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Baylor, de la révolution à la malédiction

Baylor, de la révolution à la malédiction

Le 19/03/2019 à 12:04Mis à jour Le 25/03/2019 à 14:14

LES GRANDS RECITS – Il est une légende de la NBA, qu’il a changée à jamais par ses qualités athlétiques et techniques. L’inventeur du "hang time", c’est lui : Elgin Baylor. Mais l’homme, accessoirement sauveur des Lakers, n’a jamais été récompensé à sa juste valeur. Huit finales NBA, huit défaites. Baylor est un loser. Mais un loser magnifique qui mérite d’être célébré.

Fin 2018, nous vous avions proposé de choisir vous-mêmes les sujets de nos Grands Récits. Plus de 460 histoires ont été soumises par vous, lecteurs. Nous en avons retenu douze. Vous pourrez les découvrir dans notre rubrique du mardi jusqu'au mois de juin. Voici le deuxième de "vos" épisodes : il est consacré à Elgin Baylor, le plus flamboyant perdant de l’histoire de la NBA.


La vie est une affaire de timing. Bon ou mauvais. Avant, c’est souvent trop tôt. Après, c’est toujours trop tard. Il en va ainsi et c’est forcément injuste pour ceux et celles qui n’ont pas eu la chance d’être portés par le bon tempo, celui de l’instant T. Talent unique ballon en mains et légende respectée de la NBA, Elgin Baylor fait partie de ceux qui sont arrivés avant la bonne heure, ce qui les a privés de la reconnaissance que leur immense valeur méritait. Le destin ne lui aurait pas joué de sale tour en le faisant naître quelques années plus tard. Une décennie aurait suffi. Ainsi, Bill Russell ne se serait jamais trouvé sur sa route. Et, en plus d’être honoré comme un pionnier du jeu à l’humilité incomparable, l’ancien Laker se mêlerait sans peine à la discussion pour savoir qui est le meilleur de l’histoire.

Si Elgin Baylor n’est pas le plus grand, il est le premier. Le défricheur. Baylor, c’est un peu Mozart qui aurait vu le jour avant l’invention de la partition. Le basketteur a fait décoller le jeu et l’a littéralement verticalisé à une époque où les caméras n’étaient pas encore assez nombreuses pour immortaliser la révolution sur les parquets. Baylor est le premier joueur doublé d’un remarquable athlète. "Ce qui nous semble être une routine aujourd’hui, comme changer de direction, les ‘spin move’, les feintes aériennes, les changements de rythme sur les dribbles : tout vient d’Elgin. A un certain degré, les passes aveugles de joueurs de sa taille, c’est également lui", juge Bijan C. Bayne, auteur de "Elgin Baylor : The man who changed basketball".

Jordan avant Jordan

Baylor, c’est Jordan avant Jordan. La grâce aérienne et le délié du geste ultime, c’est lui avant MJ. Magic Johnson ne dit pas autre chose : "Avant Michael, il y avait Elgin Baylor avec ses exploits aériens et son incroyable force offensive. Elgin a montré au monde que l’homme pouvait voler !" Avant Jordan, il y eut également Julius Erving et Dr J, lui aussi, s’est inspiré de Baylor. "La première fois que j’ai vu Elgin Baylor jouer au basket, je n’ai pas pu détacher mon regard. Je n’ai pas cligné une seule fois des yeux, de peur de manquer un geste que je ne pourrais revoir une autre fois. J’ai toujours travaillé pour lui ressembler et jouer comme lui mais je me suis vite rendu compte qu’il ne pouvait être imité."

Force offensive à nulle autre pareille et, aujourd’hui encore, troisième meilleur marqueur de la NBA à la moyenne de points (27,36 par match), derrière Michael Jordan (30,12) et Wilt Chamberlain (30,07) et juste devant LeBron James (27,15), celui qui a joué toute sa carrière aux Lakers n’a au final qu’un défaut : il n’a jamais été sacré champion NBA. Surtout, cerise sur un drôle de gâteau, il a perdu huit finales au cours d’une carrière longue de quatorze saisons. Dans l’histoire de la ligue, personne n’a fait "mieux". Ou pire.

