du Français.

Crédit: Getty Images

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