Nouvelle série dans Les Grands Récits, consacrée aux grandes rivalités, collectives ou individuelles. Le premier épisode nous mène en Limousin et en Béarn, terres de deux géants du basket français. Qui se détestent cordialement depuis plus de trente-cinq ans...

Les grands récits
Bad Boys et fiers de l'être
09/11/2020 À 22:58
Le Boulevard de Beaublanc va revêtir son manteau de neige. Au beau milieu de cet axe situé au nord de Limoges trône le Palais des Sports du même nom. Beaublanc. Neuf lettres pour un lieu mythique. Ce 29 janvier 2010, malgré le froid glacial, Limoges a la fièvre. Dans quelques heures, Beaublanc, ce Pot-au-noir du basket, rugira de cette ambiance irrationnelle qui a emporté tant d'adversaires. Ce soir, l'ennemi palois est de retour. Pour la première fois depuis près de six ans.
Limoges, après un dépôt de bilan en 2004, est reparti en Nationale 1, le troisième échelon du basket français. Sauvé de la disparition par son ancien meneur de jeu devenu président, Frédéric Forte, le CSP se reconstruit lentement. Désormais en Pro B, il n'a toujours pas retrouvé l'élite. L'Elan Béarnais, lui, vient de la quitter. Les deux anciens géants de France, 18 titres de champion (neuf chacun) à eux deux entre 1983 et 2004, renouent enfin le fil de leur rivalité dans l'antichambre du pouvoir.
Ce n'est donc qu'un match de Pro B, mais c'est l'évènement basket de l'année en France. Parce que Limoges. Parce que Pau. Parce que Pau-Limoges. Entre eux, peu importe la scène. Ils pourraient s'affronter en finale de l'Euroligue, du Championnat de France ou dans la rue, l'envie d'en découdre serait la même.

2010 : Palois et Limougeauds se retrouvent, en Pro B. Ici à Bercy, lors de la finale du championnat. Les deux équipes remonteront en Pro A.

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Le plaisir de la détestation

Médiatiquement, aucune affiche n'excite autant que ces retrouvailles. Pour preuve, la chaîne Sport +, alors détentrice des droits du basket hexagonal, a mis les petits plats dans les grands et diffuse la rencontre en direct. Quarante journalistes sont accrédités. Du jamais vu pour une rencontre de deuxième division. Tous les billets sont vendus depuis deux semaines. Forte l'assure, le cap des 20 000 spectateurs aurait pu être dépassé sans problème.
Pau est leader, avec une victoire d'avance sur son dauphin limougeaud. Les deux clubs remonteront en Pro A au terme de cette saison. Ironie de l'histoire, c'est l'Elan béarnais, déjà sacré, qui validera par une victoire le billet du CSP. Mais ce 29 janvier, il s'agit d'autre chose. De revivre des émotions perdues depuis trop longtemps. De retrouver le plaisir de la détestation. De réactiver cette haine de clocher qui ne ressemble à rien d'autre dans le sport tricolore.
Dans le 4e quart-temps, Pau s'envole. +11 à deux minutes de la fin. Puis la mystique Beaublanc tourne à nouveau à plein régime. Limoges grignote. Revient à deux longueurs. Dernière possession. Au buzzer, John McCord rentre son shoot et arrache la prolongation. Déflagration dans la salle. Le CSP finit par s'imposer. Alors consultant pour Sport +, Jacques Monclar est au micro ce jour-là. Il a joué à Limoges. Devenu entraîneur, il s'est installé sur le banc de Pau-Orthez puis celui du CSP. Mais son cœur est limougeaud. Sur le tir de McCord, il n'a pas pu se retenir :
"Emporté par Beaublanc, je lâche un truc comme 'Le CSP n'est pas mort !' Ce que je n'aurais jamais dû dire, mais je le dis, parce qu'on a ça en nous. Ce panier improbable, ce retour improbable du CSP. Dans le commentaire, on est parfois emporté par l'ambiance. Je l'avais été. Ça prouve qu'on aime ça, même si c'est une erreur."