Elu dix fois dans le premier cinq NBA, onze fois All Star, l’ailier scoreur s’est toujours cassé sur les dents sur cette satanée dernière marche. Inlassablement. Injustement. Un demi-siècle plus tard, le principal intéressé n’en tire aucune rancœur. Bien au contraire. "C’était impossible de battre Russell. Une fois que le match débutait, quelque chose changeait en lui. Rien ne pouvait l’ébranler". Le grand Bill est devenu son ami après leurs luttes communes des années 60. Russell et ses onze bagues. Russell, le défenseur ultime, face à Baylor, l’attaquant unique. Salieri qui aurait eu raison de Mozart, en quelque sorte.

Pourquoi avoir des regrets quand on a fait le maximum. Pourquoi se morfondre quand la vie vous a donné d’autres batailles, vitales celles-ci, à mener et à gagner. Son premier combat, Elgin Baylor l’a involontairement remporté le jour où sa mère a décidé de garder le bébé qu’elle ne désirait pas.

Fiable, digne et solide de confiance

Nous sommes en 1934. L’Amérique ne roule pas sur l’or. Les Baylor non plus. Uzziel et John vivent dans une ferme aux alentours de Washington avec leurs quatre enfants quand ils apprennent qu’un cinquième membre de la famille est sur le point d’arriver. Un samedi, John emmène sa femme voir un médecin. Uzziel veut avorter, pratique interdite à l’époque, faut-il le rappeler. Celui-ci veut bien mettre fin à la grossesse de madame Baylor mais lui rappelle que le geste n’est pas anodin et qu’il lui faut bien tout peser avant de prendre une telle décision. Finalement, elle se rétracte et décide de garder son enfant.

Le jour où le petit pousse son premier cri, son père décide de l’appeler Elgin pour une raison simple : c’est le nom de la marque de sa montre. Et John Baylor l’adore. Pourquoi ? Elle est solide, fiable et digne de confiance. Tout ce qu’il veut pour son fils qui sera, plus tard, également connu sous le sobriquet de "Rabbit". Un surnom qui fait référence à un épisode bien moins réjouissant de son enfance.

Un jour, sa grande sœur Columbia l’emmène à un carnaval. Il se perd et va être victime d’une tentative d’enlèvement. A 8 ans. Elgin cherche son aînée quand un homme lui propose de l’accompagner en voiture pour la retrouver. Le garçonnet comprend que quelque chose ne tourne pas rond dans le comportement de l’homme. "Il m’a attrapé par le bras et entraîné dans une voiture qui était garée sur le bord du trottoir", se souvient-il dans son autobiographie "Hang Time", publiée en 2018.

Elgin Baylor

Elgin BaylorGetty Images

Elgin réussit à sortir du véhicule et le voilà embarqué dans une course-poursuite pour sa survie. "L'homme me poursuit, se rapproche. Je lui file entre les doigts, je me baisse et j’accélère. Je vire à gauche et vais plus vite, toujours et encore…" L’adulte ne le rattrapera jamais. "J’ai regardé derrière moi, il s’était arrêté. Je cours comme… un lapin". Un lapin, ça va vite. Et ça sait sauter. Haut. Et ça, Baylor va vite s’en rendre compte sur les terrains de basket qu’il commence à fréquenter au fil de son adolescence.

La punition ou la prison

Être un gamin noir au cours de la première moitié du XXe siècle n’a rien d’une sinécure quand on vit dans ce coin de l'Amérique. "C’était un endroit raciste, explique-t-il. Quand j’étais gosse, c’était dur. Je vivais dans un quartier noir et, à chaque fois qu’un crime était commis dans le coin, la police rappliquait toujours pour questionner les enfants du quartier qui finissaient par être reconnus innocents." Un épisode le marquera profondément et construira son rapport à la lutte pour l’égalité.