D'abord, il n'y eut que du sport

Cette histoire-là charriait trop de souvenirs pour ne pas rejaillir dans un tel contexte. Même derrière les obligations du micro. Même pour une affiche de Pro B, loin des glorieuses joutes d'antan.
Du temps de leur splendeur commune, Béarnais et Limousins avaient donc fait main basse sur le basket français, bousculant l'ordre établi avant d'entamer un pas de deux quasi-tyrannique. Mais avant de s'entretenir d'elle-même à coups de petites phrases et de grands duels, où et comment est née cette rivalité d'une intensité inédite sur le fond comme dans sa forme, jusqu'à flirter avec la limite du déraisonnable ?
D'abord, il n'y eut que du sport. Un nouveau roi et son nouveau dauphin qui n'aura de cesse de vouloir le décapiter. Au début des années 80 pousse un géant. Une ville, Limoges. Et trois lettres pour un emblème : CSP. Le Cercle Saint-Pierre. Sacré champion de France en 1983, 84 et 85, le club du président Xavier Popelier crée également sa propre mythologie européenne en remportant deux années de suite, en 1982 et 1983, la Coupe Korac, la "C3" du basket. Tous sports collectifs confondus, les premiers trophées du sport français à l'échelle continentale. Dans ce domaine, Limoges aura toujours l'étoffe d'un précurseur. Le peuple vert et ses légendes, Ed Murphy, Richard Dacoury, Jean-Michel Sénégal, Appolo Faye, traversent une première période faste.
Le caillou dans la chaussure va venir d'un petit village du Béarn d'à peine 8000 âmes. Pau-Orthez n'est encore qu'Orthez. Arrivé dans l'élite en 1973, ce trublion grandit sous la houlette d'un jeune président ambitieux, Pierre Seillant, dont la passion de l'Elan Béarnais irrigue les veines. En 1984, Orthez prend sa première part du gâteau de la gloire en succédant à Limoges au palmarès de la Coupe Korac. Ce n'est pourtant pas encore l'heure de l'animosité. Trois jours après leur sacre européen à Coubertin, les Béarnais jouent à... Limoges. Beaublanc applaudit, l'accueil est chaleureux, l'hommage sincère. Bientôt, le ton aura changé. Bientôt, les baffes dans la gueule auront remplacé les tapes dans le dos.

D.Gadou : "Le Limougeaud a toujours été hautain"

Les premiers orages grondent. En février 1986, le CSP reçoit l'Elan. Limoges se promène mais, après le match, dans les couloirs de Beaublanc, Mike Davis et Benkali Kaba se battent. Paul Henderson tente de s'interposer et prend au passage une chaise lancée par Kaba. Résultat, fracture du nez et direction l'hôpital. Même s'il s'agit alors d'un contentieux entre deux joueurs, à compter de ce jour, l'exacerbation des sentiments entre Béarnais et Limousins ne s'arrêtera plus.
En coulisses aussi, le climat se crispe. Le pivot Franck Butter, grand espoir du basket français, formé au CSP, est débauché en 1985 par Orthez. Xavier Popelier grogne. "Limoges n'est pas seul sur terre", réplique Seillant. Avec son sens de la formule et son goût d'une certaine provocation, le président béarnais va devenir LE personnage central de la rivalité entre les deux clubs. Plus encore que n'importe quel joueur, plus que Dacoury, Ostrowski, les frères Gadou, Fauthoux, Bonato ou qui vous voudrez, c'est lui, "Le Prési", qui saura mieux que personne entretenir les braises sur le foyer. Quitte parfois à y déverser des bidons d'essence.
"Oui, Pierre Seillant était le maître dans ce domaine, concède Didier Gadou, une des grandes figures du club béarnais dont il fut un joueur majeur avant d'en devenir l'entraîneur puis le directeur général. C'est quelqu'un de cultivé, de très malin, de coquin. Il avait de la mémoire, il aimait le sport et son club et puis, dans l'âme, c'était un gagneur." A Limoges, peut-être plus encore que les emblèmes des effectifs successifs, il sera l'ennemi public numéro un. Là-bas, sa mauvaise foi rend fou. "Ça allait loin, note Monclar. Il a fait des choses merveilleuses pour son club, mais parfois de façon outrancière."

Pierre Seillant.

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La chasse au CSP devient le passe-temps favori de Pierre Seillant. Avec sa faconde, il va jouer la carte du petit poucet contre l'ogre. "Il en a quand même pas mal rajouté sur le côté village gaulois contre les vilains romains, sourit Jacques Monclar. Le petit contre le gros alors que, même si Limoges, c'est vrai, mettait beaucoup de choses sur le basket, il n'y avait pas cette espèce de différence."
"Quand on était à Orthez, non, il ne surjouait pas, conteste l’ancien meneur de jeu Freddy Fauthoux, autre personnage central de l'Elan. Il a fait monter son club de N3 jusqu'au titre de champion avec très peu de moyens, avec des gens du cru, donc c'était vraiment le petit village gaulois." Face à la "grande" ville, et son inaliénable nature, à en croire Didier Gadou : "Le Limougeaud a toujours été hautain. Il avait l'impression qu'il appartenait à la ville et qu'il était au-dessus de tout. C'est ce qui nous agaçait toujours un petit peu, cette façon de regarder les gens de haut. Et ce n'était pas bien perçu par nos supporters non plus. C'est une façon d'être. C'est comme ça."