Un soir, la police toque à la porte des Baylor. Deux hommes en uniforme recherchent Columbia, sœur d’Elgin. Ils viennent l’arrêter. Pourquoi ?

"Elle a attaqué une jeune fille au parc sans raison. Elle l’a battue".

"Elle m’a craché dessus et traitée de nègre !"

"Tu l’as frappée", rétorque le policier.

"Je l’ai giflée", répond-elle.

Paniqué, son père supplie les policiers de ne pas l’emmener en prison. Ils acceptent. A une condition : qu’il la punisse. Maintenant. Comment ? En la fouettant. Il s’exécute. Elgin en voudra toujours à son père, coupable à ses yeux de s’être rabaissé et d’avoir meurtri dans sa chair sa propre fille.

L’exutoire à cette violence ancrée dans le quotidien, Elgin Baylor va le trouver sur les parquets. Enfin, façon de parler… Parce que le racisme ordinaire de la rue a trouvé son prolongement sur les terrains de basket de l’Amérique, dont certains lui sont interdits, barricadés par les forces de police, comme aux autres noirs.

Problème pour les suprémacistes à la petite semaine et l’Amérique ségrégée, Elgin Baylor devient rapidement trop fort pour être ignoré. L’excellence n’a pas de couleur. Il commence à se faire un nom dans la région de DC. Malheureusement, ses résultats scolaires ne l’aident pas. Deux ans au lycée de Phelps, il brille sur les parquets, se noie dans ses cahiers. L’école le vire. Il se trouve un petit boulot dans un magasin de meubles. L’année suivante, il réapparait au lycée de Spingarn, qui vient d’ouvrir ses portes. Le hasard lui fait croiser la route de Phelps, en février 1954. Baylor n’est pas du genre rancunier. Mais il n’a pas la mémoire courte. Il colle 31 points à ses anciens coéquipiers… en première mi-temps. La seconde, qu’il joue avec 4 fautes au compteur ? Il en ajoute 32. 31+32 = 63. Record de l’état battu.

La révolution du shoot à une main

L’ancienne marque de référence (52 points) appartenait à un certain Jim Wexler, qui l’avait signée l’année précédente. Jim Wexler, basketteur blanc de la très blanche Western High School, avait eu droit aux honneurs de la section sports du Washington Post. Un beau bandeau de tête de page. Un an plus tard, le quotidien relayera le record de Baylor sur une ligne. “Le titre qui m’avait été réservé était plus gros que tout l’article dans lequel on parlait du record de Baylor”, regrettera plus tard Wexler, qui n’y était pourtant pour rien. "Il est mon lien avec l’immortalité", ajoutera-t-il, magnifiquement.

Elgin Baylor a beau être le meilleur athlète du coin, aucune université ne se presse pour accueillir le phénomène qui commence à faire du basketball un ballet et qui détone par sa drôle de façon de shooter. Au cœur des années 50, alors que tout basketteur qui se respecte shoote à deux mains et les pieds ancrés dans le béton, "Rabbit" ne se sent pas à l’aise avec cette technique. Lui, préfère shooter à une main. Et en sautant. Il y gagne en mobilité. Et, surtout, en verticalité. Pour la première fois, un basketteur regarde le cercle droit dans les yeux, jusqu’à le toiser. La révolution est en marche. Elle deviendra la norme. Le jump shot est né.

Si DC ne veut pas de lui, il faut partir. De l’autre côté du pays, dans l’Idaho, où un de ses copains a déjà trouvé une place. Baylor se retrouve à Caldwell. L’équipe mixte des Coyotes termine la saison 1954/1955 invaincue (15-0). Une première. Baylor en est son phare : 31,3 points et 18,9 rebonds de moyenne. Avec une pointe à 53 points, record de l’école qui tient toujours. La belle aventure ne durera pas. Le coach de l’équipe, en désaccord avec la direction de l’université, se fait virer à la fin de la saison. Pourquoi ? Personne n’a jamais vraiment su. Sinon que la région, parmi les plus blanches du pays, n’était pas prête à voir une équipe composée de blancs et de noirs gagner. Jim Crow avait aussi ses partisans dans ce coin-là des Etats-Unis.

Privé d’équipe, Baylor met sa carrière naissante de côté, avant de retrouver une école, à Seattle. Avec les Chieftains, le numéro 22 poursuit son carnage statistique : 29,7 points et 20,3 rebonds par match la première saison. 32,5 points et 19,3 rebonds la seconde. Le futur Hall of Famer est nommé dans la All-American team. Et propulse l’université de Seattle au Final Four. Il en sera le meilleur joueur. Mais perdra en finale face à Kentucky. Première finale perdue. Pas la dernière.

" Si Baylor avait refusé, les Lakers auraient fait banqueroute"

L’été qui s'approche est celui du grand saut pour "Rabbit". Pire équipe de la Ligue en 1958, les Minneapolis Lakers détiennent le premier choix de la draft et jettent leur dévolu sur Baylor, évidemment. L’ailier peut techniquement rester à l’université pour y honorer son année senior. Finalement, il franchit le pas. Il ne le sait pas encore, mais cette décision va sauver les Lakers.

1949, 1950, 1952, 1953, 1954 : après avoir écrasé la NBA naissante et glané cinq des huit premiers titres de la ligue, la franchise de Minneapolis connaît un gros coup de moins bien alors que George Mikan quitte la scène. Les Lakers ne font plus recette et se retrouvent au bord de la faillite. La saison 1957-1958 s’est conclue sans gloire (19 victoires - 53 défaites) et le public tourne le dos à ces Lakers losers. Bob Short, propriétaire de l'équipe, tente le pari Baylor et lui offre 20 000 dollars pour zapper sa dernière année universitaire. C’est une petite fortune pour l’époque (ndlr : l’équivalent de 170 000 dollars aujourd’hui). Elgin dit oui. "S’il avait refusé, c’était terminé. La franchise aurait fait banqueroute", révélera Short en 1971.

Elgin Baylor

Avant de déménager à LA, une cité tentaculaire, foutraque et surtout sans lacs qui méritent de donner leur nom à une franchise, Elgin Baylor se fait les dents dans la rudesse du Minnesota. Et, dès son année rookie, fait des merveilles. "Quand je suis arrivé au camp d’été et que j’ai vu tous ces grands gars, je me suis vraiment demandé si je pourrais faire le poids… Mais après le premier entrainement, j’ai senti que j’étais aussi bon qu’eux". La modestie légendaire de Baylor l’empêche de dire la vérité : en fait, il était déjà bien meilleur que ses aînés.

24,9 points et 15 rebonds de moyenne par rencontre. Voilà pour sa première saison en NBA. Il est élu rookie de l’année et, surtout, propulse les Lakers en finale. Déjà. Face aux Celtics. Déjà. Minneapolis prend une claque. Un sweep, le premier de l’histoire des Finals. Partie remise, pense la majorité des observateurs. L’heure de Baylor arrivera. C’est inscrit dans le marbre. Ce que personne ne sait encore, c’est que le natif de Washington s’inclinera à sept autres reprises sur la plus belle des scènes, dont six face aux Boston Celtics, dynastie ultime et inégalée du sport US, puisque la franchise du Massachussetts va décrocher huit titres de suite.