La Moutète : Poulailler, vestiaires indignes et caca d'oie

L'Astérix béarnais grandit rapidement et conquiert son premier titre de champion de France en 1986. Un an plus tard, alors que les playoffs sont instaurés pour la toute première fois, Orthez et Limoges s'affrontent en finale. Le point de non-retour entre les deux clubs. "C'est l'étincelle qui met le feu aux poudres, pour Didier Gadou. C'est le début de l'incendie et de la passion. Ce genre d'évènement crée l'histoire et cette finale a transformé chaque match avec Limoges en un rendez-vous incontournable."
Lors de cette saison 1986-87, Orthez et Limoges ont survolé les débats en France et brillé en Coupe d'Europe. Le CSP a encore atteint la finale de la Korac, perdue contre le FC Barcelone, alors que l'Elan a vécu une vraie épopée en C1, échouant aux portes de la finale. Tous les colosses du Vieux Continent, le Kaunas d'Arvydas Sabonis, le Real Madrid, le Maccabi Tel-Aviv, se sont pris les pieds dans le tapis de la Moutète, l'improbable antre orthézienne.
La Moutète. Un marché couvert le jour, salle de basket le soir, entre volailles et balle orange. Didier Gadou y a grandi : "Quand arrivait l'heure du match, tout le monde convergeait au cœur du village, c'était une immersion totale dans le cœur de la cité."
Ici, le kop s'appelle "Le Poulailler". "On avait des vestiaires qui étaient indignes, se souvient Jacques Monclar. Mais il y avait une ferveur, ces 5000 personnes sur trois côtés seulement qui tapent des pieds sur les bancs. Il caillait terrible, l'hiver. C'était un endroit unique à jouer. Il y avait un parfum particulier." Au sens propre comme au figuré. Jean-Michel Sénégal, avant de quitter Limoges en 1986, avait lâché un de ces petites phrases qui font le sel de la dualité béarno-limousine : "J'en ai marre de la Moutète, on joue sur du caca d'oie."

Finale 1987, la baston du siècle

Entre ces deux équipes peuplées de fortes personnalités, le choc frontal de 1987 pouvait difficilement se tenir dans le calme. Dacoury, Ostrowski, Monclar, Thompson, Kea côté CSP. Hufnagel, Henderson, Carter, Kaba, Gadou, Haquet, Ortega à l'Elan. Limoges survole le premier match à Beaublanc, mais Orthez possède l'avantage du terrain. Le retour et, si nécessaire, la belle, auront lieu à la Moutète. Le deuxième acte, joué dans un climat délétère, va dégénérer. Jacques Monclar raconte :
"Après la première manche, on voit des choses lors de la séance vidéo. Un joueur d'Orthez qui met systématiquement les genoux sur les écrans, qui cherche à mettre des béquilles. Sans en parler au coach, Michel Gomez, on se dit entre nous 's'il recommence, on lui règle son compte'. Ce joueur, c'était Paul Henderson, évidemment. Et le fait est que lors du 2e match, il continue, l'animal. Donc on lui a un peu sauté dessus."
Juste avant la mi-temps, Paul Henderson et Clarence Kea se chauffent au rebond. L'empoignade à deux se transforme en mêlée. Puis Benkali Kaba veut s'en prendre à Kea. Kaba est un superbe bébé, mais le pivot américain du CSP est un taureau. Un ancien boxeur, aussi, accessoirement. Et un sacré personnage. Un molosse intimidant, jusqu'à ce qu'il ouvre la bouche, révélant une voix de crécelle tranchant avec son physique.
Kea se met en garde, comme l'ancien poids lourds qu'il est, se rue sur Kaba, et le projette sur le pupitre du journaliste de L'Equipe, Pierre Tessier. La machine à écrire vole. Il faut que Pierre Seillant lui-même intervienne pour les séparer, en attrapant Clarence Kea "par les couilles". "On m'avait appris à faire comme ça au rugby : si tu ne peux pas plaquer en haut, chope-le par en bas !", racontera le président.
Le match et ces incidents marquent un avant et un après, dans la relation entre les deux clubs. "On est en direct sur France Télé et c'est peut-être la plus belle générale de l'histoire du basket français. On était un peu siphonnés. Oui, là ça a pris un tournant un peu sauvage", avoue Monclar.

"Le sud-ouest contre le reste du monde, ça leur va bien..."

Orthez remporte ce deuxième match et tout le monde craint le pire pour la belle. A tort. Cette fois, il ne sera question que de basket. "La belle, c'est un vrai bon match de basket", rappelle Monclar. Le titre se joue sur le fil du rasoir. Richard Dacoury claque un panier à trois points pour replacer le CSP devant (81-80) mais Freddy Hufnagel provoque la faute de Clarence Kea à quatre secondes de la fin. Double ficelle. Freddy ne tremble pas aux lancers. La Moutète explose, Orthez conserve son titre.
Hufnagel, lui, fait le show devant la presse : "C'est mon métier de les marquer. J'ai fait comme à l'entraînement. C'est lié à la classe intrinsèque du joueur." Du douzième degré, quand on connait le bonhomme. Mais cette séquence achève en beauté une saison de rêve pour le meneur béarnais, qui a marché sur l'eau, dixit Jacques Monclar : "Cette année-là, Freddy est dans les 5-6 meilleurs joueurs d'Europe. Et pas qu'à son poste. Il colle quand même 33 points au Real à Madrid. Il fait des trucs pas possibles. Il avait un niveau… Après, ça s'est un peu gâté, pour diverses raisons, mais Freddy était alors à un niveau exceptionnel."
A Limoges, la pilule ne passe pas. La faute de Kea sur Hufnagel, les joueurs de Michel Gomez la cherchent en vain. "C'est dur de perdre comme ça, j'ai vraiment l'impression qu'on n'a pas été honnêtes avec nous, râle Gregor Beugnot, l'autre meneur limougeaud. Même Freddy reconnait qu'à la fin il n'y avait pas faute." Dans le même registre, Ostrowski peine à ravaler son amertume : "On a subi une injustice ce soir. Hufnagel a très bien joué sur sa nouvelle notoriété. Les arbitres se sont laissé prendre au piège."
Chacun se drape dans son personnage. Si les Béarnais ont poussé loin le bouchon du petit village gaulois, Limoges abat la carte du mal-aimé. Même plus de trois décennies après, Jacques Monclar n'est pas loin de penser qu'il y avait maldonne : "A l'époque, le patron du basket pro français s'appelait Jean Bayle-Lespitau. C'était un Palois. On avait le sentiment que, quoi qu'on fasse, l'affect allait de l'autre côté. C'était un peu le rapport Saint-Etienne - Lyon. Et on était Lyon. Voilà, on était Limoges, ils étaient le village gaulois. Le sud-ouest contre le reste du monde, ça leur va bien..."

Elan - CSP, détestation réciproque et intérêt commun

Désormais, chaque victoire de l'un nourrira l'appétit de l'autre. En 1988, le CSP signe un triplé mémorable (Championnat, Semaine des As, Coupe des coupes) avec ce qui reste peut-être la plus belle équipe de son histoire, le "Cobra" Don Collins ayant remplacé Paul Thompson au sein d'un effectif par ailleurs très stable. Pour Monclar, pas de doute, cette campagne légendaire trouve sa source dans la finale 1987 : "On n'aurait peut-être jamais fait le triplé en 1988 s'il n'y avait pas eu cette défaite. Tout l'été, on n'a pensé qu'à ça. Non seulement on avait perdu, en plus avec l'impression qu'on aurait dû gagner et, en prime, on nous avait un peu pris pour des cons."
Preuve que la turbulente finale de 1987 a tout changé, désormais, prendre le dessus sur le rival devient un enjeu à part entière, au-delà des titres. Sur la route du triplé, l'adversaire principal de Limoges, c'est Cholet, finaliste de la Semaine des As comme en championnat. Mais le moment le plus fort de cette saison, c'est à la Moutète que le CSP le vit, en prenant sa revanche face à Orthez en demi-finale, assure encore Jacques Monclar : "A une minute de la fin, on sait qu'on a gagné. Michel Gomez prend un temps mort, ce qui n'était d'ailleurs peut-être pas indispensable. Et je revois Clarence qui revient vers le banc et dit avec sa toute petite voix : 'We did it, We did it !' On avait ça en nous."
Si la spectaculaire baston du printemps 1987 restera la plus "belle", la tension demeure constamment palpable par la suite, sur le parquet comme en dehors. Mais cette inimitié profonde n'exclut pas une forme de complicité. L'Elan et le CSP ont compris, et le basket français avec lui, qu'ils avaient un intérêt commun à entretenir cette rivalité. D'où un arrangement tacite.
Dans le livre que Gérard Bouscarel lui a consacré (Pierre Seillant, Au cœur de l'Elan Béarnais), l'ancien président de Pau-Orthez en convient : "Pas une seule fois nous en avons parlé entre nous, mais il est évident que c'était dans l'intérêt de tout le monde (...) Nous remplissions les salles en un tour de main, les télévisions étaient derrière chaque épisode, les médias se régalaient et je n'ai jamais vu grand monde cracher sur les débordements, bref, nous occupions le terrain."
"Entre nous c'était épique, mais quand on se déplaçait en France, nous ou les Limougeauds, tout le monde accourait, confirme Didier Gadou. On avait créé une dynamique autour du basket, ces deux clubs étaient devenus des ambassadeurs."