Combattant des droits civiques malgré lui

La première saison professionnelle de Baylor est une réussite. Mais son plus bel accomplissement, l’ailier de 1,96m va le mener en dehors des parquets. Les années 60 et la révolution des droits civiques sont encore un mirage quand le jeune Elgin et ses Lakers se font les voix involontaires d’une révolution silencieuse. Au mois de janvier 1959, Minneapolis s’en va défier les Cincinnati Royals à Charleston, en Virginie Occidentale. Pourquoi là-bas ? Parce que c’est la ville de Rod Hundley, joueur majeur des Lakers. Ça devrait attirer un peu de monde… Problème : la veille du match, l’hôtel Kanawha, où doivent séjourner Baylor et ses coéquipiers, refuse d’héberger les trois joueurs noirs de l’équipe. La franchise de Minneapolis débarrasse le plancher. Elgin Baylor décide, lui, de ne pas jouer le match. Il n’a que quelques rencontres de NBA dans les cannes. Un choix courageux dans cette Amérique-là. A ce moment de son histoire. "Je n’ai jamais voulu me battre", révéla-t-il beaucoup plus tard. Le combat s’est imposé à lui et en a fait un étendard silencieux tout au long de sa vie.

Sur les parquets, Elgin Baylor fait plus de bruit. Adieu Minneapolis. Salut Los Angeles. Le numéro 22 des Lakers qui aura son numéro retiré à l’issue de sa carrière - le seul à être honoré ainsi à LA sans titre NBA - poursuit son carnage offensif et sa révolution du jeu. 34,8 points et 19,8 rebonds en 1960-1961 avec une pointe à 71 unités (record NBA de l’époque), 38,3 points et 18,6 rebonds la saison suivante ne lui valent même pas de titre de meilleur marqueur ni d’être élu MVP, deux récompenses qu’il n’obtiendra d'ailleurs jamais. Et, évidemment, pas de titre NBA. Même pas de Finales, qu’il retrouve en 1962… face aux Celtics.

Cette fois, le duel est au couteau. Boston s’impose 4-3 au terme d’un match 7 que Russell a survolé (30 points, 40 rebonds) et qui s’est conclu en prolongation (110-107) alors que Selvy, coéquipier de Baylor et du jeune et déjà remarquable Jerry West, a eu le shoot de la gagne au bout des doigts. Ces Finales restent un chef-d’œuvre absolu pour Baylor qui, lors du match 5, a collé 61 points sur la tête des Celtics. Record NBA que personne n’a jamais approché puisque ses plus proches poursuivants, Rick Barry (1967) et Michael Jordan (1993), ont calé à 55 unités.

Après la déception de 1962, la suite n’est qu’une litanie de défaites crève-cœur.

Finales 1963 : 4-2 pour Boston.

Finales 1965 : 4-1 pour Boston.

Finales 1966 : 4-3 pour Boston. Los Angeles était revenu de 1-3 à 3-3, ce que personne ne réussira plus avant les Cavaliers de LeBron James face à Golden State en 2016. Les Lakers s’inclinent 95-93 au match 7.

Finales 1968 : 4-2 pour Boston.

Arrive 1969 et le sentiment que "cette fois, c’est la bonne". Parce que Boston vieillit. Parce que Bill Russell est devenu entraîneur-joueur. Et parce que Wilt Chamberlain a débarqué dans la cité des Anges. Baylor + West + Chamberlain, le big three des Lakers a de l’allure, même si Baylor est petit à petit devenu la troisième roue (de luxe) du somptueux carrosse.

Pour la première fois, Los Angeles bénéficie de l’avantage du terrain face aux Celtics. Dans le sillage d’un phénoménal Jerry West (37,9 points de moyenne sur la série), LA mène 2-0. Puis 3-2. Mais perd tous ses matches au Boston Garden. 3-3. Retour au Forum d’Inglewood.

" Ces putains de ballons vont rester là-haut"

Baylor touche sa bague du doigt. Jamais LA n’a perdu un match 7 à la maison. Jamais LA n’en reperdra un seul… après ce 5 mai maudit. Avant le match, Jack Kent Cooke, boss de la franchise, a cru bon de suspendre des ballons "World Champions" sous le toit de la nouvelle salle des Lakers. Ils seront lâchés au buzzer. La fanfare jouera "Happy days are here again" et LA basculera dans l’ivresse. Tout le protocole d’après-match est huilé.