Limoges champion d'Europe ? Fauthoux "avait les boules"

En se tirant la bourre, les deux ennemis se font mutuellement grandir. Mais l'un pousse plus vite que l'autre au carrefour des décennies 80 et 90. S'ils ont partagé 18 titres en 22 saisons, il convient de distinguer deux périodes. La première, jusqu'au milieu des années 90, marque l'ère CSP. Huit titres de champion, quand le rival n'en glane "que" trois.
Surtout, Limoges ne se contente alors pas d'être un géant hexagonal. Il est aussi un grand d'Europe. Avant la refonte des compétitions européennes au XXIe siècle, le nombre de clubs ayant remporté les trois Coupes d'Europe se comptait sur les doigts d'une main. Le CSP était l'une de ces phalanges. Après la Korac et la Coupe des Coupes, Limoges décroche le Graal absolu en devenant champion d'Europe en 1993 contre le Trévise de Toni Kukoc. A jamais les premiers, six semaines avant l'Olympique de Marseille en football. Cette consécration l'isole dans sa propre dimension quand l'Elan, lui, ne donnera jamais de petite sœur à sa Coupe Korac 1984, échouant même à plusieurs reprises aux portes du Final Four de l'Euroligue.
Alors, faute de l'égaler, le Béarn a-t-il jalousé la réussite européenne de son rival limousin ? A Limoges, l'argument est souvent avancé. Devenu président, le regretté Fred Forte n'hésitait pas à en remettre régulièrement une couche dans ce registre. "Non, il n'y avait pas de jalousie, assure l'ainé des frères Gadou. On n'est pas dans le déni, on sait aussi reconnaitre la valeur d'un exploit sportif. Mais nous n'étions pas jaloux, non. On vivait bien, on était une bande de copains, on a eu envie d'écrire notre histoire. Ils ont eu cette chance d'être champions d'Europe, tant mieux pour eux."
Mais le 15 avril 1993, quand la France du sport célèbre ses héros, les Palois, eux, l'ont mauvaise. Personne n'a débouché le champagne en Béarn. "J'avais trop les boules, nous avoue Freddy Fauthoux. Je n'étais pas pour Limoges, clairement. Je m'en fichais qu'on m'explique que c'était une victoire pour le basket français."
Et la sagesse, bordel, Freddy ? Mais rien à faire, la patine du temps n'a pas modifié son ressenti : "Même aujourd'hui, je ne peux pas me dire ça. On a tellement donné, on a tellement poussé loin cette rivalité que même si on a un peu plus de recul, je ne peux pas admettre que c'était bien que Limoges soit champion d'Europe. Je ne peux pas." Puis, dans un grand éclat de rire : "Vous pouvez l'écrire. Si je peux maintenir la rivalité avec mes petites phrases !"

"Si on me dit que j'étais le joueur le plus détesté des supporters limougeauds, ça me fait plaisir"

Il sait de quoi il parle, le "Petitou". Cette rivalité est d'abord redevable à ses emblèmes. Limoges et Pau doivent une partie de leur palmarès et de leur aura aux légendes étrangères. Les Don Collins, Michael Young, Ed Murphy, Howard Carter, Gidza Muresan, Juri Zdovc, Marcus Brown, Conrad McRae, Michael Brooks, Paul Henderson et tant d'autres.
Mais ce lien sulfureux entre Béarnais et Limougeauds doit tout ou presque à ceux qui ont passé dix ans, quinze ans, voire une vie entière au club. La figure honnie, à Pau, se nomme Richard Dacoury. Evidemment. "Celui que j'ai le plus détesté ? C'est le plus connu", tranche ainsi Didier Gadou, sans même avoir besoin de nommer le "Dac'", peut-être le plus grand joueur français de l'ère pré-NBA.

Richard Dacoury, LE symbole d'un CSP triomphant au niveau européen.

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Si vous effectuez un sondage rapide autour de Beaublanc, la même question à front renversé a toutes les chances de générer le même type de réponses : les frères Gadou, Didier et Thierry (Didier, surtout), ou Freddy Fauthoux. Soit le trio landais pur souche. Ils ne s'en offusqueront pas, au contraire. "Si on me dit que j'étais le joueur le plus détesté des supporters limougeauds, ça me fait plaisir. C'est une façon d'être reconnu parce que ça veut dire qu'on a vraiment marqué la rivalité", glisse l'actuel entraîneur-adjoint de l'ASVEL.
L'enfant de Horsarrieu, à cinq minutes d'Orthez, a été biberonné à l'Elan Béarnais. "Mon père avait pris deux abonnements à la Moutète, raconte Fauthoux. Lui allait à tous les matches et ma mère, mon frère ou moi, on l'accompagnait à tour de rôle." Il a 14 ans lors de la fameuse finale 1987. Trois de plus quand il débute en équipe première. "J'ai été bercé par ces premiers matches mythiques avec Limoges, la bagarre entre Kea et Henderson... Plus tard, chaque fois qu'on allait à Limoges, je prenais la cassette VHS du match pour la mettre dans le bus. Pour que tout le monde se souvienne qu'on n'allait pas jouer un match normal."
Aucun autre joueur n'a été à ce point transcendé, presque transformé par ces joutes. "On n'est plus nous-mêmes. Soit on devient super bon, soit on devient super con, mais tout se fait à l'extrême contre le CSP, témoigne encore Fauthoux. Je n'avais pas de qualités naturelles particulières. Je n'avais pas une grande taille, un physique imposant et j'allais souvent chercher dans le mental, dans ma volonté. Je me sentais investi d'une mission à accomplir, ce côté guerrier qu'il fallait, j'arrivais à l'exprimer. C'est vrai, j'étais souvent meilleur contre le CSP que dans d'autres matches."
"Qu'est-ce qu'on l'aurait aimé s'il avait joué à Limoges..., dit de lui Jacques Monclar. Il était sous-dimensionné physiquement, mais c'était un demi de mêlée dans l'esprit. Les rugbymen disent de ce genre de types que ce sont des fouteurs de merde. Freddy était un petit peu comme ça. Mais quel joueur."

Freddy Fauthoux, l'ancien meneur de Pau-Orthez, et bête noire des supporters de Limoges.

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Seillant : "J'ai été sali, au propre comme au figuré"

Ces grandes figures ont aussi tenu un rôle dans la transmission. Saison après saison, ce sont elles qui ont inculqué aux nouveaux venus l'ADN de la haine. Fred Weis a 18 ans quand il arrive à Limoges en 1995. "Ça ne m'évoquait absolument rien cette rivalité, rigole le séquoia de Thionville. Je viens de Lorraine, le club principal chez moi, c'était Nancy. Donc pour moi, la rivalité Pau-Limoges, ça ne veut rien dire." Mais ça ne va pas durer. "Dès que je suis arrivé, on m'a inculqué ça, poursuit l'ancien pivot. Il y avait des anciens, Dacoury, Forte, Bilba, M'Bahia. Des mecs qui baignaient dedans. Entre eux et les supporters qui ne me parlaient que de ça, au bout de quelques mois, je détestais Pau."
Avec le zèle du converti, Weis devient même un des plus virulents, presque à son propre étonnement : "J'ai été rapidement endoctriné. Je ne sais pas comment ils ont fait, parce que ce n'est pas dans ma nature, je ne suis pas quelqu'un de conflictuel. Pourtant, je les ai vraiment très vite détestés. J'avais même une haine presque viscérale. Même après avoir quitté Limoges, il m'a fallu du temps pour me défaire de ça."

Frédéric Weis, le géant du CSP, vite converti à la haine du Béarnais.

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Sans atteindre les accès de violence des PSG-OM en football, cette haine contagieuse dont parle Fred Weis va amener les duels Pau-Limoges à flirter avec la ligne rouge. "Ce qui a été un peu choquant au fil des années, déplore Jacques Monclar, ça a été de voir des drapeaux et des banderoles 'commando ultra anti 64', 'commando ultra anti 87'. Là ça devenait très con." "Le niveau ordurier d'une petite frange du public de Limoges était inacceptable, estime Pierre Seillant. C'est à mon sens le gros point noir de notre histoire. J'ai été sali, au propre comme au figuré. On m'a craché dessus et je suis sorti de Beaublanc sous escorte de la police."
"Tout a été fait pour que ce soit tendu, on en jouait aussi et on ne faisait rien non plus pour apaiser les choses, relativise Freddy Fauthoux. C'est toujours resté dans les limites du raisonnable puisqu'il n'y a jamais eu d'incident physique. On ne s'est jamais fait attaquer, personne n'est rentré blessé. Mais oui, ça a été borderline, parfois. Après, chacun a quand même été assez intelligent pour qu'il n'y ait pas de débordements. A Beaublanc, je ne vais pas dire qu'on était super sereins, mais on n'était pas inquiets." A Pau, l'accueil des Limougeauds n'a jamais été beaucoup plus affectueux.
Pour comprendre l'extrême-tension de ces moments, on peut encore se tourner vers Freddy Fauthoux et son évocation de la demi-finale de 1995, où Pau était venu éliminer le CSP chez lui, lors de la belle : "Des supporters nous insultaient à l'arrivée. Sur le trajet de l'aéroport à Beaublanc, ils nous doublaient, se mettaient devant le bus pour le ralentir. On se qualifie, on chambre un peu les supporters et il a fallu attendre que les CRS nous accompagnent pour faire les 20 marches qui mènent des vestiaires au bus qui nous attendait. On s'est fait cracher sur les vitres."