Boston a vent de ce qu’il se trame et va s’en servir pour remonter ses troupes. Bill Russell, voyant les ballons prisonniers d’un filet qui ne demande qu’à les libérer, dira à Jerry West avant le match : "Ces putains de ballons vont rester là-haut". Promesse tenue. Boston triomphe 108-106. L’histoire, cruelle, se répète. Jerry West est le premier MVP de l’histoire des Finales. Le seul à ce jour à avoir été élu alors qu’il se trouvait dans le mauvais camp. Son ami Elgin Baylor, celui qui l’a accueilli dans le vestiaire des Lakers à bras ouverts, n’a que ses yeux pour pleurer. Encore une fois.

Baylor aura une dernière chance de décrocher le gros lot. Une saison plus tard. L’ailier va sur ses 36 ans et n’est plus une force ultime de la nature depuis cinq ans et une terrible blessure au genou, qui l’avait privé des Finales 1965. Moins vite, moins haut, moins fort, Elgin Baylor compense grâce à son intelligence et son travail. Après une saison 1965-1966 compliquée, il reviendra à des standards statistiques plus que raisonnables jusqu’à la fin des années 60 (entre 26,6 et 24 points de moyenne).

Elgin Baylor

Elgin BaylorGetty Images

Le titre pour LA… quelques mois après sa retraite

Finales NBA 1970. Les premières diffusées en intégralité à la télévision américaine. Plus de Boston. Place aux New York Knicks, zéro titre au compteur. Résultat ? Une défaite 4-3. Los Angeles perd le match 7 au Madison Square Garden. Huit finales. Huit défaites. Cette fois, c’est terminé. Elgin Baylor se déchire le tendon d’Achille au début la saison suivante. Il revient fin 1971, pour neuf matches. Et décide, à 37 ans, de ranger ses sneakers. Sans flonflon. Ironie du sort et cruauté de l’histoire : dès le match suivant l’annonce de sa retraite, les Los Angeles Lakers entament la série d’invincibilité la plus exceptionnelle de l’histoire de la Ligue et du sport US (33 victoires) et, devinez quoi, les Angelenos décrocheront le titre NBA au printemps 1972. Ils lui offriront tout de même une bague. La vie est une affaire de timing.

"J’étais heureux de les voir gagner le titre. On a vécu tellement de choses ensemble que je voulais les voir triompher, assure-t-il. Pourquoi ne l’aurais-je pas été ? J‘aurais évidemment aimé en faire partie mais j’avais pris ma retraite". Par la suite, Baylor deviendra coach de la nouvelle franchise des New Orleans Jazz. Sans trop de réussite. Et puis, de 1986 à 2008, vice-président des Clippers, l’autre équipe de LA. Elu dirigeant de l’année en 2006, il sera viré manu militari par le peu fréquentable Donald Sterling deux ans plus tard. Si son long passage aux Clippers n’aura pas vraiment boosté la franchise, il aura ouvert des portes et les esprits en occupant un poste qui, avant lui, échappait constamment aux afro-américains. Aujourd’hui président des Lakers, Earvin Magic Johnson n’a pas oublié : “Elgin a ouvert la voie à de nombreux joueurs afro-américains tout en luttant pour notre pays et en supprimant les barrières de couleur."

Devant le Staples Center, où officient Lakers et Clippers, se trouvent aujourd’hui cinq statues d’anciens joueurs des "pourpre et or" : Shaquille O'Neal, Kareem Abdul-Jabbar, Magic Johnson, Jerry West et… Elgin Baylor, qui a la sienne depuis avril 2018. Lui seul n’a jamais gagné avec les Lakers. Il a fait bien plus que ça.

Elgin Baylor
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