Limoges et les titres à crédit

Cette demi-finale 1995 n'est pas neutre dans l'histoire commune des deux clubs, tant elle marque un point d'inclinaison. Double tenant du titre, le CSP venait également de disputer son troisième Final Four européen en cinq ans. Pour la première fois depuis l'instauration des playoffs en 1987, il n'est pas au rendez-vous de la finale du championnat. Le balancier penchera désormais nettement du côté béarnais : cinq titres jusqu'en 2004, un seul pour Limoges. Après Antibes, d'autres puissances émergent ou reviennent. L'ASVEL retrouve des couleurs, Paris se découvre une ambition. Tout ne tourne plus autour du seul tandem Pau-Limoges. Mais le premier en pâtit moins que le second.
Orthez, devenu Pau-Orthez, a réussi sa mue vers la ville au début des années 90. Le club a délaissé au début des années 90 les merdes de volaille de sa chère Moutète pour un Palais des Sports flambant neuf avec près de 8000 places assises. Ce sera la plus grande réussite de Pierre Seillant : avoir su marier les intérêts et la passion, préserver l'esprit d'Orthez avec le nécessaire développement vers Pau. Plutôt que de mourir pour ses idées, Seillant a eu l'intelligence de grandir avec. "Il est comme il est, Pedro de Navarre, mais total respect. C'était un Guy Roux président", salue Jacques Monclar.
Le Cercle Saint-Pierre, géant aux pieds de porcelaine, amorce quant à lui une lente mais inexorable dérive. Le club a vécu trop longtemps au-dessus de ses moyens, pour attirer stars étrangères et gratin tricolore. A défaut de jalousie devant le palmarès sportif, la politique limougeaude suscite au minimum une forme d'aigreur chez le rival palois. Ce sera la fameuse formule de Pierre Seillant sur les "titres achetés à crédit", lancée dès le printemps 1993 lors du sacre européen du CSP et ressortie à foison.
"Je n'oublie pas que cette équipe de Limoges avait été montée de toutes pièces par un agent qui s'appelait Didier Rose, assène encore aujourd'hui Didier Gadou. Le vrai président de Limoges, pour moi, c'était Didier Rose. J'ai été joueur, je sais de quoi je parle, j'ai eu des contacts avec lui. Limoges s'est abreuvé des meilleurs joueurs français. Le CSP s'est payé des joueurs que personne ne pouvait se payer, et avec des moyens qu'il n'avait pas. Je sais comment cette équipe a été montée et comment elle a fini."

Didier Gadou, toute une vie à l'Elan Béarnais. Ici face à Jean-Philippe Méthélie lors d'un match entre Pau et Limoges en 1998.

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Mal. Elle a mal fini. En l'an 2000, le CSP, à l'agonie au plan financier, se voit présenter l'addition de son train de vie. Relégué en pro B puis contraint de déposer le bilan, le club mettra plus de dix ans à s'en relever, jusqu'à redevenir champion de France en 2014 et 2015. Sportivement, cette campagne 1999-2000 demeure pourtant historique avec un 9e titre de champion de France, et même un triplé avec la Coupe de France et la Coupe Korac. Le tout avec des joueurs sans chèque à la fin du mois dès le cœur de l'hiver.
Une aventure humaine un peu folle, dont le point de départ reste, comme de bien entendu, une victoire à Pau, alors que l'Elan était invaincu depuis quatre ans dans sa salle. "A la limite, souffle alors le président Seillant, je me demande si ce n'est pas mieux que cette invincibilité à domicile s'arrête face à Limoges que contre une équipe de moindre calibre."

Le respect, face cachée de la détestation

La critique d'un système n'exclut pas pour autant l'admiration pour les individus. Yann Bonato fut l'homme de base et l'exemplaire capitaine du triplé limougeaud de 2000. "J'ai beaucoup de respect pour Bonat', avoue Freddy Fauthoux. On est de la même génération, de 72 tous les deux, donc je l'ai connu très tôt. La fameuse épopée de 2000, c'est Yann. C'était un gagneur. Ce qu'il a fait à cette époque-là pour le CSP, en étant le garant des valeurs de son club, j'ai un énorme respect pour ça."

Limoges - Pau : Yann Bonato face à Stéphane Risacher.

Crédit: Getty Images

Nous y voilà. La face cachée d'une telle détestation, c'est le respect, même si on ne se l'avoue pas toujours. Ou pas tout de suite. Ou pas trop fort. Les frères ennemis étaient, parfois, au moins autant frères qu'ennemis. Des liens d'homme à homme, noués dans leur jeunesse, chez les Bleus, ou ailleurs. Jacques Monclar et Freddy Hufnagel ont partagé le poste 1 sous le maillot tricolore dans les années 80. Ils s'adoraient et s'adorent toujours. "On était très liés, dit Monclar. Et on l'est encore. Je l'ai appelé pas plus tard que la semaine dernière. Freddy, c'est un cœur."
Même du temps des gigantesques brassées sur le parquet, certains se retrouvaient pour boire une bière après les matches. "Ça ne plaisait pas toujours au coach, se remémore Monclar. Je me souviens de Michel Gomez qui nous disait : 'Vous ne trainez pas avec vos potes après', parce qu'il savait que certains d'entre nous avaient des affinités, des amitiés même. Après, se taper sur la gueule sur un excès, ce n'est pas bien grave."
L'équipe de France a permis à beaucoup de se découvrir ou d'adoucir le regard sur l'autre. Même les "pires" du camp d'en face. Fred Weis réalise ainsi pendant les Jeux de Sydney en 2000 que "Thierry Gadou était un mec plutôt sympa". Avant de changer un peu plus tard d'avis sur le cas Fauthoux :
"Freddy Fauthoux, je ne l'aimais vraiment pas du tout. Mais je ne le connaissais pas. Puis j'ai eu la chance de faire une campagne en équipe de France avec lui, en 2005. Et j'ai trouvé ce garçon intelligent, gentil, drôle. Avant, je l'imaginais limite avec de longues dents, en train de tuer des enfants le soir. En fait, c'était juste un type charmant qui se battait pour son club. Ce décalage a été un peu bizarre pour moi. Comme quoi des mecs peuvent être des vrais chiens sur le terrain et être adorables dans la vie."
Le temps a passé, le basket a changé, les clubs aussi. L'identification à une chapelle est plus rare et souvent moins durable. Sportivement, l'Elan et le CSP figurent encore dans l'élite, mais bien loin de leur position dominatrice commune de la fin de siècle passée. La finale de 1993, peut-être le point culminant de l'histoire du Championnat de France, c'est fini. Limoges était champion d'Europe, Pau dans le top 8 continental. Ce n'était pas qu'un duel de clochers, mais un vrai grand choc sportif. Tout cela est terminé. Sans doute pour de bon.

"On a tellement aimé se détester"

Alors, que reste-t-il de tout cela ? Un peu d'excitation médiatique, quelques tweets, quelques piques, et des retours de flamme. Mais tous ancrent davantage cette rivalité dans le passé que dans l'avenir. Comme ces retrouvailles en Pro B en 2010. Oui, ils s'étaient tant manqué. Même Pierre Seillant l'avait avoué lors du premier et bref retour du CSP ans l'élite en 2003 : "Justice a été rendue mais c'est vrai qu'ils ont manqué dans le paysage et que leur retour est la meilleure des choses."
Pierre Seillant, 79 ans, a passé la main. Fred Forte, le meneur-président-sauveur, a disparu brutalement un soir de réveillon il y a trois ans. Côté terrain, le flambeau peine à se transmettre. "J'ai quand même l'impression que c'est un peu fake, dit Fred Weis de la rivalité d'aujourd'hui. Pas du côté des supporters, eux ont encore cette culture. Mais dans les effectifs, qui est vraiment de Limoges ? Qui est vraiment de Pau ? Qui a grandi avec cette rivalité en tête ou dans les tripes ? On monte ça en épingle mais c'est un peu fake. Les mecs ne s'identifient plus, ils partent vite, ça tourne beaucoup et je peux le comprendre, une carrière de basketteur, c'est court."
Pour Fauthoux aussi, la flamme tient d'abord grâce aux supporters des deux clubs, vrais dépositaires de cet héritage. "Ce qui incarne encore ça aujourd'hui, c'est le Palais des sports et Beaublanc. Deux salles pleines qui poussent. Les supporters. Cette passion. Eux entretiennent ça. Pour le reste, ce n'est plus pareil pour moi, même si ça reste un évènement."
Tous baignent dans une forme de nostalgie. La leur, et celle d'un basket français qui a perdu sa place sur le devant de la scène médiatique et sportive. "Oui, ça me manque, soupire Didier Gadou. La fièvre du match me manque, ce début d'ébullition, la veille de match... On s'est donné, on s'en est mis des peignées, de la transpiration, des paniers, tout ce qu'on veut. Mais sincèrement, on prenait du plaisir."
Les retrouvailles se teintent parfois d'un côté ancien combattant. La preuve, en réalité, que rien n'a remplacé cette rivalité. "Quand j'ai entrainé Levallois (entre 2015 et 2020, NDLR), chaque fois qu'on venait jouer à Limoges, explique Fauthoux, j'étais accueilli chaudement, mais il y a aussi des supporters qui venaient me voir et me disaient : 'Bon, on ne t'aime toujours pas, mais qu'est-ce que c'était bien'. Ça veut dire que la relation, si elle était difficile, était surtout forte. On a tellement aimé se détester." Je t'aime, moi non plus. Je te hais, moi aussi. Et pour la vie.
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